‹ L'AcropoleChapitre 5 sur 7 · LORT · texte numérisé non relu

LORT

Il s’éléve sur trois degrés, en forme d’amphiprostyle. A l’Est et a l'Ouest, devant et derriére la petite cella contenant une seule piéce, une rangée de colonnes forme les fagades. La petite chambre du culte n’avait pas de vestibule mais s’ouvrait dans toute sa largeur vers |’Est. Deux piliers faisaient trois baies dont celle du milieu servait de passage, tandis que les deux autres étaient fermées par des grilles. A l’arriére de la cella deux antes formaient une facade feinte complétant ainsi la symétrie de l’aspect extérieur. Dans la cella se trouvait la statue en bois de la déesse tenant dans sa main droite une grenade et le casque dans sa main gauche. Plus tard on s’étonna de cette figure, différente des images habituelles de la Niké, et on inventa la fable que la déesse de la Victoire avait été faite sans ailes, aptére, pour qu’elle soit obligée de rester 4 Athénes.

L’ordre ionique fut choisi pour le petit sanctuaire. Alors que |’on ne pouvait élever le grand temple principal que dans les formes traditionelles et monumentales du style dorique, on préféra pour les petites dimensions de cette chapelle les gracieuse formes ioniques. Au-dessus des colonnes composées comme de coutume de trois membres: base, fit et chapiteau, est posé un entablement divisé en trois bandes. La-dessus repose, contournant les quatre murs, la frise dont les petites figures ressortent avec vivacité, a la lumiére incandescente du soleil.

Si l’on compare les colonnes avec celles des Propylées ou de |’Erechthéion, on s’apergoit qu’elles produisent une impression plus archaique. Elles sont plus courtes et plus trapues et leur base n’a pas encore la forme attique usitée depuis les Propylées, qui consiste en une scotie entre deux tores. Mais avant tout elles ne possédent pas l’unité classique du rythme; la colonne se divise en ses trois parties, dont les proportions ne sont pas encore équilibrées entre elles. La transition de la base au fit ne parait pas organique et le chapiteau est relativement lourd. I] y a encore dans ces colonnes quelque chose du mouvement tatonnant et anguleux propre aux statues des années ou s’opérait la transition de l’art archaique au classique. Par contre les figures de la frise Est se rapprochent des cariatides de |’Erechthéion, élevées vers 420. Cette ambiguité se laisse expliquer par l’histoire de ]’édifice. Lorsqu’il fut commencé on exécuta les bases, les fits et probablement aussi les chapiteaux des colonnes d’aprés les projets de Callicrate. C’était durant les années ot maint ouvrier des sculptures du Parthénon luttait encore contre |’archaique. Les piéces restérent 1a lorsque les travaux furent interrompus et ne vinrent a étre assemblées qu’aprés 421. Il parait invraisembable que l’on ait repris alors les projets vieux de presque toute une génération, mais on usa du matériel déja apprété ou presque et on posa dessus une architrave et une frise correspondant au sentiment artistique de Pépoque.

Quatre dalles de la frise furent emmenées a Londres par Lord Elgin; elles sont remplacées sur

le temple par des copies en terre cuite. Quelques autres manquent, la plupart ont grandement

souffert. A l’Ouest et aux cétés longitudinaux sont représentés des combats de Grecs entre eux et contre les Perses; ce ne sont sfirement pas les combats contemporains, mais la bataille de Platées devenue épopée héroique. La mélée de la lutte remplit la frise d’un grouillement de figures, des pans de vétements flottants accentuent l’exaspération du combat. Les artistes de la frise reliérent par la composition différents groupes de combattants et les ordonnérent en méme temps en un rythme égal au moyen de mouvements qui contrastent et s’enchainent. Une piéce relativement bien conservée nous offre un détail. Un Perse glisse 4 bas de son cheval blessé qui s’effondre au-dessus d’un cadavre, un Grec est en train de le saisir et de lui porter le coup mortel, tandis que de la droite un second Oriental arrive au secours de son camarade. La frise Est offre un caractére different. Elle présente, symétriquement groupée autour d’Athéna, une assemblée de dieux vus pour la plupart de face et bercés dans la douce cadence du hanchement. Quelques-uns trénent, d’autres restent debout, accoudés. Malgré les ravages la splendeur et la vie du marbre se manifestent dans ces figures avec un éclat extraordinaire.

