Ibid
L'Élani apprit avec inquiétude le réveil soudain de ses voisins. Ses craintes étaient d'autant plus vives que la Susiane venait de changer de maître, mutation toujours périlleuse en Orient, et que le roi Oiimmanigach ou Khoumbanigach » s'asseyait sur le trône d'Élam » (742)'.
Neuf ans après l'avènement d'Oummanigach, Nabonassar mourait (733), précédant de sept ans dans la tombe Tiglathphalasar II (726).
Salmanasar V ceignit la double couronne de Ninive et de Babylone; mais en 721 il succombait à son tour, avant d'avoir réduit Tyr et Samarie qu'il tenait bloquées depuis plus de deux ans.
Salmanasar ne laissait pas d'héritiers. Sargon [Charonkin), un de ses généraux, s'attribua l'Assyrie. La Babylonie, que le nouveau roi n'avait pas été assez puissant pour ranger sous son autorité, se donna pour maître Mardoukbaliddina (721), prince héréditaire de la province de Bît-Yakîn, riveraine du golfe Persique.
Jamais occasion plus favorable ne s'était offerte aux rois d'Élam de ruiner la puissance assyrienne. Oummanigach cria aussitôt son ban de guerre.
Les combattants allaient en venir aux mains dans des conditions bien différentes.
L'Assyrie, maîtresse de l'Asie occidentale, commandait aux destinées d'innombrables vassaux. Ses généraux habiles, ses soldats aguiMM-is possédaient l'ascendant et la confiance qu'acquièrent les troupes habituées au succès; ses trésors regorgeaient des dépouilles métalliques des peuples vaincus; son gouvernement, ses mœurs, ses richesses et plus encore sa destinée en faisaient une machine de guerre formidable.
La Kissie semblait une quantité négligeable auprès du colosse sémitique. Afin de suppléer à rinfériorit('' numérique de leurs armées, les rois de Suse avaient dès longtemps fortifié leurs villes frontières" et créé au cœur même de leur capitale une citadelle à peu près inexpugnable, le Memnonium, dont la renommée parvint jusqu'en Grèce. Cette célèbre forteresse est aujourd'hui connue ^ Combien était justifiée l'admiration qu'elle excitait, combien étaient savants les ingénieurs qui l'avaient construite!
Si les défenses élevées sur les frontières par les monarques kissiens n'équilibraient pas les forces des deux peuples, elles suffisaient à des défenseurs résolus pour arrêter les premiers efforts des ennemis.
Oummanigach ne jugea pas opportun d'attendre l'ennemi derrière ses forteresses ;
{. Chronique babijlotiknne d'AnubelUtkliil, traduite par M. Oppert, Mém. Iiiatitut, 1887, p. 60. Le clir(>iii(Hienr babylonien nomme Oummanigach le roi susien désigné d'habitude sous le nom de Khoumbanigach.
2. Dans mes trois expéditions en Susiane j'ai relevé sur la frontière occidentale neuf places fortes de l'époque élamite. Les unes et les autres doivent répondre aux villes murées — MandaUtou, Naditou, Kamanou, Betimbi — désignées dans les textes assyriens. Maspero, /. c, p. 139.
3. Au cours des fouilles j'ai eu l'heureuse fortune de mettre à nu la plus grande partie du périmètre fortilié du Memnonium. Voir inf., chapitres iv, v, vi et vu, la descriplion et la restauration de l'euceinte.
SOLTROUK NAKHOUNTA. 63
il envahit la Chaldée, fut arrêté à Kalou (721) et forcé de battre en retraite. Deux ans plus tard il avait réuni une nouvelle armée. En 719, un siècle après la défaite de Daban, il apparaissait de nouveau et passait sur le corps des Ninivites dans les environs de la ville de Douril (719). Le contingent babylonien, arrivé trop tard pour prendre part à l'action, poursuivit les vaincus et changea leur déroute en une sanglante défaite. Oummanigach, déjà fort âgé, s'éteignit plein de gloire (716). O succès couronnait brillamment un règne de vingt-six ans.
Soutrouk Nakhounta, fils, semble-t-il, de la sœur d'Oummanigach, ceignit le diadème. La victoire de Douril vengeait les Élamiles des défaites de Daban et de Kalou. Le nouveau roi voulut l'emporter sur son prédécesseur en barrant à toujours la route de sa capitale. Il s'allia de nouveau avec Mardoukbaliddina et prépara la guerre pendant six ans. Au moment où il s'apprêtait à rejoindre les forces de Babylone, un des généraux de Sargon se précipita sur la Susiane, pénétra dans la province de Râchi et força Soutrouk Nakhounta à se replier au plus vite derrière ses places fortes. Sargon, libre de tout souci du côté de l'Élam, s'avança sur Babylone, battit les armées chaldéennes sous les murs de Dour-Atkhar, refoula Mardoukbaliddina dans la petite principauté de Bît-Yakîn et profita de son succès pour se faire proclamer roi de Choumir et d'Accad (710) '.
L'année suivante les hostilités furent portées sur la rive gauche du Tigre. Sargon poursuivit le roi de Babylone jusque sous les murs de Dour-Yakîn" et battit les armées du sud près du confluent du Karoun et du Tigre, en un lieu voisin de Mohamerèh, que signalent encore d'immenses tumulus et le nom de Dourak-Gadim (Dourak Ancien) laissé aux ruines de la ville. Cette terrible bataille s'était livrée sur le territoire géographique de l'Élam, à quinze étapes de la capitale. Suse était directement menacée; à tout prix il fallait dégager le sud de l'empire. Soutrouk Nakhounta réunit une nouvelle armée. Battu dans l'EUibi sur les frontières de la Médie, il inflige en 706 une sanglante défaite à ses ennemis, recouvre les provinces septentrionales perdues après la campagne de 710, et conquiert une zone de territoire appartenant au domaine propre de l'Assyrie. Le succès des Ëlamites permit au prince aryen de Manna, Argichtis II, de recouvrer son indépendance. L'échec d'Achchour était complet '.
En 704 Sargon mourait assassiné dans le palais de Dour-Charoukîn (moderne Khorsabad).
Son fils Sennachérib [Siuakhéirbd) fit tète aux orages qui grondaient sur tous les points de l'empire. Mardoukbaliddina essaya vainement de ressaisir la Chaldée;