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PERSISTANCE MES GROUPES ETHNOGRAPHIQUES

mongoliques, ou peut-être le désir mal défini de reconquérir les fertiles et clémentes régions dont elles avaient été maîtresses, poussèrent les tribus vaincues à envahir cet immense champ de bataille qui s'étend de l'Aryane au Caucase, du Damavend jusqu'au Zagros, et à gravir les hauts plateaux de la Médic Tel le peuple d'Israël marchait à la conquête de la Terre Promise, tels les Scythes, les Parthes, les hordes d'Attila, de Djengis-Khan ou de Timour s'élançaient au partage de l'Occident. Ces contacts permanents, ces frottements incessants des tribus aryennes et

S.Kralitïi 1'

Fin. 29. — MUSICIENS ANZil^ITES'.

mongoliques eurent pour conséquence de multiplier les croisements et donnèrent naissance, partout où ils se produisirent, à des races mixtes très antiques : Mèdes brachycéphales. Arméniens, Tadjiks, Adjémis et Kirmanis sous-brachycéphalfs, qui n<> diffèrent jamais les uns des autres que par la proportion des deux sangs mélangés. En dehors de cette terre classique des grandes luttes d'Iran et de Touran, les races se maintinrent pures.

.l'ai montré que, dans les contrées où s'était opéré le croisement mongolaryen, la quantité de sang mongolique variait en raison de la latitude et croissait en se rapprochant de la Caspienne, et j'ai tiré de l'exception formelle que présentent à cet égard les montagnes des Bakhtyaris la seule conclusion qui me parût compatible avec les faits observés, à savoir : que les aïeux des Bakhtyaris avaient été séparés du rameau principal ou refoulés dans les montagnes du sud-ouest alors

l.Lafif<ure 29 reproduit au trait les musiciens figurés dans le haut et à droite du bas-relief de .Maluiuir (fig. 28).

36 L'ACUOPOLE DE SUSE.

que les pays situés au nord du Zagros étaient soumis à des blancs brachycéphales (le race mongolique.

Au sud-ouest des territoires escarpés occupés par ces tribus mongoles commencent les plaines dévolues depuis bien des millénaires aux Négritos et à leurs descendants. Dans l'antiquité la séparation entre les noirs brachycéphales de la chaîne des Zagros et les blancs de la Susiane devait être aussi nette que celle du pays bas et de la montagne, puisque le sang noir et mongolique, dont les moindres parcelles se décèlent si aisément à l'anthropologiste, font à peu près défaut, celui-là chez tous les Bakhtyaris, celui-ci chez les habitants de la plaine.

Que faut-il conclure de ces données ethnographiques et géographiques?

Les Négritos avaient-ils endigué l'invasion descendue du sommet des Zagros, ou avaient-ils conquis la Susiane sur des tribus de sang mongolique déjà maîtresses du pays? J'inclinerais vers la première hypothèse. L'étude anatomique des Dizfoulis et des crânes de Négritos susiens remontant à l'époque parthe indique que \i\ race noire primitive a été modifiée par les Aryens et que le rôle des Mongols est secondaire '. C'est là un point de fait.

Quand un peuple est conquis et que la conquête est durable, il se forme bientôt une race nouvelle qui procède des vaincus et des vainqueurs. Je citerai les Aryens-Négritos et les Aryens-Mongols. Mais si les envahisseurs sont vaincus et forcés de se replier derrière les frontières du vainqueur, le contact est lent à s'établir, le métissage très limité. Il semble donc que les plaines de la Susiane, qui furent, à cause de leur extrême fertilité, occupées bien avant les hautes vallées, étaient aux mains des noirs quand les hordes mongoles se présentèrent, et que la lutte fut défavorable aux montagnards, puisque l'examen des habitants modernes et anciens de la Susiane et des monts Bakhtyaris ne décèle pas de nombreux croisements. L'histoire des peuples antiques de la Chaldéê instituée au moyen de Bérose et des inscriptions cunéiformes semble confirmer cette hypothèse".