Le sanctuaire d’Athéna Niké recut un nouvel ornement, lorsque aprés les derniers brillants triomphes des Athéniens, Alcibiade retourna en 408 dans la ville. Le bord de la terrasse fut entouré d’un parapet dont la surface extérieure, visible de loin, était ornée de bas-reliefs célébrant la victoire. Sur chacune des trois faces, au Nord, a !’Quest et au Sud, Athéna assise sur un rocher regarde des Victoires ailées ordonnant des trophées et amenant des animaux au sacrifice. Une Niké est en train de placer un casque sur un trophée, une autre défait sa sandale avant de franchir le seuil du sanctuaire, deux Victoires maitrisent un beeuf récalcitrant. L’état d’ame qui se dégage de ces ceuvres est autre que la sereine et harmonieuse dignité de la frise du Parthénon. Tandis que la-bas la plénitude des forces vient d’étre soumise a la forme classique, ici un virtuose joue d’un instrument légué par ses peres. C’est un hymne plein de |’excitation passionnée des recents succés guerriers qu’Athénes

obtint aprés des années funestes, peu avant l’effondrement de sa puissance.

res

L’ERECHTHEION

Le Parthénon et les Propylées terminés, |’ancienne statue de bois richement ornée de la déesse, que les Athéniens avaient soustraite sur leurs vaisseaux a la destruction par les Perses, se trouvait encore dans la ruine provisoirement aménagée du vieux temple, privé de sa péristasis et du décor de ses frontons. Rien n’était plus étranger a cette époque que l’idée de transporter |’ancienne statue au Parthénon qui n’avait pas été entrepris pour remplacer le vieil édifice, mais comme second temple possédant sa propre statue. Tout au contraire, l’ancienne image, 4 laquelle étaient rattachés une pieuse dévotion et un cérémonial sacré, devait rester dans son temple, dans le voisinage des objets du culte, liés depuis des milliers d’années peut-étre a l’adoration d’Athéna. Pourtant son séjour dans Pédifice provisoire ne pouvait étre que passager et il est a croire que déja Périclés et Phidias avaient pensé a aménager pour Athéna Polias une nouvelle demeure digne d’elle. Le commencement de la guerre du Péloponnése n’en permit pas la réalisation.

La guerre n’interrompit pas le développement intellectuel et créateur d’Athénes qui prit, tout au contraire, durant les dix années de la guerre d’Archidamos, de 431 4 421, un essor inoui. Peu aprés son commencement parut l’ceuvre historique d’Hérodote, et Thucydide congut le projet de faire la chronique de la guerre. Sophocle et Euripide se trouvaient a l’apogée de leur carriére et la comédie politique rivalisait avec la tragédie. Les problémes de la philosophie et de la culture étaient posés sur une base nouvelle par Socrate et les sophistes. Des partis, dont les divergences étaient a la fois politiques et intellectuelles, se dressaient les uns contre les autres en une opposition intransigeante. Au milieu de ce mouvement intense des esprits que fomentaient les événements, les arts plastiques ~ souffraient d’un certain abandon. La sculpture et la peinture trouvaient, il est vrai, un champ d’activité, restreint, dans les offrandes votives, mais les grandes commandes provenant de l’Etat manquaient et les constructions étaient complétement arrétées. Toutefois le besoin qu’éprouvaient, non seulement les particuliers, mais toute cette époque, de s’exprimer en des ceuvres d’art plastiques se manifeste lors des deux interruptions de la lutte, qui suivirent le traité de paix de 421 et les

victoires d’Alcibiade en 409 et 408. On profita du répit pour remplir des devoirs religieux et

réaliser des projets artistiques d’architecture et de sculpture. Durant le premier armistice on érigea le temple d’Athéna Niké et on avanga grandement la construction de |’Erechthéion, dont la cella principale était destinée a recevoir l’ancienne statue. L’essor moral des derniéres victoires amena |’achévement de cet édifice et donna naissance au parapet du temple de Niké.

