‹ L'actionChapitre 25 sur 273 · NULLE SOLUTION NÉGATIVE N'EST CONQUE NI VOULUE · texte numérisé non relu

NULLE SOLUTION NÉGATIVE N'EST CONQUE NI VOULUE

qu'il voit et rend un culte à l’être sous les espèces du phénomène. Plus rien ici de scientifique; ce n’est plus même se contenter de l'argument ontologique des métaphvsiciens : car jusque dans ce néant où il semblait fuir, l'esprit trouve ce qu'il ne paraissait point chercher, de l'être et peut-être l'Étre. Et il ne faut pas s'étonner du développement spontané et universel de la pensée religieuse, aussi bien chez les Australiens qu'aux États-Unis dans l'ignorance ou dans la civilisation la plus avancée, puisque même sous cette affirmation réfléchie du néant il y a une croyance enveloppée et un hommage détourné à l'Étre inconnu.

- Ainsi la volonté qui se porte à l’anéantissement de la personne humaine, se fonde, qu’elle le sache ou non elle-même, sur une estime singulière et un amour absolu de l'être : qu'est-ce que cela, semble-t-il, qui n’est pas éternel! l’évanouissement des apparences individuelles, des passions éphémères, de tout pouvoir de souffrance ou de jouissance dans l'immense réalité qui ignore la mort, voilà le terme convoité. Mais en même temps voyez donc surgir une volonté contraire. Au moment où l’on déclare l’insuffisance du phénomène, on s’y attache comme au seul être solide et réel; on persiste à se contenter de ce que la pensée et le désir reconnaissent vain, décevant et nul; on met son tout où l’on avoue d’ailleurs qu'il n’y a rien; on fait non seulement comme si cette vie était tout ce qui est, mais encore comme si elle avait un prix absolu et une divine importance; et quand on veut s’emplir de cette science, de cette jouissance, de cette existence matérielles, on se condamne en instituant en soi un conflit sans merci entre la volonté primitive du néant qui s'inspire à un amour vrai de l'être, et cet appétit du phénomène qui par les sophismes dé la sensualité ou par la perversion orgueilleuse de l'esprit jette la volonté défaillante là même d’où elle s'était exclue.

Vouloir ainsi le néant, sous les mots dont on se leurre, c’est en effet rendre témoignage et à la vanité de ce qu’on donne comme aliment à l’action, et à la grandeur de ce qu’on voulait dans toute la force, dans toule la sincérité du premier et intime désir : mensonge, parce qu'on abuse d’une équivoque; on ne veut pas, on ne peut pas nier à la fois le phénomène et être; et pourtant, selon les besoins, on les nie tour à tour comme si on les ancantissait tous deux du même coup, sans remarquer que par cette alternative même on les pose également.

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Cette destruction totale, ne peut-on la vouloir sincèrement”? Et quand le pessimisme détache la volonté et des illusions de la douloureuse volupté et de la grande tromperie du vouloir-vivre, ne tue-t-il pas d’une seule atteinte le phénomène et l’être même”? N’arrive-t-il pas à détruire ce qui seul nous importe, nous-même, et en nous toute puissance de souffrir, par l’abolition de la volonté personnelle? Non.

Si le suicide corporel manifeste un attachement déréglé à la “vie sensible, parce que, selon une remarque de Pascal, la volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers le bonheur et que c’est le motif de toutes les actions de tous les hommes jusqu’à ceux qui vont se pendre, est-ce que cette tentative de suicide métaphysique ne révèle pas aussi un fol et furieux amour de l'être, mais un amour qui dans sa sincérité native est bon, un amour plus fortque la souffrance et que la mort et quel’éternitémême dont il prétend triompher? Ainsi donc il suffirait de vouloir êtré pour que du néant surgissent le mal de l’existence et tout son cortège de fantômes meurtriers! Ainsi donc il suffirait de ne pas vouloir être pour que l'être fût détruit; et là volonté qui crée et anéantit tout le reste à son gré aurait cette force suprême de s’anéantir elle-même! Le pessimisme, y a-t-on réfléchi, laisse éclater une immense et invincible confiance dans la toute-puissance de la volonté puisqu'elle semble et nécessaire et suffisante pour produire la douleur de l’existence comme aussi pour créer le bienheureux anéantissement qui ne serait pas sans elle. Et par delà cette fin voulue et proclamée, il y a une pleine foi, il ÿ a un hymne à l’action souveraine et créatrice du vouloir.

Qu'on rompe en effet tout cet inextricable réseau d'illusions et de désillusions, tel que le tisse le pessimisme; voici sans doute ce qu'on démêlera : 1° l’univers est le phénomène illusoire et mauvais d’une volonté foncière d’être; 2° le mal de l'existence, l'illusion de la vie est détruite par une volonté de n'être pas, qui anéantit le phénomène du premier vouloir et constitue le bienheureux non-être; 3° pour n'être pas, pour résister à l’invasion des illusions subtiles, il ne suffit pas d’éteindre en soi la vie apparente et mortelle, il faut que cette volonté de n'être pas embrasse l'éternité, elle a besoin d'être infiniment afin de

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