INT
S'il est vrai que les phénomènes externes ne sont pas d’une autre étoffe que les phénomènes internes !, toutefois il y a cette différence foncière que les uns ne sont qu’un aspect particulier et comme une tranche abstraite du déterminisme total et que les autres sont comme une concentration de l'univers en un point d’où procède toute opération eoncrète de la pensée ou de la nature. Entre eux, il y à un infini qui passe, non pour les diviser, mais pour les relier. L'unité synthétique de tout fait réel enveloppe et. domine le monde entier; car, existant en lui, elle le porte aussi en elle. De même notre connaissance qui a pour condition une
1. Mais en le reconnaissant, il importe de se garder de cette triple erreur : d’abord il ne faut pas oublier que la question ontologique est écartée, et serait prématurée ici; or on l’oublie si du rapport défini entre ces deux ordres de phénomènes on tire quelque conclusion idéaliste ou matérialiste que ce soit. — En second lieu, il ne faut pas renverser l’ordre des relations, tel que l’analyse vient de le déterminer; car le subjeclif est apparu comme une synthèse supérieure,-et même comme une condilion antécédente des phénomènes dont on l’a extrait. — Enfin il ne suffirait pas de reconnaître le rapport de deux processus parallèles, une «adaptation progressive de l’interne à l’externe », ni même d'ajouter avec la nouvelle école de psychologie scien- . tifique que « l'ajustement de l'organisme comme tout à son milieu, voilà précisément le psychique »; car en mettant ce qu’on nomme la face externe en opposition avec la face interne de la réalité, on est porté à déclarer leur relation inaccessible à la science et à prendre les phénomènes qu’étudient les sciences positives pour l'équivalent des faits subjectifs; et dès lors ces faits « psychiques » ne sembleraient plus être qu’un surcroit inexplicable et un luxe inutile.
pluralité de représentations, se met, par l’unité qu’elle constitue, au-dessus de cette pluralité; elle s’affranchit de son contenu, puisqu'elle le contient. De part et d’autre, le lien, vinculum percepti et percipientis, est de nature subjective; il y a solidarité, il y a distinction entre ces deux ordres : relation réciproque, ascendante et descendante, qu’il est bon de considérer encore un instant.
La moindre lueur d'organisation et de vie subjective présuppose une prodigieuse intégration d'actions et de réactions élémentaires déjà systématisées et de plus en plus naturées, un entrelacement de tous les fils que tisse la nécessité pour en former la complication croissante des formes, des instincts et des sensibilités. Le. fait de conscience est donc le produit, non du dernier seulement, mais de tous les actes antérieurs, conscients ou inconscients, qui convergent et se résument en lui. Aussi n'est-il pas isolé des autres phénoinènes, mais il soutient avec tous les autres ce double rapport : — d’un côté, le fait subjectif est la condition de tous les phénomènes qui sont l’objet des sciences positives; en sorté que la connaissance de ces phénomènes dépend de lui et n’est possible que par sa présence inaperçue dans toute intuition sensible et dans toute affirmation scientifique; — d’autre part, le fait subiectif a pour conditions tous ces mêmes phénomènes; en sorte que la réalité même de ce fait dépend d’eux, et que la conscience*la plus obscure porte en elle et représente tout le déterminisme de ses antécédents.
Ainsi s’éclaire la Loi qu’il a fallu constater, sans l'expliquer, au cours de toute science positive : chaque synthèse est une originalité irréductible à ses composantes; et c’est même dans sa réalité subjective que réside la nouveauté excellente de chaque degré de composition. Dans cet ordre des phénomènes, les progrès de l'existence et de la connaissance sont solidaires; d’où cette double formule :
— Les éléments sont tels que le composé tire d'eux sa réalité et
n'existe que par eux : ils y ont un rôle nécessaire, tout en y conser-
vant leur être propre, et tout en participant à la solidarité totale. Omnia quanquain diversis gradibus animata sunt. Une forme plus complexe, où l’intériorité se marque davantage, est donc une réflexion des formes subalternes qui lui ont servi d’aliment; et en ce sens le subjectif est de l’objectif concentré. Nulle vie, dans l’univers, ne se passe des conditions élémentaires où plonge l’organisme, et l’homine réste assujetti aux lois de la matière brute. — Les composés sont tels que chacun est tout autre que ses
matt hidtaiité