La construction nouvelle trouva sa place dans le voisinage immédiat de l’ancien temple. De cette fagon on réussit a introduire les objets du culte dans le nouveau batiment et a lui préter, par un plus grand éloignement du Parthénon, une plus grande indépendance. La statue put rester en place pendant la construction, qui dura plus longtemps qu’on ne l’avait supposé: car, a la suite des événements désastreux de la guerre, les travaux durent étre suspendus alors que les murs étaient déja élevés, la tribune des Cariatides terminée et que les colonnes du portique Est avaient déja leurs cannelures. Une commission constata en 409 l’état de la construction et du matériel préparé et, durant les deux années suivantes, |’édifice fut achevé. Les documents de comptabilité, pour la plupart conservés, nous donnent une idée de la marche et du caractére des travaux. A l’époque romaine l’édifice fut endommagé par un incendie et soumis a une restauration pendant laquelle maintes piéces furent remplacées par des copies.

Le nouvel édifice était considérablement plus petit que l’ancien temple et fut construit en style ionique. Tel avait déja prévu, sans doute, Périclés, car un second temple dorique a cété du Parthénon n’aurait pas eu de raison d’étre. Le contraste esthétique entre les deux ceuvres, que nous ressentons si vivement aujourd’hui, échappait sirement aux contemporains. I] était nécessaire de donner une demeure ala petite statue archaique d’Athéna ainsi qu’aux héros et aux symboles vénérés dans son enceinte. Les formes ioniques, plus gracieuses, parsicesicut mieux appropriées a cette fin que la majesté monumentale du style dorique. Cependant le projet de l’édifice et sa réalisation appartiennent complétement a l’esprit de la génération de 421, différente de celle qui créa le Parthénon. Ce dernier, consacré a la divinité de |’Etat, représentait le peuple attique entier 4 l’apogée de sa carriére politique; |’Erechthéion refléte par contre la tendance d’un parti qui alliait un esprit conservateur aristocratique a une piété naive. I] cherchait a orner, avec l’art le plus exquis et le plus riche que l’époque ptt produire, les anciens lieux et les images sacrées auxquels tenait la foi du peuple. Le chef de ce parti était le pieux général Nicias qui faisait dépendre ses décisions de prophéties divines, contrairement a Périclés qui fut au-dessus de toute superstition. La construction qui fut réalisée dans I’Erechthéion s’écartait de la régle de l’architecture grecque tout autant que les Propylées de Mnésiklés, mais dérivait d’une toute autre maniére de sentir. Mnésiklés avait voulu sacrifier d’anciens lieux de dévotion a la grande idée d’une unité monumentale; le créateur de

l’Erechthéion tachait, lui, de subvenir a chaque exigence du culte, sans avoir égardal’unité del’édifice.

