‹ L'actionChapitre 27 sur 273 · NULLE SOLUTION NÉGATIVE N’EST CONGUE NI VOULUE · texte numérisé non relu

NULLE SOLUTION NÉGATIVE N’EST CONGUE NI VOULUE

l'erreur n’est pas néant, c’est le néant qui est l'erreur, puisqu'on ne peut tout nier qu’en affirmant l'infini, et que le néant n'est pas le néant sans l'absolu voilé peut-être mais présent.

Et comme à travers ces ambiguités se révile le secret des cœurs! En crovant aspirer au néant, c’est à la fois le phénomène dans l'être, et l’être dans le phénomène qu’on poursuit : voyez comme au délire des sens la passion mêle un étrange mysticisme et semble absorber dans un instant de volupté morte en même temps que née l'éternité de l’être et l'y faire mourir avec elle; mais voyez aussi comme à l’abnégation mortifiante le quiétisme ajoute un désir d'indifférence, un besoin de sentir l’immolation,une joie d’abdication et toute la sensualité raffinée d’un faux ascétisme qui manifeste un sens propre, un subtil et ambitieux égoisme :: mensonge de part et d'autre, puisque la volonté finit toujours par vouloir ce qu’elle a voulu exclure, et puisqu'elle s’inflige déjà, puisqu'elle semble se préparer ainsi le supplice de la discorde intestine, où armée contre elle-même elle se déchirera de toute sa puissance.

Il semblait que ce fût un paradoxe violent de soulenir que nous ne saurions avoir ni conception ni volonté réelle du néant, que ce néant nous ne pouvons l’acheter mème au prix du sang parce qu’il n’est plus pour nous,et que du moment où nous posons le problème de l’action c’est que nous en avons déjà une solution positive. Et pourtant c’est ainsi. Où nous retourner à présent que la voie où l’on avait cru s'engager est comme une impasse à double entrée? Quel est le minimum de ce qu’on peut affirmer et vouloir? il semble que ce soit le phénomène tel que l’étudient les Sciences Positives. Et quand on prétendait que l’homme va au néant, n’était-ce pas en effet, sous une forme impropre, affirmer que sa personne et ses œuvres se résolvent en phénomènes? le croire, n’est-ce point ce qu'on peut appeler, dans le double sens du mot, la solution positive du problème? Il faut donc voir si le phénomène se suffit, ou bien si en l’admettant seul on pose implicitement autre chose que lui:

Page 1