LE PRIX DIVIN DE LA VIE
du vouloir primitif. Rien, ni dans les conditions inévitables de notre vie, ni dans l’emploi personnel de nos forces, ni dans les conséquences parfois imprévues de nos actes ne nous est tyranniquement imposé. Ce que nous recevons d’être est identique à ce que nous en voulons, sans que nous cessions jamais de vouloir ce que nous en pouvons perdre. Ainsi c’est le sens même de l'être qui se trouve défini. Comme une arme à double tranchant, l’action résout, en sens opposés, la question de vie ou de mort qui s'impose à tous; et les synthèses qu’elle opère, toujours avec les mêmes éléments, les solutions auxquelles elle aboutit sont si extrêmes qu’elles dépassent ou tout ce que le pessimisme le plus sombre a conçu ou tout ce que l’optimisme le plus audacieux a rêvé : c’est en cela même que réside la grandeur et la bonté de notre .estinée. Il y a, dans le premier fond de la volonté humaine, une ébauche d’être, qui ne peut plus cesser d’être, mais qui, privé de son achèvement, vaut moins que s’il n’était pas. Et, pour que cette ébauche s’achève, il faut qu’elle reçoive la perfection d’une main plus qu'humaine. L'homme ne peut gagner son être qu’en le reniant, en quelque façon, pour le rapporter à son principe et à sa fin véritable. Renoncer à ce qu’il a de propre, et anéantir ce néant qu'il est, c’est recevoir cette vie pleine à laquelle il aspire, mais dont il n’a pas la source en soi. Pour s’atteindre et se sauver, il faut qu’il se dépasse. C’est sa manière de contribuer à se créer que de consentir à l'invasion de tout ce qui est vie antérieure et volonté supérieure à la sienne. Vouloir tout ce que nous voulons, dans l’entière sincérité du cœur, c’est placer l'être et l’action de Dieu en nous. Il en coûte sans doute, parce que nous ne sentons pas comment cette volonté est excellemment la nôtre. Mais il faut donner le tout pour le tout; la vie a un prix divin, et, malgré ses faiblesses orgueilleuses ou sensuelles, l'humanité est assez généreuse pour appartenir davantage à qui exigera plus d’elle.
Cette œuvre de vie et de salut, la science peut en montrer la nécessité : elle ne l’accomplit, elle ne la commence même pas. L'action humaine doit la préparer et y concourir : elle n’en a pas l'initiative, elle n’en fait point le succès; ce n’est pas de creuser le lit du fleuve qui l’emplit d’eau. La critique-rationnelle et la pratique morale ont un rôle certain de déblaiement et de préparation : mais la source vive est ailleurs qu’en elles. Même après qu’on a posé, à titre d’hypothèse nécessaire, l’ordre surnaturel comme. un postulat scientifique, il faut se garder de croire qu’on