Fig. 1

Malgré touies les recherches scientifiques, bien des choses, dans ce batiment, surtout le plan intérieur et la signification des chambres, restent énigmatiques. L’emplacement des divers objets du culte, ainsi que la conformation singuliére du terrain auront eu leur part dans la bizarrerie du plan. Les cétés Sud et Est se trouvaient sur un niveau bien plus élevé que les cétés Ouest et Nord. La masse proprement dite du temple est calculée d’aprés la facade Est et le cdté Sud. C’est une cella, a l’Est de laquelle est placé un portique a colonnes. A ce décor de la facade orientale ne pouvait correspondre a |’occident, ot le terrain est bien plus bas, un portique analogue. Le mur s’ovrait pourtant en une rangée de colonnes in antis. C’est seulement a l’€poque romaine que les entrecolonnements furent comblés par les parois que nous voyons aujourd’hui. Lorsque le toit 4 deux versants, unifiant les membres et indiquant la direction, se trouvait encore au-dessus de la cella, cette derniére présentait, vue du haut de la citadelle, l’aspect d’un temple presque normal. Car le mur qui se trouve sous la rangée de colonnes de la fagade Ouest avec sa porte asyméirique n’était pas visible du sommet de |’Acropole et, de plus, était caché par une muraille lorsque |’on venait du Nord-Ouest.

L’intérieur de la cella était tout a fait irrégulier. Par le portique Est on entrait dans une piéce peu profonde, ow était placée probablement la statue d’Athéna Polias. La partie occidentale, divisée en plusieurs piéces, se trouvait a un niveau bien inférieur. Sous son angle Sud-Ouest était l’emplacement du sépulcre de Cécrops; dans son intérieur, la source saline sacrée; dans l’une de ses piéces on adorait Erechtée. A l’Ouest une petite porte donnait accés a l’enceinte sacrée de Pandrosos, fille de Cécrops, ot se trouvait l’olivier d’Athéna. C’était une partie de lancienne enceinte privée d’Athéna Polias, sanctuaire primitif de la citadelle. Une entrée monumentale menant aux piéces de Ouest ne pouvait étre construite que sur la fagade Nord. De ce coté de l’édifice fut posé un portique profond, dont l’alignement dépasse le mur occidental du batiment. Sa forme s’explique par sa triple destination. I] n’était pas seulement le vestibule de la cella occidentale, mais servait en méme temps de propylon a !’enceinte de Pandrosos et s’élevait a la fagon d’un monoptére au-dessus de la marque du trident de Poseidon. Cette derniére se trouvait dans sa partie Est. Afin que ce signe demeurat suivant le rite ancien a ciel ouvert, une baie était pratiquée a la place correspondante du plafond a caissons et du toit. De la terrasse méridionale plus élevée de la citadelle, ou jusqu’en 406 se trouvait la ruine de l’ancien temple, un escalier descendait a |’intérieur d’un petit portique menant dans la partie occidentale de la cella. Six figures de jeunes filles portaient l’entablement de cette tribune. Celle-ci ne se trouve pas dans l’axe du portique Nord; son cété occidental suit l’alignement du cété Ouest du temple.

C’est ainsi qu’une formation irréguliére a pu naitre. Elle consiste en trois parties dont chacune est

symétrique par rapport a son axe médian. Ces parties cependant n’ont pas de lien organique; par-

faites en soi, elles paraissent rapprochées comme par hasard. L’unité pittoresque que nous ressentons aujourd’hui était cachée a I’ceil du Grec. Un architecte du Moyen Age aurait relié ces parties par des éléments communs; l’architecture grecque ne voulait pas sacrifier l’autarcie des trois membres. Le visiteur de l’époque classique était sensible a leur lien religieux, mais son regard jouissait séparément de la perfection plastique des parties, de méme qu’il savait dans un groupe de statues contempler chacune isolément. Nous rendrons donc plus aisément justice a cette construction, si nous considérons séparément ses trois éléments: la cella et les deux portiques latéraux.

L’effet de la facade Est souffre par suite de l’absence de la colonne d’angle, emmenée a Londres. Par contre les autres s’élévent en un rythme élancé. Le style ionique ne connait pas la courbure des horizontales. Les colonnes de la fagade Est ne possédent pas non plus d’entasis, mais contiennent des finesses constructives qui prouvent une maitrise dans ]’exécution technique presque incroyable, égale a celle du Parthénon. Toutes les colonnes sont inclinées vers le mur avec une déviation de deux centimétres pour une hauteur de plus de six métres et demi. Les colonnes d’angle sont inclinées dans la méme mesure vers celles du milieu. Les maitres classiques n’auraient certainement pas usé de calculs et d’un travail aussi subtils, s’ils n’avaient pas eu conscience de la vie intérieure que cet impondérable confére a l’édifice. Ce sont, comme dit Paul Valéry dans Eupalinos, «des inflexions infimes et toutes-puissantes».

