L'ÊTRE NÉCESSAIRE DE L'ACTION
Comment les termes du problème de la destinée humaine sont forcément et volontairement posés.
Vainement essaie-t-on de restreindre l’action volontaire à ce qui dépend de la volonté même. L’immense ordre des phénomènes où se répand la vie de l’homme semble épuisé, et le vouloir humain ne l’est pas. La prétention qu’il a de se suffire avorte, mais non par pénurie; elle avorte, parce que, dans ce qu'on a voulu et fait jusqu'ici, ce qui veut et ce qui agit demeure toujours supérieur à ce qui est voulu et fait.
Mais de cette constatation même ne voit-on pas surgir un étrange conflit, et comme une antibolie 1? L'homme prétendait s'arranger tout seul, et trouver dans l’ordre naturel sa suffisance et son tout : il n’y réussit pas; il ne réussit ni à s'arrêter ni à
4. Ce mot antibolie, qui signifie si l’on peut dire « entre-choc », exprime ici le mouvement en apparence double et inconciliable de la volonté humaine. Ce qu’au point de vue statique de l’entendement le terme d’antinomie désigne, antibolie le résume au point de vue dynamique de l'action. Mais dans cette analogie même se marquent d’essentielles différences. Les antinomies sont résolues en fait; et comme il ne s’agit là que de phénomènes hélérogènes et solidaires, les termes, en apparence incompatibles au regard de l’entendement, sont réellement corrélatifs et simultanés. Il n’en sera plus de mème ici: les termes de lalternative, simultanément intelligibles, s’excluent en fait, parce qu'il s’agit désormais non de ce qui parait, mais de ce qui est. C'est-à-dire que nous serons forcément amenés à l'affirmation de l'être, forcément conduits à poser une alternative en face de lui, forcément oblisés d’opter entre deux décisions dont chacune exclut radicalement l’autre.