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L'INSTABILITÉ DES DONNÉES SENSIBLES

seule donnée immédiate de l'intuition; si elle. l'était, elle s'évanouirait, parce que discontinue, suffisante, incomparable, toujours parfaite et toujours disparue, elle ne serait jamais qu’un rève sans souvenir, sans passé, ni présent, ni futur. Comment n’en est-il pas ainsi? c’est que du moment où la sensation parait, elle recèle une incohérence et comme une antinomie interne : car elle n’est qu’autant qu’elle est sentie; et elle n’est sentie qu'autant qu'elle est représentée en même temps que présente, imaginée en même temps qu’éprouvée; de sorte qu’en elle sont nécessairement enfermées ces deux affirmations d'apparence inconciliable : & Je suis ce que je sens, je sens ce qui est ». Dualité antérieure même aux lois qui gouvernent la succession et les contrastes des états de conscience et où pourtant l’on a prétendu découvrir la forme primitive de toute intuition; car même à supposer que les sensations ne soient perçues que par «discrimination », encore faut-il que dans chacun des états contrastants il y ait de quoi le rendre possible. Il s’agit donc ici de ce qui, dans le phénomène sensible, fait que c’est un phénomène, en même temps qu'il est sensible : or entre ces deux termes, il y à une foncière opposition qu'on n’a point assez remarquée quoiqu'elle soit le point de départ de toute investigation scientifique ou philosophique.

Qu'on réfléchisse en effet à cette étrange et universelle curiosité : dans ce qu’on voit et ce qu’on entend, à l'instant même où l’on se persuade que l’impression sentie est l’absolue et complète réalité, on cherche autre chose que ce qu’on entend et ce qu’on voit. Pascal enfant veut saisir le son qu'il a perçu comme si le son était à la fois autre et tel qu’il le perçoit. A notre insu tous invinciblement nous en sommes là. Je n’ai de sensation qu’à cette double condition : c’est que d’une part ce que j'éprouve soit tout mien, c'est que d'autre part ce que j’éprouve me paraisse tout extérieur à moi et étranger à mon action propre. N'est-ce point la croyance et le vœu populaire? on s’imagine que le visible n’est rien de plus que ce qui est vu, comme si la sensation était en effet la mesure de toutes choses, et on demeure convaincu que ce qui est vu est la chose même, comme si la sensation n'était rien et l’objet tout. Inconséquence constante qui se marque aux plus menus détails de la vie. Ne sommes-nous pas également portés, et presque au mêmé moment, à vouloir que tous sentent comme nous, pénétrés que nous sommes de l’universelle vérité de

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