CHAPITRE IV
Le Memiionium. — Description du profil des enceintes de l'Acropole. — Avant-mur. — Enceinte casematée. Muraille. — Prolils exceptionnels de la citadelle et de l'apadàna. — Tracé en crémaillère.
Quand on arrive à Dizfoul et que, monté sur une terrasse, on tourne les yeux vers le sud, on aperçoit à l'horizon une montagne terminée par un plateau horizontal. C'est la Kaleh-è-Chous (Forteresse de Suse), disent avec raison les habitants de la ville.
Le voyageur se met en route, traverse une plaine déserte, passe à gué l'Abdizt'oul (ancien Copratès), puis, après avoir franchi la large dépression identifiée avec l'Oulaï (p. !^, 4 et li), il voit se dresser les ruines de l'Acropole.
A l'ouest coule le Chaour, dont les eaux baignent les dernières pentes des tumulus royaux ; une lieue plus loin, la Kerkha, connue des auteurs classiques sous le nom de Ghoaspe.
Je ne parlerai guère de la ville. Comprise entre l'Oulaï au nord et le Choaspe au sud, elle s'étendait, de l'est à l'ouest, sur 18 à 20 kilomètres.
Le long du Choaspe se groupaient, semble-t-il, des faubourgs populeux; sur la rive droite de l'Oulaï se trouvaient des temples, au moins un ziggonrat (le /e/ Soleïman), et enfin le Memnonium, masse gigantesque qui émerge encore des tumulus voisins comme une île escarpée des flots de la mer. Les constructions privées étaient plus denses à l'est; les édifices religieux, à l'ouest. Si l'on peut se lier au relief du sol, le quartier sacré avait peu d'habitants. Les temples devaient être entourés de bois et de jardins irrigués par de multiples canaux. Des retraites ombreuses que violèrent les soldats d'Achchourbanipal (p. 77), il reste deux ou trois konars épineux et quelques palmiers dont les maigres panaches ombragent le tombeau de Daniel.
L'Acropole était immense. Sa superficie exacte, comptée à partir des parements
extérieurs des murailles, mesurait 123 hectares. Sur ce chiffre les ouvrages défensifs
entraient pour un dixième (pi. I et II).
Les palais eties constructions militaires occupaient trois plates-formes distinctes très apparentes sous l'épais manteau de détritus et de terre qui les recouvre.
Au sud-ouest se dressait la citadelle. Ses ruines alTectent la forme d'un demi-cercle dont le centre serait oriiMité vers l'intérieur. La crête des éboulis atteint encore 38 m. 50 au-dessus du niveau moyen du Chaour, Je dirai, à ce propos, que les cotes de hauteurs seront l'apportées désormais au niveau du dallage de la salle du trône d'Artaxerxès Mnémon, situé lui-même à 19 m. 50 au-dessus des eaux moyennes du Chaour. La cote des éboulis supérieurs de la forteresse s'écrira + 19, celle de la rivière — 19 m. 50.
Au nord de la citadelle, et séparée de cet ouvrage par un ravin profond, une plate-forme très saillante sur le tracé formait le socle de ïapadàna ou salle du trône. A Test, une terrasse longue do 1000 mètres, large de 650, portait les palais habités par le roi et le harem.
Le tumulus oriental présente une pente accentuée du sud au nord et de l'est à l'ouest; la hauteur des crêtes décroît de + 10 à + 6 et de + (5 à + 4.
Tel est le champ d'étude offert aux explorateurs.
Dès le début des travaux je songeai à déblayer une partie de l'enceinte, car en suivant les parements j'avais l'espoir de découvrir une porte et par conséquent de saisir l'extrémité d'un fil conducteur. Aussi bien mon premier soin fut-il de parcourir les immenses crevasses du tumulus, dans le dessein de cherchtM* au milieu d'elles le parement tant souhaité (fig. 4(3). Vains efforts. Mon insuccès tenait à deux causes. La végétation, beaucoup plus hàtivc^ et beaucoup plus touffue en Arabistan que sous nos climats brumeux, éclate au soleil de février et couvre bientôt la terre d'un épais manteau de verdure. Quand j'atteignis la Susiane vers la iin de l'hiver, le sol était partout caché sous des herbes impénétrables. Puis je ne connaissais pas la nature des matériaux employés dans les vieilles constructions, et de |)riiiie abord il m'eût été impossible de discerner, à la simple couleur de la terre, les murs de leurs éboulis ou des remplissages.
Je renonçai, non sans regret, à ce premier mode d'investigation.
Vers le sud du tumulus oriental, une dépression signalait une cour intéi'ieure. Après avoir mûrement étudié la configuration de ses entours, je traçai trois groupes de tranchées. Un éperon qui s'avançait entre les trois plates-formes s'offrait de luimême aux premiers coups de pioche. Le second et le troisième point attaqués furent des surélévations rcdiécs à la dépression centrale. Je sus bientôt que les murs d'enceinte étaient bâtis (mi moellons de terre ayant un pied carré de base et un demi-pied de haut. J'appris encore que les grands murs étaient jjcrpendiculaires ou parallèles entre eux. Ces renseignements bien élémentaires fiircmt acquis pourtant au prix de travaux et de frais considérables. Enfin les ouvriers déblayènMit un