‹ L'actionChapitre 183 sur 273 · IT · texte numérisé non relu

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À quelles profondeurs ne sommes-nous pas conduits”? ne voulüûton rien du reste, on se veut soi-même. Et, en nous voulant, nous ratifions ce qui fait que tout le reste est pour nous. Toutes les apparentes contraintes qui ont paru tour à tour peser sur nous, les voici donc justifiées et comme agréées. Mais, à mesure que la nécessité recule devant une volonté qui la reprend en sous-œuvre, ne reparait-elle pas, au delà, plus impérieuse? Puisque le déterminisme continue à développer sa chaîne, n’allons-nous pas retomber sous le coup d'un despotisme, le plus tyrannique de tous” il nous est imposé de nous vouloir, il nous est imposé de nous imposer à nous-mêmes.

De cette nécessité même, nous n’échappons pas au besoin de nous rendre compte. Elle a, dans la conscience, son contre-coup forcé et son expression naturelle. Il faut donc déméêler à présent comment elle se révèle à la pensée. Du conflit, en effet, qui travaille toute conscience, naît inévitablement une alternative suprème, et cette alternative il faudra forcément la résoudre. C'est jusqu’à cette question, jusqu’à cette solution nécessaires que la science doit suivre le déterminisme de laction.

Sans doute, ce n’est point sous cette forme abstraite que ce probleme tragique s'offre aux consciences. Mais peu importe la façon d'exposer le conflit qui surgit en nous, s’il y surgit en effet. La vie est plus subtile que toute analyse, plus logique que toute dialectique. Ce qu’on sent d'emblée, sans qu'on ait besoin de

pouvoir l’exprimer, c’est que la volonté ne se contente d'aucun

des objets qu’elle a voulus; il y a toujours moins dans ce qui est

fait où désiré que dans ce qui fait et désire. Le résultat semble

comme une caricature ou une contrefaçon de sa vraie cause. La

difficulté initiale demeure donc entière : se vouloir soi-même,

est-ce possible, et quel est le sens vrai de cetteambition nécessaire ?

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