LE TERME DE LA DESTINÉE HUMAINE
en pourrait prouver la vérité réelle par le développement de ses conséquences ou par ses convenances internes. Affirmer qu’il est, cet aveu ne vient jamais de nous seuls. C’est donc assez d'écarter tout ce qui le ferait faussement paraître impossible, de montrer tout ce qui le rend justement nécessaire, de prouver qu'il ne peut être ni établi ni exclu par la philosophie, et que pourtant l’homme ne saurait s’en passer sans faute et sans perte. Si l’on ne peut entièrement le démontrer à la raison, on ne peut non plus le nier avec compétence sans en avoir fait l'expérience; et quand on en à fait l'expérience, on ne trouve, dans l'expérience même, que des raisons de l’affirmer : voilà pourquoi l’éducation sait le communiquer, par la pratique soumise, comme une vérité expérimentale ; ne faisons pas comme s’il n’était point, il sera pour nous. C’est l'intérêt total de la vie qui est en jeu; partout ailleurs, il est possible de s’abstenir ou de biaiser, parce que les affirmationsou les négations, toujours mêlées de quelque alliage, demeurent relatives : mais, en face de ce oui sans non, et là seulement, toutse tranche absolument. Point de milieu ni de neutralité : ne pas faire comme si c'était vrai, c’est faire comme si c'était faux. A la phi-
losophie de montrer la nécessité de poser l'alternative : « Est-
ce ou n'est-ce pas? » À elle de faire voir que, seule, cette unique et universelle question qui embrasse la destinée entière de l’homme s'impose à tous avec cette absolue rigueur. « Est-ce ou n'est-ce pas? » A elle de prouver qu’on ne peut, en pratique, ne point se prononcer pour ou contre ce surnaturel: « Est-ce ou
n'est-ce pas? » À elle, encore, d'examiner les conséquences de l’une .
ou de l’autre Arr et d’en mesurer l’immense écart : elle ne peut aller plus loin ni dire, en son seul nom, que ce soit ou que ce ne soit pas. Mais, s’il est permis d’ajouter un mot, un seul,
qui dépasse le domaine de la science humaine et la compétence de la philosophie, l'unique mot capable, en face du christianisme, . d'exprimer cette part, la meilleure, de la certitude qui ne peut :
être communiquée parce qu’elle ne surgit que de l'intimité de
l’action toute personnelle, un mot qui soit lui-même une action,
il faut le dire : « C’est ».