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CHAPITRE I L'INCONSISTANCE DE LA SENSATION ET L'ACTIVITÉ SCIENTIFIQUE

L'intuition sensible paraît toute claire et cohérente, d’une simplicité absolue; pourquoi donc ne s’en est-on pas tenu à cette première donnée de la vie, à ce rudiment d’une connaissance qui semble parfaite dès l’abord, et qu’y a-t-il de naturel, qu'y a-t-il de nécessaire dans le besoin scientifique? à quelle secrète ambition répond ce désir renaissant de recherches, et par quelles satisfactions provisoires semble-t-on l’endormir?

À première vue, l'impression sensible est, pour chacun, tout ce qu'elle peut être, seul point sur lequel on ne puisse jamais discuter parce qu’on ne communique jamais la réalité même de ce. qu'on sent. La qualité de la sensation que j'éprouve est unique en son genre, d'espèce incomparable, sans analogie; et ce qui est propre à cette intuition ne saurait être ni analysé, ni mesuré, ni décrit : des goûts mêmes et des couleurs on ne dispute pas. Dans cet ordre de la qualité pure, 1l n’y a rien que d’hétérogène. Je suis ce que je sens, au moment où je le sens.

Mais pour que je le sente, ne faut-il pas que dans la sensation même il y ait autre chose qu’elle? La qualité sensible n’est pas la

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