Le décor ornemental des colonnes et de |’entablement est bien plus riche qu’aux Propylées et qu’au temple de Niké. La gorge de la colonne est entourée d’une bande de fleurs et de palmettes bordées de perles, en haut comme en bas. Au-dessus des oves est posé un quart de rond orné de tresses. Les coussinets sur la face et sur les c6tés sont plus richement articulés. Dans I’ceil des volutes se trouvaient des rosaces dorées de la forme que nous voyons sur une copie antique du chapiteau de lErechthéion. Des couleurs voyantes augmentaient la richesse de |’ensemble. Le méme bandeau a fleurs que celui de la gorge de la colonne, surmonté d’oves et d’une cimaise a rais de cceur, qui décorait les chapiteaux des antes, couronnait en qualité de frise le mur entier de la cella. Les feuilles de toutes les cimaises généralement peintes sur les édifices plus anciens, sont exécutées ici en relief, ainsi que celles de l’entablement et de la corniche. Singuliére et bizarre était la frise. Les figures n’étaient pas sculptées dans les blocs de pierre, mais taillées separément dans du marbre et posées sur un fond en calcaire noir d’Eleusis. Cette technique, en contradiction avec les usages de l’architecture et de la sculpture grecques, ne nous est connue que d’aprés les bas-reliefs des socles des statues du culte chryséléphantines. Nous sentons dans le décor de la frise et des chapiteaux un contraste avec le langage net du style monumental, une tendance vers |’art décoratif. Pourtant nulle

part le décor n’est surchargé: il s’adapte harmonieusement a |’ensemble. II est A penser que ce besoin

de détails plus riches et plus gracieux n’est pas uniquement dé 4 la différence d’époque mais que les constructeurs de l’Erechthéion ressentaient l’apparat comme un élément religieux. Le style des figures de la frise présente des affinités avec celui du parapet du temple de Ja Niké, mais le caractére passionné de ce dernier est ici adouci.

Si les mesures des parties de l’édifice étaient établies avec la derniére précision, les tailleurs de pierre qui avaient a exécuter les ornements d’aprés des modeéles avaient une certaine marge pour expression de leur individualité, ce qui rend ces détails extrémement vivants. Le travail qu’exigeaient les différentes piéces nous est manifesté par le fait suivant: pour creuser les cannelures dune seule colonne du portique Est, ce qui se passait en quatre phases depuis |’enlévement des bosses extérieures jusqu’au dernier polissage, un groupe decing a sept ouvriers avait 4 peiner environ deux mois. C’est uniquement par cela que s’explique la parfaite régularité des belles moulures, libres pourtant de toute uniformité mécanique.

Les statues de jeunes filles qui supportent |’entablement du portique Sud, quoique également exécutées par des mains différentes, s’allient harmonieusement a l’ensemble. Encore une fois nous apprenons ici a connaitre |’organisation de l’atelier attique, ou une volonté régit, mais ou, dans les limites nécessaires a l’unité de |’ceuvre, elle concéde a chaque artiste le droit a l’originalité. Le rythme des corps et la maniére de traiter les étoffes sont autres que sur la frise du Parthénon. Tantot les vétements adhérent au corps en faisant ressortir ses formes, tant6t, contrastant avec ses mouvements, ils équilibrent ]’ensemble. Les cariatides sont un des chefs-d’ceuvre les plus connus de |’art européen et on les a souvent désignées comme exemple classique de l’alliance de la fonction avec la liberté. On voit encore aujourd’hui les femmes du Midi marcher avec une dignité pareille en portant un fardeau sur la téte. Ces adolescentes remplissent ici leur office éternel en qualité de servantes de la divinité sans fléchir sous les destinées millénaires.

