VOL LA CRITIQUE DE LA VIE HUMAINE
Le problème est inévitable; l'homme le résout inévitablement; et cette solution, juste ou fausse, mais volontaire en même temps que nécessaire, chacun la porte dans ses actions. Voilà pourquoi il faut étudier l'action : la signification même du mot et la richesse de son contenu se déploieront peu à. peu. Il est bon de proposer à l'homme toutes les exigences de la vie, toute la plénitude cachée de ses œuvres, pour raffermir en lui, avec la force d'affirmer et de croire, le courage d'agir.
__ À consulter l'évidence immédiale, l'action, dans ma vie, est un fait, le plus général et le plus constant de tous, l'expression en moi du déterminisme universel; elle se produit même sans moi. Plus qu'un fait, c’est une nécessité, que nulle doctrine ne nie puisque cette négation exigerait un suprème effort, que nul homme n'évite puisque le suicide est encore un acte; elle se produit même malgré moi. Plus qu'une nécessité, l'action m'apparaît souvent comme une obligation; il faut qu'elle se produise par moi, même alors qu’elle exige de moi un choix douloureux, un sacrifice, une mort : non seulement j'y use ma vie corpcrelle, , mais j'y meurtris toujours des affections et des désirs qui réclameraient tout, chacun pour soi. On ne marche, on n'apprend, on ne s'enrichit qu'en se fermant toutes les voies sauf une, et qu’en s’appauvrissant de tout ce qu'on eût pu savoir et gagner autrement : y a-t-il plus subtil regret que celui de l'adolescent obligé, pour entrer dans la vie, de borner sa curiosité comme par des œillères? Chaque détermination retranche une infinité d'actes possibles. A cette mortification naturelle personne n'échappe.
Aurai-je du moins la ressource de m'arrêter? non, il faut marcher; de suspendre ma décision pour ne renoncer à