‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 13 sur 104 · RAPPORT ANNUEL · texte numérisé non relu

RAPPORT ANNUEL

Nous avons l'habitude de publier le rapport annuel du secrétaire général de la Ligue des Droits du français. La tradition autant que le désir de communiquer à nos lecteurs ce bref résumé de notre activité nous invitent donc à ne pas déroger à nos habitudes. Il est bon toutefois de rappeler que ce rapport n'a pas la prétention de tout contenir, il n'y est pas fait mention, par exemple, de notre chronique « à travers la vie courante » où l'un de nos plus actifs collaborateurs, M. Pierre Homier. déploie une si utile activité. Il n'y est pas question non plus de la volumineuse correspondance de notre secrétariat, toujours inspirée, il va sans dire, de nos intérêts nationaux. Il arrive parfois que l'Action française ou quelques quotidiens publient une ou deux lettres de notre secrétariat général, ou même une correspondance, un dossier tout entier, nous supposons qu'il n'y a pas lieu d'y revenir, rénumération en serait d'ailleurs trop monotone.

Voici le texte du rapport présenté par notre secrétaire général, M. Anatole Vanier, à la réunion annuelle de la Ligue des Droits du français, tenue le samedi 14 février :

En qualité de secrétaire-trésorier, M. Louis Hurtubise nous présentait l'an dernier et le rapport général du secrétaire et l'état de l'exercice financier de la Ligue des Droits du français. A-t-il trouvé qu'il centralisait trop de pouvoirs ? A-t-il voulu démocratiser plus profondément une association déjà décentralisatrice au point de n'avoir pas de président ? Je l'ignore. En tout cas il abandonna au cours de l'an dernier une partie de ses fonctions — celle qui relevait du secrétaire. Voilà comment j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui le rapport du très noble et vénérable secrétariat de notre Ligue.

Ceux qui nous connaissent peu ou qui nous connaissent mal, définissent notre œuvre : une institution qui défend les droits de la langue française. Et ils donnent à cette définition une portée restrictive, celle

l action Française 89

qui convenait au début de notre mouvement. Mais notre association a grandi et s'est développée, comme tout organisme vivant, et il est temps de dire, je crois, que l'œuvre de la Ligue a plus d'envergure que cela. Sans doute nous croyons avec de Valera — qui s'y entend en survivance des petits peuples autant que Wilson, Lloyd George et tous les autres grands protecteurs des faibles — - nous croyons à la puissance de la langue dans les problèmes politiques et diplomatiques, mais nous voyons dans les droits et les victoires de notre langue un moyen et non un but.

D'ailleurs ne juge-t-on pas une Ligue comme un arbre, à ses fruits ? Sans parler de son activité propre, la Ligue n'a-t-elle pas donné la vie à l'Almanach de la Langue française, à l'Action française, à la bibliothèque et aux conférences de l'Action française et enfin à un service spécial de librairie où les Canadiana joueront un rôle de premier ordre ?

Non, ne rétrécissons pas l'ampleur de notre action, disons plutôt pour rendre hommage à la vérité d'abord et à nous-mêmes ensuite, que la Ligue se propose de servir les intérêts généraux et supérieurs du peuple canadien-français, c'est-à-dire qu'elle veut développer et fortifier ses aspirations nationales, sa culture latine et française et ses institutions, au premier plan desquelles il faut placer ses lois. Et pour donner cet effort, elle fait de la langue son principal point d'appui.

Comprise ainsi notre action peut pousser partout de longues et puissantes racines et étendre au loin ses rameaux et son atmosphère, sans paraître forcer ses talents. Il me semble que nous aurions bien tort de choisir ailleurs ime assiette instable quand nous pouvons construire pour demeurer, et pour avancer ensuite d'un pas sûr envers et contre les difficultés !

L'Almanach de la Langue française. — M. Hurtubise vous annonçait l'an dernier que le tirage de l'Almanach après avoir été de 10,000 e< de 2.5,000 exemplaires, serait porté à 40,000 cette année. Nous avons tenu parole. Et, ce qui est mieux encore, nos prévisions n'eurent rien d'exagéré, puisque ce nombre considérable est presque entièrement écoula.

