Polybe, Siège d'Ëgine, 1. IX, § i'ô
tement les troupes, de riiélépole sur les tours (fig. 70) '. Les Grecs de l'époque alexandriiie et les capitaines du moyen âge usèrent souvent de cette tactique. La hauteur et l'épaisseur de l'avant-mur susien, la superposition des enceintes étaient des obstacles invincibles à toute escalade. Les ingénieurs se voyaient donc forcés, après la ruine des tours, d'attacher les mineurs à la courtine, opération militaire dangereuse entre toutes.
C'était la nuit, et garantis par une tortue mobile, qu'on pratiquait l'entrée en galerie. Quand les défenseurs ne réussissaient pas à enfumer les travailleurs (p. 146), les contre-mineurs, aux écoutes dans des galeries maçonnées (p. 145), se dirigeaient vers les assaillants ; je suis forcé d'admettre que leurs recherches restaient vaines et qu'une chambre creusée et boisée suivant les formules anciennes s'étendait bientôt sous le flanc d'un redan (p. 142).
Le feu est mis aux étais, la brèche s'ouvre, les sapeurs la rendent praticable sous les projectiles convergents des enceintes supérieures; l'assaut est enfin donné. Il réussit malgré les troupes accourues sur la brèche, malgré les défenseurs de l'enceinte casematée, malgré les défenseurs de la muraille.
En butte aux attaques de flanc dirigées par la garnison de la galerie, aux traits et aux pierres lancés à bout portant, le vainqueur entreprenait sur une plate-forme étroite et très élevée les travaux d'approche ([iiil avait eu tant de peine à conduire dans de bien mcMlleures conditions. Je ne referai pas le récit des péripéties de ces nouveaux sièges; j'admets que l'obstacle et la muraille ont succombé. Derrière la brèche s'élève un retranchement intérieur qui barre la nie du rempart (tîg. 137)". Les assiégés garnissent le nouvel ouvrage, de hourds et de mâchicoulis; une dernière bataille s'engage. Quel en sera le sort? Enlevée dans un élan d'héroïsme, la tenaille est aux mains des assaillants; mais le donjon et la citadelle restent
1. IMiilûii, 1. lU, S 10 et liO; Héiûii, XXU, § 1. Contre cette éventualilé les ingénieurs préconisaient divers moyens de défense. Ils recommandaient d'envelopper les assaillants dans des filets de pèche et de les amener sur les remparts ou de les précipiter dans les fossés (Héron, XXU ; Philon, 1. III, 10 et 40 ; Polyen, I, 25 ; Diod. de Sic, Siège de Tyr, XVIII, 43 1, ou bien encore d'élever au-dessus du point attaqué un second rempart de terre couronné d'un parapet crénelé. " Si l'ennemi jette un pont, nous pourrons l'incendier de l'étage inférieur; s'il cherche à détruire notre parapet supérieur en amenant des béliers, nous percerons le parapet en des endroits convenables et poserons sur des rouleaux un contre-béher pour frapper et détruire les engins ennemis », dit en substance Philon (l. III, S 10). .■Knéas décrit aussi les contre-béliers et les contre-tours (XXXII, 2 et 3). Les immenses chemins de ronde des forteresses susiennes se prêtaient mieu.x que tous autres à la construction de ces (uivrages accessoires qui devaient être d'un emploi fréquent dans les sièges conduits par les ingénieurs asiatiques. Les filets reçoui mandés par Héron et Philon auraient été représentés sur les bas-reliefs assyriens s'ils eussent été en usage.
2. Philon, 1. 111, § 11; .■Enéas, XXXII, (5. Bien que les bas-reliefs et la Bible ne laissent pas deviner l'existence de ces ouvrages intérieurs, je ne doute pas que les ingénieurs assyriens et susiens n'en aient fait usage. Toute l'antiquité a élevé des retranchements derrière les brèches. Je citerai de nouveau les sièges de Tyr et d'Halicarnasse par Alexandre ; celui de Sagonte par Annibal fils d'Amilcar ; celui de Rhodes par Uéméirius Poliorcète, et d'Ambracie par Fulvius Nobilior. Voir à ce sujet la note 3, page 81 de la PoUvrcétiiiue des Grecs. M. Choisy a relevé un de ces retranchements intérieurs (fig. 136) à Philadelphie. Il est sans liaison avec les maçonneries de l'enceinte, et ferme un saillant de la forteresse traversée par deux brèches. Cette découverte est doublement intéressante en ce qu'elle montre aussi que les ingénieurs militaires de ranti([uité connaissaient les défauts des ouvrages saillants.
RETRANCHEMENT INTÉHIEUH.
intacts. Comprend-on maintenant combien étaient laborieuses les opérations d'un siège et pourquoi tant d'armées héroïques, tant de généraux habiles échouèrent devant des places bien détendues, abandonnèrent un siège après deux et trois années de blocus et d'attaques infructueuses.
Tel fut le sort de Sennachérib devant Samarie et de ses successeurs devant les