LES CARACTÈRES SCIENTIFIQUES DU CONSCIENT
composants, et constitue comme un monde nouveau: avec des lois propres, une énergie, des besoins, des ressources et une fin indépendantes. En un sens très vrai, les coinposants n'existent que pour les composés, et même ils n'existent que par eux; car partout où il y a synthèse, il faut un centre de perception pour que la synthèse s’y exprime dans l'unité de sa composition. Le sensible, le positif, l'objectif ou de quelque nom qu’on veuille désigner ce qui diffère du phénomène de conscience, s'émietterait pour ainsi dire et tomberait en dissolution s’il n’y avait, pour supporter et rèaliser le progrès de ses formes d'existence, une progression simultanée de la connaissance subjective !.
Ce qu'on se proposait d'établir est donc fondé : le sujet ‘est relié scientifiquement à l’objet, et le contient, et le dépasse; les faits de conscience sont aussi réels que tous les autres, puisque tous les autres leur communiquent à la fois et leur empruntent ce qu'ils ont de réalité. Ils restent distincts, et ils sont solidaires. Comment ces phénomènes internes comportent-ils une caractéristique scientifique, c’est ce qui reste à définir.
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Vu du dehors par le savant, le subjectif est cela précisément qui ne peut être connu ni en fonction du calcul, ni en fonction de l'observation sensible, parce que c’est cela qui en constitue le lien et qui introduit l’unité au sein de la multiplicité. À mesure que les sciences déterminent avec plus de précision les relations mathé-
4. L'idéalisme et le réalisme sont donc également vains l’un sans l’autre, et également fondés lun et l’autre, si au lieu d’y voir deux conceptions métaphysiques incompatibles, on les considère comme l'expression de deux ordres de faits solidaires. De même aussi la doctrine de l’évolution dont on a montré le caractère allégorique et romanesque tant qu’elle se donne pour l'histoire réelle des élres, reprend un sens précis et une justesse nouvelle : les formes les plus complexes dérivent en effet des inférieures par un déterminisme continu; mais la discontinuité des phénomènes n’est pas moins scientifique que cette continuilé même. Chaque synthèse forme un degré qui suppose les précédents, mais qui recèle une irréduclible subjectivité. Le supérieur porte en soi et représente à lui seul tous ses antécédents, sans que linférieur, à côté, audessous, ou au dedans, cesse de garder sa nature et sa place. Ainsi, l’homme, suivant un mot de Pascal, est « toute nature »; mais la nature n’est pas toule élevée, ni toute apte à la vie et à la conscience. Ce qui est connu n’est pas adéquat à ce qui connait; car connaître une chose, c’est être cette chose, être par celte chose, être en un sens plus que cetle chose.
matiques et les lois expérimentales, elles définissent du même coup ce qu’elles laissent inexpliqué; dès l'instant où les deux termes extrêmes sont rigoureusement fixés, il reste que lintermédiaire comporte également une détermination qui pour être négative n’en est pas moins précise.
Second caractère, mais déjà tout positif, celui-ci. Comme à partir de l'intuition sensible on a été amené par un inévitable progrès à la science, de même de la science se dégage un fait nouveau auquel sont suspendus tous les autres. Si le subjectif n’est rien au point de vue positif, c’est pourtant ce sans quoi le posilif mème ne serait rien, le principe invisible et présent à tout objet de la connaissance.
Or ce qui est donné comme unité multiple, ce qui est tout à la fois ne saurait être aperçu que par une intuition interne. Et même c'est définir. le fait subjectif que de le nommer la perception de l'indivisible unité dans l’irréductible multiplicité. Aussi, méme quand l’on sait qu’il y a des conditions indispensables à la production de la vie consciente, demeure-t-il impossible de déterminér ces éléments de Pacte qui la constitue; on ne peut analyser, comme l'avait déjà remarqué Aristote avant Leibniz, les ingrédients de l’action, tù otoryetx Toù moretv.
Il est donc de science que le fait subjectif, quoique relié à toutes ses conditions objectives par un déterminisme rigoureux, ne peut être suffisamment défini par la connaissance même complète de ses antécédents. Car il constitue par rapport à eux une synthèse indéterminée, et du dedans seulement il est aperçu, ou plutôt il est ce dedans même. Loin de prétendre substituer l’étude de la face externe des phénomènes à celle de leur face interne, il est nécessaire de prendre le phénomène de conscience en lui-même,
de l’abstraire des représentations objectives où il se mêle et dont
il est l’âme, et de le saisir dans toute sa pureté.
Comment y réussir, et une fois qu’on a écarté de la conscience les phénomènes qui servent de matière aux sciences positives, que reste-t-il de proprement subjectif dans le sujet même? Ce qui reste, c’est ce qui distingue Ie sujet conscient des éléments de sa conscience et des objets qui la nourrissent, ce qui lui permet de les transsubstantier et d'en opérer la synthèse, ce qui lui donne de répondre par des réactions originales au déterminisine de ses conditions. On a montré que, vu du dehors, le subjectif, c'est cela justement qui, indéterminé et inaccessible à la connaissance