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cable, l’absurdité pure, dont il faut guérir. Ce n’est pas l'être qui est le mal, c’est la consciencé de l’être, la volonté de l'être, l’illusion de l’être. Et comme « la notion du néant est toujours relative, se rapportant à un sujet déterminé qu'il s’agit de nier (c'est l’aveu même de Schopenhauer); comme le monde actuel n'exclut pas la possibilité d'une autre’existence, et comme il reste beaucoup de marge pour ce que nous ne désignons que négativement par la négation même du vouloir-vivre », le pessimisme entièrement conséquent est donc un optimisme radical. En face de la méchanceté de tout, semble-t-il dire, il n’y a plus de subtilité qui tienne; j'aime mieux croire au néant que d’accuser l’Être quel qu’il soit : le néant, c’est le bien, il est; l’être, c’est le mal, il n’est pas. Ainsi la volonté dégagée des illusions et des liens qui la captivaient revient à son essence; mourant au monde des passions et de l’égoïsme, elle naît à un nouvel être, elle s’enfante par la destruction volontaire et l’abnégation de soi. La tendance de tout être à persévérer dans l'être, la lutte pour l’existence, tout cet instinct de conservation et de conquête n’est pas seulement trompeur, il est trompé, c’est l’illusion d’une illusion; s’il était, il serait bon, parce qu’en dépit de la souffrance et du désespoir, la volonté d’être qui réussirait à être serait un bien infini au prix duquel nulle traverse ne compterait plus. Toute l’immense oppression des cœurs naît, non pas de ce que ceux qui souffrent sont, mais de ce que, n'étant pas, ils pensent et veulent être. Le mal et l'être, n’est-ce pas en effet la crainte du néant, tandis que la vérité et le bien c’est le désir, c’est la volonté de n’être pas: Aussi puisque la volonté d’être ne réussit pas à être et. que là est la douleur suprême; puisque la volonté de n'être pas, en rentrant dans la vérité, fait l’infini soulagement des âmes, ce qu'il faut, c'est donc tuer en soi non l’être qui n’est pas, mais la volonté chimérique d’être, consentir au non-être de la personne humaine, meurtrir jusqu'aux dernières racines du désir et tout amour de la vie : dévoiler la fourberie de tout instinct de conservation et de survivance, c’est procurer à l'humanité et au monde le salut dans le néant, ce néant qu’il faut définir l’absence du vouloir.
Néant de la vie sensible, néant de la recherche scientifique; néant de la spéculation philosophique, néant de l’activité morale : universelle conclusion et terme unique où le pessimisme nous mène à ensevelir toutes les décevantes apparences de réalité et.
toutes les malheureuses velléités d'existence. Son originalité et sa force, c’est de considérer que le suicide de la sensibilité et de la pensée est entièrement insuffisant où même contraire à son dessein, si l’on ne détrompe la volonté de son attachement à l’erreur de l'être, et si l’on n'obtient pas d'elle l’abdication suprème qui seule supprime en leur cause le mal et la souffrance en lui ouvrant, en lui faisant désirer et aimer le néant.
Voilà donc la perspective qui m’est offerte : n’a-t-on pas réussi à me faire sentir, à me démontrer, à me rendre aimable le néant, à me le faire vouloir comme une héatitude insondable? Il m'avait semblé, il me semble plus que jamais que je ne puis être, pour moi, malgré moi : si donc ma volonté la plus sincère et la plus profonde aspire à l’anéantissement comme à un refuge assuré, comine à un fait d'expérience, comme à une vérité scientifique, comme à la dernière conquête de la sagesse philosophique, qui donc saurait me barrer la route et me dire sans absurdité : « On ne passe pas, il faut être! »
Le chapitre suivant va établir qu’il n’y a ni conception propre, ni volonté délibérée et franche du néant. L'action qui semble y aspirer est composite et comme hybride. Cette double volonté qui y concourt, on. en fait voir d'abord l’inconséquence dans lPattitude de l’homme du monde désabusé ou du matérialiste de laboratoire qui se méprennent sur le sens et de leurs affirmations et de leurs négations; puis, poursuivant jusqu’à la racine métaphysique du pessimisme,on découvre dans l'anéantissement du vouloir qu'il réclame de l’homme, le conflit de deux mouvements divergents, l'un qui porte la volonté vers une grande idée et un haut amour de l’être, l’autre qui la livre au désir, à la curiosité, à l’obsession du phénomène.
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