INDESTRUCTIBILITÉ DE L'ACTION VOLONTAIRE
C’est là sans doute une manière de parler à l'imagination. Mais sous ces mots qui, servant à fixer l'esprit, paraissent fausser les démarches naturelles de la pensée par une sorte d’artificielle précision, il faut au contraire déméler une plus précise, plus certaine, plus immédiate action de la volonté, d’une volonté qui n’a pas besoin d’opérations compliquées ni de savante dialectique ni de moments successifs pour atteindre à cette conclusion : «Je veux; et, si rien de ce qui est voulu ne me contente, bien plus, si je ne veux rien de ce qui est et de ce que je suis, c’est que je me veux moi-même, plus que tout ce qui est et que tout ce que je suis. »
Est-ce en effet parce que nous n’ahoutissons pas d'emblée où nous le souhaitions, que nous cessons de désirer ce que nous avons désiré? Non pas; nous le désirons davantage, nous désirons davantage encore. Tout ce bel ordre des phénomènes où la science se meut à l'aise, nous n’avons pas trouvé que ce soit trop; nous trouvons que c’est trop peu. Et, quand de douloureuses contradictions nous arrachent des mains ce que nous pensions tenir, estce que, en nous Ôtant l’aliment, elles nous enlèvent l’appétit? Qu'on étreigne ou qu’on dédaigne l’objet offert au désir, c’est une même. aspiration qui excite cette faim ou ce dégoût. Les satisfactions apparentes ou provisoires ont pu masquer ce besoin; il était déjà. Les épreuves le dévoilent. Dans ce qu’on veut comme dans ce qu'on ne veut pas, 1l y a quelque chose qu’on veut par-dessus tout. Il se trouve donc, dans l’action voulue, un contenu réel dont la réflexion n’a pas encore égalé l’ampleur.
Conslusions, semble-t-il, toutes négatives : impossibilité de s'arrêter et de se satisfaire. Et c’est pour cela qu’elles sont toutes positives; elles signifient : nécessité, non de reculer, mais d'avancer. Le témoignage le plus sûr'est celui qui, trompé par une apparence superficielie, dépose en réalité contre ce qu’il croit établir. Là donc où l’on dit : néant du phénomène, insuffisance du phénomène, avortement et insignifiance de l'action humaine, il faut traduire : nécessité et besoin d’autre chose, d’une chose au prix de laquelle le phénomène ne semble plus que néant. En sorte que réciproquement, à reprendre le langage des apparences, c’est cette chose qui semble néant puisqu'elle est hors des phénomènes : sans elle ils ne seraient pas, sans eux nous ne la connaîtrions pas.
Ainsi c’est d’un même vouloir que procèdent et le dessein d’éprouver le phénomène, et l’impossibilité de s’y tenir, et le mouvement de contradiction qui paraît faire avorter l’action, et