Dieulafoy, AH ant., vol. V, p. i
2. Hérodote (I, S 187) parle d'un édifice funéraire élevé il la mémoire d'une reine. La Bible fait une nuMilion très nette des palais placés au-dessus des grandes portes des enceintes fortifiées." El tous les princes de la cour du roi de Babvlone entrèrent et se lof^èrent sur la porte du milieu des murs. >' Jérémie, XXXIX, 3.
PORTES DE L'ENCEIME.
Si les assiégés ont le temps de fermer les issues particulières des palais, ils n'auront rien à redouter de cette brusque irruption, car, les trois portes de l'est fussent-elles franchies, ils resteront maîtres du chemin de ronde de l'avant-mur du retranchement casemate, de la muraille, du donjon et de la citadelle. Ils seront donc en mesure de préparer un retour offensif et de chasser les envahisseurs des positions conquises.
Toutes les manœuvres s'exécuteront avec d'autant plus de précision que les
FIG. 131. — POr.TKS FORTIFIÉES (BBITISH MUSEUM)
troupes, quoique surprises ou trahies, se formeront à l'abri de sûres murailles, el que la fausse-braie n'offrira pas un logement délilé des projectiles de la place. Conçoit-on maintenant combien il eût été fou de compter, pour s'emparer du Memnonium, sur l'heureuse issue d'une surprise?
.le me suis placé à dessein dans l'hypothèse la plus défavorable, dans une situation irréalisable, car il n'est pas admissible qu'un parti, fùt-il arrivé sans encombre devant la première porte, pût traverser sans coup férir le dédale de baies, d'escaliers et de couloirs. On achète bien les gardiens d"un pont ou d'un chàtelet; on trompe la surveillance des vigies; mais on ne saurait s'entendre avec une garnison entière: on ne peut, sans éveiller l'attention des sentinelles, des simples promeneurs,
iongei' 1 000 à 1 200 mètres de murailles, passer devant cinq ou six corps de garde. Outre les portes de l'avant-mur, il existait de nombreuses poternes qui mettaient en communication la rue du renqjart avec le fossé intérieur F et la plate-i'ormc de l'avant-mur.
La nécessité de se porter en masse sur les points assaillis sans encombrer les voies extérieures de circulation et sans être en butte aux coups des ennemis rendait ces poternes indispensables. Une d'entre elles a été déblayée (fig. 47, 126 et pi. II). Elle paraît avoir eu une importance spéciale, car elle fermait l'entrée d'un couloir qui conduisait lui-même dans la cour centrale du palais. La baie était simplement comprise entre une tour de l'enceinte (H ) et une tour supplémentaire. Les ingénieurs
n'avaient pas pris de dispositions particulières : l'accès du chemin de ronde était si bien défendu et les abords des baies secondaires si bien flanqués qu'on avait toujours le temps, avant l'arrivée des ennemis, de barricader les ouvertures et peutêtre même de les maçonner.
Les autres portes se reconnaissent très aisément aux anomalies apparentes du profil. Ces anomalies sont toutes caractérisées par la dimension exagérée d'un flanc ou d'une
Fiu. 13'J. — poiiTES FOHTIIIÉES (LiïiitD, Monu)ne?its].
face de crémaillèi'e. Le surcroît de longueur est exactement égal à l'épaisseur de la tour supplémentaire augmentée de la largeur de la baie.
L'examen du plan à courbes de niveau montrera mieux que de longues explications la place et les dispositions des baies. Est-il utile de faire observer à nouveau que les portes correspondantes des enceintes successives ne se commandent jamais? J'ai donné les motifs de cette excellente disposition {\>. \~'.') et 239). La règle déduite de l'étude directe du tracé se vérifie d'ailleurs sur tous les basreliefs (fig. 02, i;{0, l.Jl, 132).
Escaliej's intérieurs. — Outre les degrés du front oriental, j'ai parlé des grands escaliers qui conduisaient de la place d'armes aux seuils de la salle du trône et des palais privés du souverain. Les paliers brisés par un redan, la cage et ses abords renforcés de crémaillères peu saillantes, les créneaux de la main courante accusent le caractère défensif de l'ouvrage.
L'escalier de l'apadâna (pi. II), compris entre les faces d'immenses tours, se conipo-
fTT
ESCALIERS LXTÉRIEUUS. 243
sait de deux volées divergentes et de deux volées convergentes symétriques séparées par des paliers. Les marches étaient réglées à la pente très douce de quatre pour un.
Sans nuire à l'aspect majestueux que devait revêtir l'escalier de la salle du trône, les ingénieurs militaires, d'accord avec les architectes, avaient si bien ménagé les commandements et les flanquements, qu'une troupe peu nombreuse devait suffire à refouler un parti ennemi qui aurait tenté d'escalader la plate-forme.
Les fouilles fournissent l'axe de l'ouvrage, les crémaillères des murs de tête, le mur de soutènement médian, le dallage supérieur de la cour et une partie de la main courante crénelée'.
De la pente de la rampe, et de la hauteur totale de l'escalier, on déduit la longueur des volées, les dimensions des marches et contre-marches. La longueur des marches et la profondeur des paliers font défaut. Si l'on s'en réfère au grand escalier de Persépolis, la largeur du palier central et celle du palier médian seraient à peu près égales à leur profondeur, et la largeur du palais supérieur atteindrait le triple de la même dimension -.
En m'aidant de ce précieux renseignement, j'ai pu calculer les dimensions défaillantes et par conséquent restituer les grandes lignes de l'escalier central.
/Hauteur 1/4 Je pied (0™,09)
Marches Largeur 1 pied (0 ,3S8)
( Lonf,'ueur 31 — (11 ,16)
/ Épaisseur 4 — (1 ,44)
Main courante Hauteur (variable suivant les indications du
( croquis ci-joint).
Volée I Largeur 21 coudées ou 3o pieds (12°', 00)
,, , . .... l Longueur ll.ï — (41 ,\.''i)
\olee inférieure ,, , co-)' /in oe\
niauteur 28 3/4 — (10 ,35)
,, , , . , \ Longueur 85 — (30 ,43)
Volée supérieure <„ 'r c>i ,.: /-, e«\
' (Hauteur 211/4— (7 ,bo)
^ ,. .... l Longueur 40 — (14 ,40)
Palier inférieur ' r i t- /lo cas
(Profondeur 3.) — (12 ,b0)
Palier intermédiaire (grandes ^ Longueur (Ki — (23 ,40)
dimensions) (Profondeur 70 — (23 ,20)
\ Longueur 100 — (35 ,80)
Palier supérieur • . , ., ,.„ „„,
' / Profondeur 3j — (12 ,bO)
(Longueur 400 — (144,00)
Cage d escalier -' ;, , .„ ,,.. „„>
" ( Protondeur 1 0 — (2o ,20)
L'escalier d(^ l'apadâna conduisait devant les pylônes de la salle du trône; l'escalier du palais, qui, je l'imagine, était semblable au précédent, venait buter contre l'enceinte particulière de l'habitation du roi. Cette partie des tumulus n'a pas été fouillée, mais il y a tout lieu de croire que la fortification de la porte de la demeure du souverain était une réplique des ouvrages analogues étudiés ci-dessus.
Je ne puis fournir aucun détail sur l'escalier particulier de la citadelle. Sa
1. Tous les détails de la rampe seront donnés dans les chapitres consacrés aux fouilles de Lapadàna.