Duhousset, loc. cit., p
saient un régiment entier au camp de SuUanieli, où vingi mille hommes étaient réunis sous mon commandement eu 1850. »
Cet aplatissement est sans doute dû à une déformation artiticielle produite dans le jeune âge; je n'ai pas pu m'en rendre compte. Quoi qu'il eu soit, l'auteur la considère comme typique et dit qu'" aucune des grandes souches de l'Asie centrale n'ollVe une pareille couformatiou ». Cependant il suffit de comparer les croquis de Bakhtyaris, de Turcomans et d'Azerbeidjanis donnés dans son propre ouvrage pour reconnaître (jue les derniers la possèdent presque autant que les premiers. Ce serait donc plutôt un caractère mongol, comme au reste tout ce ipii est déformation artificielle en Asie centrale et en Syrie.
KiianilidlV admet un élément de plus dans la constitution de la race bakhtyari. La tète, suivant lui, marque trois empreintes dillérentes. Le diamètre longitudinal ii'ur viendrait des Persans, le transverse des Turcs et le vertical des Arabes. Celte hypothèse apprend peu de chose.
11 est, je crois, diflicile d'arriver à la vérité si l'on persiste à prendre toujours les lialvlityaris en masse et à faire des moyennes.
Layard était mieux inspiré en montrant (pu:* les diverses' tribus n'avaient point la même origine. Pour lui les Binduunis sont les aborigènes, mélangés de Syriens, Sémites, à ce (pi'il pense.
Les Dliiaroiniis vinrent d'Ispahan à Malamir vers 1830. Les Gondoiizlouf; sont des Turcs Afchars, et les Janilas, qui habitent entre Malamir et Ram-Hormuz, sont aussi des Turcs.'
En réalité le pays doit contenir encore d'autres éléments; mais c'est une première approximation. La montagne, refuge obligé de toutes les tribus en fuite, a été le théâtre des nombreuses fusions aryennes, touraniemies et sémites. En certains points l'élément touranieu paraît prépondérant, en d'autres il s'efface.
Ces tribus mènent toutes aujourd'hui la vie nomade. Aussi ne trouve-t-on pas dans le pays de monuments modernes. Cependant dans quelques vallées solitaires nous avons rencontré plusieurs anciens cimetières bakhtyaris. Sur la tombe des guerriers se dresse une informe bête de pierre : c'est un lion qu'ils ont voulu représenter. Sur ses flancs sont gravées en relief toutes les ai-mes du mort : fusils, sabres, pistolets, poignards.
Sur d'autres tombes sont placées des stèles de pierre où le défunt est représenté soit à cheval, soit à pied. Aucun de ces monuments ne nous parut nouvellement érigé. Les habitants nous dirent d'ailleurs que depuis une cinquantaine d'années cette coutume avait disparu et que l'on se contentait de placer aujourd'hui une simple petite pierre sans inscriptions ni ornements. L'origine de cette décoration des tombeaux est sans doute fort ancienne, très antérieure assurément à la conversion des Bakhtyaris au mahométisme, et même, je pense, à leur venue dans les montagnes.
Ces monuments paraissent dériver des kanionc baba apportées au Caucase par les li'ibus mongoliques du nord dès le v° siècle.
Elles appartiendraient dans la montagne à l'élément touranieu, qui forme une importante fraction des Bakhtyaris, sans les composer exclusivement (fig. 20).
Nous avons résidé douze jours au milieu des tribus bakhtyaris ; mais le peu de confiance que nous inspirions, le mauvais accueil qu'on nous réservait, et les querelles qui éclataient chaque jour, ne me permirent pas de prendre autant de mesures que j'aurais voulu.
A Meidowid une tribu de Janikis se montra un peu moins farouche, j'en profitai immédiatement, et les chiU'res que j'obtins sont réunis dans le tableau suivant.
UAKIITVAKIS.
INDICATION PES MESURES
Taille debout
— menton
— épaule
— Imnclii»
— omliilic
— mollet
Diamètre antOro-postérieur de la tèle
— transverse
— frontal niiiiiniuni
— biauriculaire
— hizygomatique
— angulaire de la mâchoire. . ,
— épaules
— bassin
hanches
— seins
Circonférence de la tète
— épaule
— seins
— taille
— hanche
— bras
— avant-bras
— cuisse
— mollet
IjOngueur du bras (totale)
— avant-bras
— main
— grande envergure
— cuisse
— jambe
— pied
— post-malléolaire I
— nez
Largeur du no/.
