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NULLE SOLUTION NÉGATIVE N’EST CONÇUE NI VOULUE

n'être plus et afin de se nier perpétuellement sans défaillance, et c'est parce qu’elle est omnipotente pour créer le mal et l'erreur de l’être qu’il faut qu’elle soit omnipotente pour anéantir son propre ouvrage et se défaire d'elle-même. — Mais on a beau aiguillonner la pensée et le désir : du vouloir-être, du vouloir n'être pas, du vouloir ne pas vouloir, il subsiste toujours ce terme commun, vouloir. qui domine de son inévitable présence toutes les formes de l’existence ou de l’anéantissement, et dispose souverainement des contraires.

Il y a donc une double ambiguïté sur le sens des mots, étre et néant. Tantôt par être, il faut entendre cette vie décevante qu’emporte le torrent des mobiles chimères et cette magie douloureuse du phénomène universel; et alors du vouloir-être, c’est le vouloir qui est le néant, c’est l'être qui est le mal et l'illusion réelle : Si fallor, non sum. Tantôt par être, il faut entendre cette volonté profonde qui ne se possède et ne s’affranchit qu’en se détachant de toute forme individuelle, de toute pensée distincte, de toute vie propre; et alors du vouloir-être, c'est l'être qui n’est pas, c’est le vouloir qui à seul l’infinie réalité : Si non fallor, sum. Car une fois ies passions éteintes et les désirs mortifiés, la volonté dégagée de l’objet qui la captivait revient à sa pure essence; et mourant au monde des sens, elle naît à l’impersonnalité.

Mais de cette équivoque voyez ressortir l’incohérence et les

- inéluctables contradictions de la volonté : si elle veut ètre, elle se perd; pour être, il faut qu'elle ne se veuille pas elle-même, et pourtant elle ne peut ainsi se nier que si elle a commencé par se poser d’abord; c’est-à-dire qu'avant de ne pas vouloir il est nécessdire qu’elle ait voulu; que le mal et l'illusion sont les conditions de la libération finale; que le phénomène est indispensable à la conception, à la conquète et à la volonté du néant; et qu’en souhaitant l’anéantissement complet on requiert à la fois le phénomène et l’être pour les opposer l’un à l’autre et les supprimer tour à tour. D'une part, le vouloir-être n’est pas eflicace, le vouloir n'être pas l’est au contraire; et pourtant il n’a besoin d’être efficace que si le premier a produit quelque effet réel dont il faille triompher. D'autre part, ce n’est pas l’être (puisqu’il n’est pas) qui est le mal, c’est la volonté de vivre; et cependant ce n’est pas de vouloir, mais c’est d’être et de vivre qu'il faut guérir : comme si la volonté était tantôt le phénomène de l'être, et tantôt l'être du phénomène, ici se mettant au-dessus et en

dehors de tout, là se subordonnant passivement aux illusions et aux atteintes extérieures! Il semblait qu'elle dût se retirer dans sa pure essence, et voici que pour juger la vie elle tient compte de la première souffrance qui la traverse, sans remarquer que de deux choses l’une : ou cette souffrance est illusoire puisqu'elle dérive du vouloir-vivre qui est une illusion, ou elle est sérieuse, digne d’entrer en ligne de compte dans le bilan de la vie, et alors c’est qu'elle est la conséquence réelle d'une volonté réelle qui a réussi à être; la souffrance n’est donc pas, ou'elle procède d’un fonds l’amour de l'être.

Ainsi le pessimisme se perd en d'insolubles contradictions, parce qu'il procède d’un double vouloir, le vouloir du phénomène, et le vouloir de l'être. Tantôt n’attribuant de réalité qu'à la magie des mouvantes apparences, tantôt n’en réservant que pour ce mystérieux abime où l'illusion est morte, il tient compte de la volonté phénoménale comme si elle était nouménäle et récipro-

quement; il pose par ses négations mêmes une double réalité,

l’individuelle, limpersonnelle, mettant ainsi en présence les deux. termes dont la dramatique opposition fait tout le sérieux du conflit moral.

Voici donc un premier résultat, d’une importance extrême, quoique tout négatif en apparence : 11 n’y à ni conception simple et distincte, ni volonté franche et homogène du néant; dans l’action qui semble s’y réduire ou y tendre subsiste toujours une contradiction intime et implacable. Les uns sans doute peuvent nier le phénomène par la pure idée qu'ils se font de l'être, les

autres peuvent nier l'être par l’image obsédante qu'ils ont du .

phénomène; mais la représentation symbolique du néant naït tou-

jours d’une double synthèse : le sujet affirmé sans l’objet, en.

même temps que l'objet affirmé sans le sujet. Dans ce concept, il y a donc l’union et l'opposition alternative du phénomène et de l'être, de la réalité sensible et de l’invisible.

Poser le néant, c’est affirmer d’un seul coup tout ce système

de coordonnées; nier l’un des termes, c’est par une inévitable compensation mettre l’autre en évidence, sans qu'on se délivre

pour cela du terme contrastant qui reste indispensable à celui .

même qu'on affirme; en sorte que la volonté du néant est néces-" sairement incohérente et qu’elle recèle en elle un combat où elle .

ne peut succomber en dépit du mensonge et de l'erreur; car

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