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NULLE SOLUTION NÉGATIVE N’EST CONQGUE NI VOULUE

de la vie; ce serait, par l'extinction graduelle du moi, mourir en détail, et par cette mortification faire l'épreuve décisive du nonêtre. N’a-t-on donc pas encore compris que, quoi qu’on ait dit, il y à une expérimentation métaphysique, une seule, c’est la mort, qui tranche la question toujours pendante, être ou n'être pas; que cette mort on la devance, on la devine, on lui arrache son secret en sachant se priver pour posséder une certitude qu’elle seule donne, s’éteindre pour voir ce que cachent les choses mortes, se meurtrir pour pénétrer la vérité de la vie. Cette expérience qui dans la pratique correspond aux méthodes scientifiques d’absence et de suppression, la fait-on? Et sérieusement qu'est-ce donc alors qu’on voulait, si on ne le veut déjà plus en acte?

Qu'ils se condamnent donc ceux qui, sans générosité et sans loyauté, abritent leurs passions dans l'ombre qu'ils espèrent comme un refuge, et dont ils ont peur pourtant parce qu'ils y pressentent une lumière. Il en est assez d’autres, sans doute, qui franchement se persuadent découvrir dans l’expérience de la vie ou dans les certitudes de la science la preuve de leur anéantissement. Ils sont sincères; mais il y a la sincérité des théories et des pensées, et il v a la sincérité des sentiments, des désirs, des résolutions pratiques, que l'intervention de la réflexion savante et de la logique verbale peut souvent dissimuler d'un voile superficiel sans l’abolir; ce voile il faut l’écarter.

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Qu'est-ce qui permet à l’homme du monde ou au savant de laboratoire d'affirmer, à travers la jouissance sensible ou le phénomène physiologique, le néant de l’homme? Quelle est, à la racine de ses raisonnements ou de ses constatations mêmes, la prémisse tacite d’où procèdent toutes ses conclusions? —- C’est l’idée, c’est le besoin d’une satisfaction meilleure et d’une réalité autre que celle qu’il goûte et touche. Manquant à la premiere loi de Pexpérience, à la plus essentielle règle de la méthode scientifique,

il conclut, sans contre-épreuve, de ce qu'il a constaté contre ce qu'il n’a pu constater. Du phénomène il argue contre l'être, alors qu'il ne sent l'insuffisance du phénomène que s’il est pénétré d’abord de la grandeur de l'être : il l’affirme avant de le nier et pour le nier. C’est dans cette inconséquence que vont se découvrir les contradictions de sa volonté.

Est-ce au nom de l'expérience ou de la science que je puis affirmer le néant? Non. Qu'’elles multiplient leurs analyses et leurs destructions, toujours elles s'arrêtent, et leur compétence cesse. Que sont les qualités sensibles, qu'est-ce inème que le mouvement et tout ce mécanisme auquel la science réduit l’univers? c’est du moins l’expression d’une inconnue en fonction de l'esprit. Et si l'esprit qui se dépouille de ses modalités pour en revèlir la nature est inconnu lui-même en son fond, tout le reste ne le sera-t-il pas davantage encore”? oui, mais tout le reste, qualités sensibles, mouvement et nature, ne peut être affirmé sans que l'esprit le soit en même temps. Bien plus, quand je nierais la nature et l'esprit, quand j'aurais nié tout ce que j'ai pu, il reste toujours quelque chose à nier, un infini qui m'échappe et où tombent mes destructions successives : d'éléments en éléments, l'analyse a dissocié, exténué, sublimé l’apparente réalité; plus d'activité, plus de qualités, une indétermination pure, ce qui peut s'ajouter à tout passif, ce qui ne peut être conçu seul, ce que les anciens nommaient la matière première, et moins encore, l'être sans être, r2 uevov, si l’on peut dire. Mais derrière, voici quelque chose qui grandit, un inconnu, un mystère réel qui épouvante la pensée d’un Pascal, d’un Littré, d’un Spencer, et devant lequel l’entendement n’agit plus, étonné de la grandeur de ce qu’il voit, et ne sachant qu'une chose, c’est qu'il ne le peut comprendre, c’est qu'aussi rien ne peut être compris, nié, mis en doute, admis sans cette mystérieuse affirmation.

Qu'est-ce donc que croire et aspirer au néant de tout objet de pensée ou de désir? c’est, par un aveu et un acte de foi spontanée qui dépasse la science, par une décision originale qui manifeste l'initiative de la volonté, avouer ce Grand Tout, dont aiment à parler ceux-là surtout qui se promettent l’anéantissement. Tout et Néant, pour eux, deux termes équivalents : qu'est-ce à dire, sinon qu’au fond de ces conscienres subsiste le profond et obscur sentiment que ce qui ne sera ou n’est plus n’a jamais été vraiment; que l'être, dans sa plénitude, échappe à la durée et à la destruction; que le phénomène apparu pour s’éteindre ne répond point à leur attente infinie; et que la vie qui meurt est absurde. Partout éclate en eux une haute idée et comme un désir éternel de l'être; ce qu’ils nient révèle la grandeur de ce qu'ils veulent. Le matérialisme dogmatique ou pratiquant est donc un: mysticisme qui, dans la matière, adore l’invisible réalité de ce

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