‹ L'actionChapitre 260 sur 273 · FORMAT · texte numérisé non relu

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indirecte de la science a pour résultat de nous amener. Car il s’agit, non d’un problème à résoudre si l’on peut, mais d’un projet à réaliser si l’on veut : une solution est toujours inévitable, c’est pour cela qu’il est plus urgent de la préparer que de la prévoir. À l’égard de cette fin nécessaire, la prévision est facultative, la préparation est obligatoire. S'y préparer en ouvrant la route qui d'avance n’est pas frayée, en faisant la vérité avant de la voir clairement, en s’emplissant de réalité pour mériter la lumière, c’est la science toujours accessible et seule indispensable à qui n’en a point d'autre. L’ascétique est une vraie science, et la seule science de la direction des consciences : elle illumine ceux qui s’y exercent, et leur donne d’éclairer les autres, par la perfection d'un tact qui communique à ce toucher intérieur de la pratique toute la précision de la vue. Aussi, par un renversement de perspective, faudrait-il envisager maintenant la série des nécessités pratiques comme un système d'obligations morales, et transcrire dans les dictées de la conscience les conclusions de la logique de l’action. Ce serait l’objet d’une étude distincte. Qu'il suffise d'indiquer, en même temps que la différence des points de vue, la convergence de ces deux méthodes spéculative et empirique. Car dans cet empirisme du devoir se trouvent enveloppés tous les éléments ss la vraie science de la pratique.

La théorie complète de l’action avait conclu à la pratique. — La pratique, elle, doit aboutir à la connaissance compiète des raisons profondes ‘ui la justifient ou la condamnent : les préceptes sont comme des hypothèses dont nous avons à vérifier la vérité; et l’obscure clarté de la conscience est destinée à devenir, à travers la vratique fidèle, la pleine lumière de la science.

Le déterminisme de l’action était apparu, au regard descendant de la réflexion analytique, comme une série de moyens nécessaires et de relations cuntraignantes. — Il apparaît, au regard de la conscience morale, comme une échelle de fins qui sollicitent la bonne volonté et permettent l’exercice de la liberté dans l’alternative à laquelle est suspendue toute la destinée de l'homme.

Par une anticipation toute spéculative, la science de l’action avait cherché à prévoir les conséquences de la pratique, et à proposer devant la connaissance présente la révélation future de son immense contenu. — Par un effort tout pratique, l’expérimentation morale prépare ce qu’elle ne prévoit pas, et, s’occupant de

remplir la vie actuelle de toute la réalité possible, elle sème le Le

futur dans le présent.

La logique de l’action avait montré la perpétuelle conciliation

des contraires, dans l’ordre des phénomènes, jusqu’à la contradiction finale qui impose à la volonté une option forcée. — Dans la pratique, ce qui était conciliation des contraires devient sacri-

fice et mortification; ce qui était alternative et contradiction né-

cessaire, devient gain total ou perte librement consommée. Car, en sacrifiant les biens apparents, on acquiert le bien réel, et on a sauvé même ce qui semblait mortifié; mais, en s’attachant à la vie qui passe, on la perd en même temps que celle qui ne passe pas.

La science spéculative, si parfaite qu’on la suppose, se bornait à montrer la solidarité des phénomènes hétérogènes et l’originalité relative des synthèses successives qu’elle étudie, mais sans produire et, par conséquent, sans connaître jamais la force qui, comme une étincelle de vie, opère la combinaison des éléments. — La pratique, elle, opère perpétuellement ce prodige : elle est donc la substance même de ce qui est connu et la vérité réalisante de l’ordre universel. C’ést en elle que les données sensibles, malgré leur inconsistance; que le symbolisme scientifique, malgré son incohérence; que le dynamisme de la vie subjective, malgré l'instabilité qui en rompt perpétuellement l’équilibre; que les phénomènes organiques et sociaux, malgré le déterminisme qui ne forme jamais une synthèse que pour en faire l’élément de synthèses ultérieures; que toutes les formes de la science et de la vie trouvent leur commune raison d’être. L’être n’est jamais dans l’idée séparée de l’action; et la métaphysique même, considérée d’abord sous son aspect spécuiatif, n’est vraie alors qu'autant qu'elle rentre, comme un échelon du système des phénomènes, dans le dynamisme général’ de la vie : l’action fonde la réalité de l’ordre idéal et moral; elle contient la présence réelle de ce que, sans elle, la connaissance peut simplement représenter, mais de ce qui, avec elle et par elle, est vivante vérité.

Ainsi la pratique porte en elle sa propre certitude et sa vraie lumière : lumière qui sans doute n’est pas d’autre nature que célle de la vision spéculative, mais qui en diffère pourtant comme diffèrent deux aspects du même paysage, selon que le soleil est devant ou derrière le spectateur : la vue est plus nette où il y a moins de rayons; et le reflet nous guide mieux que le foyer. Pareillement, comme la clarté de la conscience sort de l’action

pour se projeter là où il faut marcher, elle illumine mieux le voyageur qui chemine sans se retourner vers la source d’où elle. vient; regarder du côté où, elle brille, c’est la voir plus abondante, mais c’est peut-être moins voir sa propre route. La science est bonne, mais pour nous conduire au delà de ce qu’elle sait déjà : quelque connaissance théorique qu'on ait des obligations morales, il est toujours nouveau et instructif, il n’est jamais simplement scientifique de les pratiquer. La perfection de la science, quoique identique à la perfection de la vie, n’y supplée jamais. La pratique n’est pas un simple succédané, provisoire ou approximatif, à l’usage de ceux qui ne peuvent pas vivre de leuf pensée parce qu’ils ne peuvent même penser à leur vie. Ni la pratique n’est affaire de sentiment ou d'inspiration généreuse sans rigueur logique, ni elle n’est simplement un théorème en acte. Ce qu’elle porte en elle, quoique tout pénétrable à 1a connaissance, est infiniment plus que la connaissance.

— On a parfois prétendu que la véritable expérience consiste à tout expérimenter. Erreur : il y a une expérience qui appauvrit la vie et réduit la connaissance de l’être en nous; au contraire, la soumission au devoir mortifiant donne à l’homme de sacrifice une compétence universelle et une richesse intérieure qui ne s’acquiert pas autrement. — On a prétendu que la pensée seule porte en elle le véritable infini, que l’action la limite en la déterminant, et que les Français, par exemple, ont trop le génie de action, trop l'amour de la clarté, pour avoir la tête philosophique. Erreur encore : il y a, dans la pratique la plus humble et dans les actes soumis à l’étroitesse d’une règle austère, un sens plus plein de la vie, plus d’ampleur de pensée, et plus de sentiment du mystère, que dans toutes les épopées métaphysiques. —, On a prétendu que la lettre finit par tuer l'esprit, que tout dogme défini est meurtrier pour la liberté de la pensée, que la pratique littérale est mortelle au sens du Dieu vivant. Erreur : l'esprit n’est vivifié que par la lettre; le culle positif et l’acte de précepte tout clair sont les fonctions mêmes de la vie divine en nous: Ce sens religieux, cette conscience du génie national de la France, ce caractère de générosité et de dévouement actif, cet amour de la clarté et de la décision, comme ce grand sentiment du mystère, sont inséparables. Qu'on ne renonce à rien de cet

‘héritage, pour ne point tout perdre.

Ainsi la science pratique, toute différente qu’elle est de la

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