SÉMITES
La grande i)laiue de la Susiaue ne présente pas moins de i)opulations dill'ércutes que les hauts plateaux. Entre les petits groupes de l'ancienne population qui subsiste se sont étalilies d'autres races. Le nord de cette grande plaine est occupé par les Arabes; le sud, à pariii' (h' Picbahan, par les Farsis. Des tribus issues du mélange des deux peuples forment, au sud de Ram-Hormuz et tout le long de la côte, le fond de la population.
Les Arabes de Perse, que nous avons eu surtout occasion de connaître à Suse, puisque nous vivions au milieu de leurs tribus, présentent moins que leurs voisins de Tunpiic le lyjie sémite pur. 11 ne se trouve guère que chez les chefs (fig. H).
Les autres sont plus ou moins fortement marqués du caractère des Susiens, avec lesquels ils se sont évidemment fondus. Par leur front large, par leur nez épaté, ils se rapijrochcnt des habitants de Dizfoul (fig.6 et 7); mais ils restent Arabes par la rareté et la finesse relatives de la barbe, la maigreur du mollet et la délicatesse des attaches.
Leurs cheveux sont légèrement crépus; ils ne les coupent (jue dans la première enfance : arrivés à l'âge d'homme, ils en font le plus souvent deux longues nattes qu'ils laissent tomber sur la poitrine, de chaque côté de la tête.
Leur vêtement se compose presque uniquement d'une i)ièce de laine, grossièrement tissée.
SEMITES. 101
dans laf|uplle ils se drapent; les riches seuls ont une robe mieux ajustée. Ils ont sur la t(Me la classique Icoufi'p, ceinte de la corde de chameau.
Leur force musculaire est très faible, ce qui tient non point à leur alimentation, mais à la race, car les Loris, qui mènent exactement le même genre de vie, sont très vigoureux. Ils sont, en revanche, doués d'une extrême résistance à la fatigue, aux privations et à la douleur.
Les Arabes sont, en immense majorité, nomades. Ils vivent sous des tentes de laine noire que les femmes tissent elles-mêmes. Les hommes fdent, et, en traversant les tribus, on les voit causer et se promener en tournant rapidement entre leurs dents le primitif dévidoir. La tente est divisée, perpendiculairement à sa longueur, par une cloison mobile de roseaux et de palmiers. Un des compartiments est alTecté à la vie du dehors : c'est là que le mari reçoit ses amis ou les étrangers; l'autre côté est réservé pour la vie de famille. Les femmes y séjournent le plus souvent, les jeunes occupées au tissage des tapis ou des étoiles, les vieilles s'employant aux plus gros travaux. Cependant les femmes de tribus ne sont i)oint strictement tenues au séjour dans le harem; elles vont et viennent à visage découvert, causent avec l'étranger, ce que l'on ne saurait jamais voir dans une ville persane.
Ils vivent sous un régime à la fois de communauté et de propriété individuelle. Chaque chef de famille possède en propre ses bestiaux, ses ustensiles de ménage, ses A'êtements et sa tente. D'autre part, le cheikh de la tribu paye impôt au gouvernement, ou plutôt paye la location de la terre qu'il occupe. La jouissance d'un territoire déterminé appartient donc à toute la tribu, représentée par son chef; le fourrage est une propriété conunune à toutes les familles, et les troupeaux de la tribu paissent ensemble. Si quelqu'un veut cultiver du blé, il doit d'abord verser une certaine somme au cheikh ; c'est en quchjue sorte une sous-location du sol. Contre cet argent, la jouissance du champ, retirée à la communauté, lui est acquise pour une année; il peut cultiver, récolter et emporter le blé, qui est sa propriété. Cependant le cheikh, qui paye au gouvernement pour toute sa tribu, doit retrouver l'argent qu'il a versé. Il prélève une certaine part sur la vente des bestiaux, de la laine, du blé, et chaque homme, d'ailleurs, lui paye une cote personnelle.
Le cheikii est l'homme le plus riche de la tribu, celui qui possède les plus grands troupeaux et les plus belles tentes. Son autorité est toute fondée sur le respect et l'amour de ses hommes. Le titre de cheikh est héréditaire et appartient à tous les fds; mais l'autorité ne revient qu'cà un seul, généralement l'aîné, à moins que le gouvernement ou la tribu elle-même n'exige ([ne le pouvoir soit exercé par un autre membre de la famille.
Dans une région, le chef delà plus grande tribu, de laquelle les petites sont en général des rejetons, a une sorte d'autorité sur les autres cheikhs. Il les réunit à un jour donné et il distribue à chacun les pâturages suivant l'époque de l'année. Les collisions qui se produiraient si deux tribus voulaient occuper en même temps le même point sont ainsi évitées. C'est aussi le moyen de tirer le meilleur parti possible des herbages. Telle partie sableuse de la plaine produit exclusivement des graminées dont l'épi est très barbelé, et qu'il est impossible de faire i)aitrc aux troupeaux quand il est sec. Le grand cheikh concentre au commencement du printemps, avant que l'épi soit formé, toutes les tribus à cet endroit. Cette ressource épuisée, il disperse les campements sur tous les points oii la venue des chardons empêchera de pénétrer un mois plus tard. 11 réserve pour la fin les lieux où croissent l'herbe tendre et la folle avoine. Il distribue aux propriétaires de buflles les territoires qui bordent les lleuves. Son autorité ne va pas plus loin. 11 a sa tribu qu'il administre comme les autres, il y perçoit l'impôt; c'est aussi à lui que les petits cheikhs versent leur tribut, el il sert d'intermédiaire entre le gouvernement et eux.
Une étroite bande de terrain passant par Chouster, Ram-IIormuz et Mohamerèh marciuc la limite entre les Arabes et les Persans. Les habitants, cultivateurs du sol, rappellent les Farsis par leur nez long et droit; mais ils sont Arabes par la barbe et les cheveux. Ce caractère semble être celui que les Sémites croisés conservent le plus intact.
Leur cosliiino esl un mi'lanyc do celui des deux peuples dunt ils soid issus. Ils sont eoilles d iiu liu'hau de couleur sombre donl ils disposent les plis d'une façon toute spéciale et assez coquetic. Ils parleni les deux langues avec facilité, mais ils semblent avoir une certaine prédilection pour l'arabe ; c'est de cet idiome qu'ils se servent entre eux, et ils en font sentir les dures et gutturales intonations en parlant le persan.
Les chefs religieux et les Séides réi)andus dans toute la Perse prétendent à une origine arabe. En cllct, ils ont pres(|ue tous le tyjie sémite (fig. 21). Non pas peut-être ([ue leur généalogie puisse remonter jusqu'aux compagnons du Prophète; mais ils s'allient presque toujours à des femmes arabes choisies dans les tribus, qui infusent à chaque génération nouvelle un nouvel apport de sang arabe. Au reste, ces fennnes de tribus étant en général très belles, le sentiment religieux est en accord parfait pour ce cas avec la recherche des biens de ce monde.
ÂRYANO-NÉGROÏDES