En résumé :

Toutes les présomptions scientifiques sont favorables à une occupation très ancienne des plaines susiennes par les Négritos.

Les tribus mongoliques les trouvèrent maîtres du pays quand elles envahirent la Médie et les monts Zagros.

Vinrentla conquête aryenne, puis les grandesguerres desroisde Ninive qui isolèrent les cantonnements des Zagros des pays mongoliques, créèrent au sud-ouest l'îlot des Bakhtyaris et préparèrent la fusion des clans mongols et aryens du nord et du centre.

Depuis l'époque reculée où se déroulèrent les grandes phases de la vie anthi'o-

1. Voir inf. Iluussay, Append., p. lll'J l't lU. •->. Inf.. p. o'J et 60.

GÉOGHAPHIE DE L'ANZAN-SUUSOUNKA. 37

pologiqup de la Perse, la seule modification de la carte ethnographique est due à l'absorption tous les jours plus complète des Négritos et des Aryens-Négritos par la race sémitique.

Quels étaient les limites et le nom du domaine patrimonial des rois de Suse? Quelles étaient ses grandes subdivisions administratives et ethnographiques, leur étendue et leur situation?

Telles sont les questions qui restent à résoudre.

La province persane de l'Arabistan (carte moderne) n'a pas une superficie considérable, à peine celle de neuf à dix de nos départements. Elle était le plus précieux joyau de la couronne de Suse; mais l'entier patrimoine des souverains comprenait, outre les plateaux qui s'étagent en larges gradins du golfe Persique au pied de la chaîne des Bakhtyaris, ces marches montagneuses coupées de vallées fertiles et inexpugnables où les souverains allaient chercher un asile inviolable quand ils étaient serrés de trop près par les armées assyriennes, et des districts maritimes rattachés à la Pârsa avant le règne de Gyrus. L'ensemble de ces contrées équivaut à la Suside de Strabon, jointe à l'Elymaïde, à l'IIxie, à l'Amardie, à la Para^tacène, à la Gossée et aux côtes du Farsistan (carte des Satra), ou, si l'on aime mieux, à l'Arabistan, au Loristan, aux monts Bakhtyaris prolongés jusqu'à la mer et aux côtes du Fars (Gart. inod.).

La frontière nord se détermine exactement, Hérodote ayant eu soin de nous apprendre que la route de Sardes la coupait à quarante-deux parasanges et demi '.

1. Une des grandes objections faites à la véracité d'Hérodote est l'itinéraire de Sardes à Suse. On reproclie notamment à l'historien des guerres médiques d'avoir donné pour la somme totale des étapes et des parasan"es (Hérod., V, § 52 et S3) un chiffre très supérieur aux totaux des nombres partiels.

M. Croiset a réduit cette critique à sa juste valeur philologique. Au point de vue géographique, elle tombe di'is le premier examen.

En partant de Sardes, la route se dirigeait vers l'est et atteignait l'Euphrate et la frontière de l'Arménie après avoir traversé la Lydie, la Phrygie, la Cappadoce et la Cilicie. Soit 51 relais, correspondant à 213,3 parasanges ou à 1 281 kilomètres environ, en comptant le parasange comme le farsak, à 6 kilomètres.

A ces chiffres, pas d'objections: ils sont exacts. Puis la roule se dirige sur Arbelles, descend parallèlement au Tigre, oblique à l'est et traverse les Zagros au col de Kirmanchahan. De l'Euphrate à Arbelles 60(1 kilomètres, d'Arbelles à Kirmanchahan aOO. Soit en tout 1 100.

Sur ces I 100 kilomètres effectifs, Hérodote compte : pour la traversée de r.\nnénie, lii étapes, o6,o parasanges ou 339 kilomètres, et pour celle de la Matiane, 4 relais (soit en moyenne 16 parasanges ou 96 kilomètres), sans chiffre équivalent de parasange.