— biorbitaire externe
— interorbitaire
— bouche
lO.îi 10,3 3o 2b HO 74,y 92,S 2,1 bO 43, b 4i,b
IbO
bb,2
MOYENNE
10b,b 3b 17,8 14,9 7,6 18,6 10,2 12,1 34,1 33,0 21,7 bb,7
Ces chillVos, je le répète, s'appliquent aux Jauikis seuls, et api'ès les observations qui prtk'èdent je me garderai bien de les étendre à tous les Rakhtyaris. Les hommes de cette tribu, que Layard dit être turtpie, présentent au contraire à première vue des caractères loris. Même taille élevée, iTième vigueur dans les membres; la barbe et la chevelure, soyeuses, bouclées, sont très longues et très noires; le nez long et droit, la peau est d'une blancheur remarquable, bien qu'ils habitent une partie relativement chaude de la montagne.
Cependant les mensurations céphalométriques indicpient un fort apport turcoman. L'indice cépbalique est 83,70. Quoique très inférieur à celui (lu'on accorde généralement aux Baldityaris, il est assez élevé. L'indice fronto-jugal, 74,50, est, lui aussi, assez fort.
Cette tribu diflëre donc assez sensiblement des autres Bakbtyaris, par une moindi'e brachycépiialie et par une plus grande somme de caractères aryens.
11 est très vraisemblable qu'une tribu turque trouva le pays occupé par des Loris et se fondit avec eux. Il n'est pas inutile de faire remarquer que le premier des sujets mesurés était
le chef du campomont. Il Iraliil plus ([uc les autres une origine seplenlrionale : son intlice céplialique est 86,48. Parmi les hommes de la tribu qui allaient et venaient autour de nous, j'en remarquai beaueoup de châtains, comme dans le Fars; d'autres avaient les cheveux el la barbe noirs avec des yeux bleus, caractères que j'avais déjà relevés chez les Loris.
Un autre fait vient encore confirmer l'hypothèse d'une occupation aryenne de la contrée. A un jour de marche de Meidowid, sur les bords de l'Alla, au point où cette rivière va sortir des gorges de la montagne pour pénétrer dans la plaine de Ram-Hormuz, nous avons trouvé une petite tribu (pii n'avait de parenté possible ([u'avec les Farsis ou les Loris. Les gens de ce campement ne possédaient même point de tentes; ils étaient très misérables, aussi avaient-ils une fâcheuse propension au brigandage. Nous fûmes sur le point d'échanger avec eux des cou]is de fusil et nous eûmes (piehpie peine à sortir de leurs mains. Ils étaient très beaux, grands, élancés, la peau très blanche, les cheveux châtains ou blonds. Rien dans leur allure ne décelait un mélange lurcoman.
Ils ne parlaient point le persan, nous n'entendions pas un mot de leur langage. Cependant en prêtant l'oreille on distinguait dans le discours des formes persanes, en particulier dans les radicaux des verbes. Peut-être était-ce du pehlvi. Peut-être cette petite et misérable tribu, végétant à l'écart et ne prenant pas part au mouvement général, a-t-elle conservé avec la pureté du type la vieille forme du langage. C'est possible.
Ces quelques renseignements n'accroissent pas beaucoup nos connaissances sur les Bakhtyaris en général, du moins ont-ils l'intérêt de montrer que la question est encore plus compliquée qu'on ne le croit généralement. C'est toute une campagne qu'il faudrait consacrer à l'étude des Bakhtyaris ; il faudrait les prendre campement par campement et sonder une à une les vallées les plus solitaires de la montagne. On devrait y retrouver pures des tribus tui'comancs, sémites peut-être, aryennes, susieimes, et d'autres formées du mélange de ces éléments en proportions diverses suivant les points. Une telle mission serait difficile et périlleuse sans doute, mais fournirait pour l'anthropologie et l'histoire les résultats les plus intéressants.