L’apogée de |’ceuvre architecturale du maitre de |’Erechthéion est le portique Nord. Dans ses détails il rappelle celui de |’Est a l'exception de quelques nuances comme par exemple la tresse autour de la moulure supérieure de la base des colonnes. Ici également les finesses les plus subtiles

sont mises en ceuvre. Les colonnes ont une entasis tout a fait imperceptible et a peine mesurable. Les

-colonnes d’angle sont légérement inclinées vers |’intérieur dans la direction diagonale, les colonnes

médianes septentrionales vers ]’intérieur et d’une maniére moins accentuée encore les unes vers les autres, les colonnes latérales a la fois vers |’intérieur et vers le Midi. Aprés les destinées qu’eut a subir l’édifice, l’état dans lequel on a réussi a le remettre apparait comme un miracle. L’entablement é i ; ] is cétés. L de foud d couronné par la corniche s’allonge presque sans lacunes sur les trois cétés. Le mur de foud du

tympan lui-méme s’éléve au-dessus de la fagade. Le plafond a caissons en pierre repose au-dessus

de l’espace et en limite la hauteur. La porte richement ornée qui conduit a l’intérieur du sanctuaire 91 nous sollicite. Mais nous séjournons sous le portique dont |’étendue libre et lumineuse produit sous

Véclat du ciel attique une sensation de béatitude infinie.

La fin de la guerre du Péloponnése amena |’effondrement de la puissance de |’Etat athénien. L’Erechthéion fut le dernier des quatre édifices classiques de |’Acropole. Des chefs-d’ceuvre sans — nombre remplirent aprés lui le sanctuaire et disparurent. Les édifices seuls sont restés. Malgré leurs

blessures, ils se dressent, éternels et robustes, comme le proclamait Démosthéne:

KTHMATA A®@ANATA

1. Les Propylées, A. Vestibule des portiques, B. Pinacothéque, C. Salles projetées a l’est, D. Salles projetées au sud-ouest.2.Temple d’Athéna Niké. 3. Secteur d’Artémis Brauronia. 4. Voie sacrée. 5. Parthénon, A. Pronaos, B. Cella, C. Trésor, D. Opisthodome. 6. Temple de Rome et d’Auguste. 7. Erechthéion, A. Cella d’Athéna, B. Cella d’Erechtée, C. Salle du nord, D. Salle des Vierges. 8. Ancien temple. 9. Stylobates encastrés. 10.Odéon d’Hérode Atticus. 11.Salle des Euménides. 12. Asclépion. 13. Théatre de Dionysos.

Les photographies de cet ouvrage ont été exécutées par Walter Hege, a l’exception des No. 20, 21, 42, 43, 49, 55, 56, 72. Celles-ci ont été faites pour |’édition presente par Helga Schmidt-Glassner, de Stuttgart; le No. 72 par Eva-Maria Czak6é d’Athénes.

Notes relatives aux illustrations: Les originaux des illustrations No. 2, 4, 9 a 12, se trouvent au Musée de l’Acropole, 4 Athénes. Les illustrations No. 1 4 4, 9, 10 sont des photographies de Walter Hege. Les illustrations 11 et 12, des photographies de ]’Institut Archéologique Allemand d’Athénes. Le No. 13 a été exécuté d’aprés le dessin original du Akademisches Kunstmuseum de Bonn. Le No. 14. d’aprés la gravure contemporaine de Fanelli dans Atene Attica. Le No. 15, d’aprés un dessin de B. K. Heller, 1837. Le No. 16, d’aprés Stuart et Revett: Antiquities of Athen, 1841. Les illustrations 5 a 8, d’aprés les dessins de Carrey.

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