C'est ici que se trouve l'omission, omission du copiste à n'en pas douter, caria distance donnée par Hérodulc du col de Kirmanchahan à Suse ^ H étapes, 42, b parasanges, soit i'ôli kilomètres — est rigoureusement exacte. Cette omission est considérable. Elle dépasse 750 kilomètres ou 125 parasanges et correspond à un pays enliet compris entre l'Arménie et la Susiane.

Si l'on additionne les parasanges omis — 123 — et les parasanges énumérés partiellement par Hérodote — 312,5 + 16 — on obtient un total — 433, o — très voisin du chiffre total d'Hérodote, 450 (Hérod., V, § 50, 52, 53, 54).

Le chiffre total d'H'i'rodote serait donc exact ainsi que tous ces chiffres de détail, mais i'iiistorien ou les copistes auraient omis, dans la description des contrées traversées par la route de Sardes à Suse, une région comprise entre r.\rménie et le col de Kirmanchahan.

Il est d'ailleurs remarquable que la lacune signalée dans les manuscrits par l'étude philologique du texte coïncide comme situation avec l'omission que dénoncent l'arithmétique et la géographie.

soit à deux cent soixante kilomètres de Suse. Ce point correspond au célèbre col de Kirmanchahan.

Les marches méridionales de la monarchie susienne sont plus difficiles à délimiter. A mon avis, elles épousaient toutes les sinuosités du massif des Zagros jusqu'à sa rencontre avec la mer et se prolongeaient le long des côtes du Fars et du Kirman.

La découverte, aux environs de Bender-Bouchyr, d'un fort sassanide construit avec des briques couvertes d'inscriptions cunéiformes et arrachées à des monuments élamites, montre déjà que les rois de Suse régnaient sur les côtes occidentales de la Pârsa '. Le territoire de Bouchyr, naturellement plat et privé de grands cours d'eau, ne saurait limiter un empire; il faudrait chercher la frontière plus bas, c'est-à-dire au sud du Fars. D'autre part, un passage de l'inscription de Bisoutoun relative à la révolte d'un faux Smerdis précise que Veïsdatès, l'instigateur du mouvement, était né à « Tarava, ville du district Youtia de la Pàrsa )^ et souleva les paysans perses An pays (ï Anzan- . Comme la campagne de Veïsdatès se déroula dans le Kirman', que l'Utie longeait le golfe Persique^ et que VAnzan était une des grandes divisions ethnographiques et politiques de l'ancienne monarchie élamite^ il semble que les sujets des rois de Suse avaient occupé la côlc t-f le versant montagneux qui forment jusqu'à Bender-Abbas le prolongement direct et ininterrompu de la plaine et de la montagne susiennes.

On sait encore par Hérodote que les Saranges du \\T nome (14' satrapie de Bisoutoun, Kirman méridional) étaient originaires du Ghilan* et portaient les vêtements si singulièrement colorés et les brodequins montant jusqu'aux genoux des montagnards pactyices riverains de la mer Caspienne '. Ils étaient donc étroitement apparentés avec les Daœs, les Mardes, les Dropiques, les Cadusiens et autres Métanastes scythes des Zagros distraits de l'ancien royaume d'Élam avant l'époque de Cyrus, pour être rattachés à la monarchie iranienne ^ Enfin je viens de fournir la preuve ethnographique que les Éthiopiens d'Asie unis aux Péricaniens dans le XV IL nome étaient des Négritos Susiens et peuplaient depuis Ormu/. jusqu'au Tigre les grèves du golfe Persique ^

\. Celles de ces briques que j'ai pu me inocurer sont aujourd'hui au Louvre. Quant à la limite sud-ouest de la Pàrsa achéménide, elle était formée, on le sait, par l'Oroatès (moderne, Celidroud) [sup., p. i, note 1).

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