LA SUPERSTITION DE LA RELIGION NATURELLE
Il se cache plus de crédulité peut-être et d'intolérance dans la négation sectaire que dans le fanatisme violent. Et, pour tout dire, il n'y a, en fait, conscience de l'impuissance que par une notion de la possibilité. La prétention qu'a l'homme de se borner aux phénomènes et de se suffire est donc radicalement inconséquente. En la posant, il la dément et la dépasse. Se fonder sur l’action infirme et incomplète pour admettre l’infirmité irrémédiable de l'action; ériger un fait en vérité définitive et exclusive, c'est, sans paraitre y toucher, le dénaturer. Dans l’ordre des phénomènes il n’y à point de contradiction ni d'exclusion, point de possibilité ou d’impossibilité; il y a simplement des faits déterminés. Or, dès lPinstant que de ces faits l’on prétend tirer une négation qui porte sur la possibilité même d’autres faits, on sort de la science et des faits. Superstitieux, les plus impies.
Au nom même du déterminisme, il n'y a qu'une conclusion inévitable; et la voici dans sa rudesse, sans plus ni moins : par $on action volontaire l’homme dépasse les phénomènes. il ne peut égaler ses propres exigences; ila en lui, plus qu'il ne peut employer seul; il ne réussit point, par ses seules forces, à mettre volontaire. Ainsi, qu'il prétende se passer de toute religion ou s’en faire une à son gré, il n’en excède pas moins son droit et n’en satisfait pas plus son besoin nécessaire ni ses volontaires exigences.
Tous les essais d'achèvement de l’action humaine échouent; et il est impossible que l’action humaine ne cherche pas à s'achever et à se suffire. Il le lui faut, elle ne le peut pas. D’une part, c’est une nécessité de faire sol ras de toutes les inventions qui, partant de l’homme et sorties du plus intime sanctuaire de son cœur, ont pour objet ridicule et touchant d’accaparer le divin. D'autre part, le sentiment de l'impuissance comme du besoin qu'a l’homme d’un achèvement infini, demeure incurable. Ainsi, autant toute religion naturelle est artificielle, autant l'attente d’une religion est naturelle.
Quelle inextricable difficulté, où la volonté humaine s’est engagée et acculée d'elle-même! qu’on se rappelle en effet toutes les conclusions qui déjà lui ferment toute retraite. Impossible de ne point poser le problème. Impossible de trouver un refuge dans le néant, il n’est pas pour nous. Impossible de se contenter du