‹ L'Acropole de SuseChapitre 88 sur 171 · DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES SUSIENS · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES SUSIENS

On peut aujourd'liui retrouver les Siisiens dispersés dans toute la plaine qui s'élend du golfe Persique au pied de la montagne. Us vivent par petits groupes, et possèdent quelques villes et villages, qui sont pour eux des refuges au milieu du pays dont ils ont été dépossédés par les peuples voisins, Arabes, Baklityaris et Loris. La plus grande partie de la plaine, inculte aujourd'hui, est parcourue par les nomades; les anciens maîtres du pays ne peuvent exploiter que les petites zones situées autour des villes. Ils n'en sortent que pour cause d'absolue nécessité, et ce n'est qu'en tremblant qu'ils perdent de vue leurs murailles.

Leur centre le plus important est Dizfoul, situé à 33 kilomètres de l'ancienne Suse. Il est fort difficile d'évaluer même approximativement la pdpulation de celte ville; la surface recouverte par les constructions n'indique rien, car si, d'une part, il y a nombre de maisons en ruines et inhabitées, d'autre part, celles qui sont en bon étal abritent un nombre considérable (le familles, entassées dans des chambres étroites où règne une acre odeur d'étahle.

A Chouster une faible partie de la population est susienne, la majorité est d'origine baklityari. .\près Dizfoul, la ville d'Ârabistan où l'on trouve le plus de Susiens est Ram-Hormuz. Ils y vivent mêlés aux Bakhtyaris et aux Arabes, distincts des uns et des autres par le type et par le costume, dont les étoH'es ont toujours des couleurs éclatantes.

Dans le Fars méridional il en existe quelques groupes, surtout dans les petits ports voisins du Béloutchistan : à Bendcr-.\bbas, à Lingeh, ce qui concorde avec les observations faites par Istakhri dès le x" siècle par Hamilton, Smith dans le Mékran, par M""" Dieulafoy à Aharani. .le n'ai pas pu en ces points faire de mensurations, mais j'avais assez longtemps vécu avec les Dizfoulis pour être sur de reconnaître à première vue leur type si spécial.

Les quelques villes que je viens de citer sont les dernières retraites de ce peuple ipii anive à la fin de sa longue décadence. C'est \h qu'on peut encore voir des Susiens agglomérés. Mais ils n'ont pas disparu devant les envahisseurs sans laisser de traces. Les Arabes de Perse, en particulier, ont absorbé dans leurs tribus une i)artie des vaincus, et le sang négroïde qui caractérise surtout le Susien se manifeste assez fréquemment chez les nomades du pays. Les chefs seuls présentent le type sémite dans toute sa pureté (fig. 7 et H). Ce fait devient hors de doute lorsque l'on compare avec leurs congénères de Turquie les tribus qui, depuis de longs siècles, campent autour de Suse. C'est le même costume, la même langue, la même organisation ])olitiqui' et sociale; le crâne, la bouche et le nez ditl'èrent (lig. 10). On comprend que ces nomades ont englobé et entraîné dans leur mouvement des populations négroïdes sédentaires à l'époque de la splendeur de Suse.

Chez les Bakhtyaris, à Malamir en particulier, on trouve encore quelques Susiens nettement différents des autres habitants dn plateau avec lesquels ils sont mêlés. Au résumé, sur tous les points du pays on retrouve des traces de ces Susiens modernes, et l'on peut, grâce à ces vestiges, se figurer leur extension et leurs puissances anciennes.

Nous avons dû étudier minutieusement un certain nombre de faits et de détails afin d'obtenir une conviction. Résumons, pour terminer les principaux résultats de cette étude.

Je me suis attaché à montrer que les habitants actuels de l'empire persan sont en majorilé d'origine lurcomane. La classique antithèse d'Iran et de Touran, qui exprime l'antagonisme de deux peuples différant par la langue, par l'origine, et perpétuellement ennemis, n'a plus aujourd'hui tout à fait le même sens. Sans doute l'Aryen de Chiraz est le sujet, un peu méjirisant, du Turcoman de Téhéran plutôt que son compatriote; le souvenir des luttes antiques persiste vivace, mais les deux mots anciens ne peuvent servir à traduire l'antipathie actuelle. Le Touran a été vainqueur et a envahi l'Iran; la ligne de démarcation a été reculée très Iniii dans le sud, et les Aryens (uil été dépossédés du sol.

CONCLUSIONS ETHNOCHAPHIOnES. H5

L'Iran ne leur appartient plus, ils ndiil pu fj;arder (pie ([uelques régions montagneuses : le Fars et le Louristan, à peine égales au tiers de la surface de la Perse. Cela ne veut même pas dire que les Aryens forment le tiers de la population persane, ear leur [javs est un des moins peujilés de l'empire.

Il nous semble maintenant certain (pic la Sasiane a été primitivement peuplée par une race noire, de petite taille et de faible capacité crânienne. On en retrouve des traces chez les habitants actuels de la contrée. De petites tribus de C(>s noirs habitent encore l'Inde et l'Indo-Chine. Au .lapon ils sont noyés dans les populations métisses. Ils occupaient aussi la Susiane. Ces petits nègres paraissent avoir formé la population primitive de l'Asie ori(!ntale et méridionale; peu à peu refoulés ou absorbés par les races conquérantes, on les retrouve aujourd'hui, à l'état (le iHircté, seulement dans les régions centrales et montagneuses des iles de la Sonde, des Philippines et de la Nouvelle-Guinée. Ce fait reconnu augmente au nord et à l'ouest l'extension (d('\jà considérable) de la race. Il est, de plus, fort intéressant pour l'anthropologie, car les Négritos insulaires ne nous sont connus que depuis très peu de temps. Les Négritos susiens ont au contraire été en contact avec les peuples méditerran(''ens dès la plus haute antiquit('', et l'on peut espérer retrouver des traces de leur civdisation propre avant la conquête du sol par les Aryens de Perse.

Celle conquét(; n'a pas dû se faire sans lutte. Bien (pie terminée dès les temps héi-diipies, il semble en rester des traces dans certaines expressions du peuple. De même que l'Arabe ne connaît pas d'injure plus vigoureuse que " tils de chiens », le Farsi des environs de Chiraz ne sait rien de plus insultant que courut cyàlui^ figure noire ". C'est le même mépris que mar(iueiil les Hindous en appelant /je^^j/i? de migex les Négritos des monts Vindln/as.

Frédéric HOLSSAY.

L'ACROPOLE DE SlISE

CORBEII..

IMPKIMEKIE CRETE

MARCEL DIEULAFOV

DAPRES

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