Notre Ligue n'aurait-elle t'ait que ce travail de diffusion au service des intérêts français que son activité pourrait être qualifiée de féconde Car, en effet, parcourez cette brochurette et vous vous convainquez facilement de son opportune et précieuse propagande.

90 l'action française

Vous avez dû constater vous-mêmes l'heureuse amélioration qui y fut apportée cette année. L'Almanach est plus vivant, il présente une plus grande variété de rubriques attrayantes, de notes joyeuses, de renseignements utiles, et je dirai même d'excellents coups de cravache.

L' Action française, tout en présentant à ses lecteurs les éloquentes leçons de nos précurseurs, n'a pas opéré au point de vue matériel la brillante trouée de son frère aîné. En fillette bien élevée — nous pouvons bien parler ainsi de notre enfant — il lui convenait d'être châtiée, élégante et gracieuse. Mais ces qualités excluent la vigoureuse action extérieure d'un almanach au fort tirage.

Si toutefois cette élégance nous plaît, il ne faut pas oublier non plus qu'un peu de rondeur du côté du tirage ne gâterait rien, car notre revue ne fait pas ses frais. Avis en est par les présentes donné aux amis propagandistes !

Sans vouloir relever les noms de tous nos collaborateurs il est bon de rappeler ici quels sont ceux qui ont bien voulu se charger de faire revivre nos précurseurs et de tirer les grandes leçons de leur vie pour le plus grand avantage des vivants. Nous en profitons pour leur exprimer de nouveau notre vive reconnaissance. M. Edouard Montpetit présenta Errol Bouchette; M. l'abbé Olivier Maurault, Napoléon Bourassa; M. l'abbé Georges Courchesne, le Dr Labrie; M. Henri d'Arles, Ferdinand Gagnon; M. Antonio Perrault, Edmond de Nevers; M. Léon-Mercier Gouin, Pierre Bédard; M. l'abbé Philippe Perrier, Monseigneur Langevin; M. le chanoine Emile Chartier, Jérôme Chicoyne; le R. F. Marie-Victorin, l'abbé Léon Provencher; M. Arthur Letondal, Calixa Lavallée; M. Orner Héroux, Jules-Paul Tardivel; et un Acadien, le R. P. Lefebvre.

La bibliothèque de Y Action française et nos conférences, qui se poursuivent dans le moment avec éclat, disons-le à l'honneur des conférenciers, complètent l'activité déployée par la plume et la parole sous nos auspices, au bénéfice des intérêts français.

Au cours de 1919 la bibliothèque de l'Action française s'est enrichie de la « Déportation des Acadiens » d'Henri d'Arles, de la « Race supérieure » du R. P. Louis Lalande, de la « Valeur économique du français » de M. Léon Lorrain, de la «Défense de nos lois françaises » de M. Antonio Perrault, de « la Langue gardienne de la foi » et du « Canada apostolique » de M. Henri Bourassa, des « Œuvres » de Paul- Emile Lamnrelie. de « Si Dollard revenait », de la « Naissance d'une

l'action française 91

Race » et des « Rapaillages ■■ de M. l*al)bé Groulx. Nous aurons bientôt du même auteur : « Lendemains de conquête » et « Au service de la tradition française » de M. Edouard Montpetit.

Xous vendons également les brochures de l'Œuvre des tracts et nous distribuons celle de la Ligue de ralliement d'Amérique. Et afin de ne pas négliger les milieux anglophones nous avons édité à leur intention « Do the French Canadians speak patois ! »

En prenant la parole, l'an dernier, « pour la défense de nos lois françaises », M. Antonio Perrault conseilla à l'Action française de constituer une commission dont les membres se proposeraient surtout de surveiller du point de vue de l'esprit de nos lois françaises la législation du parlement fédéral et celle de la législature de Québec, de préparer les amendements jugés nécessaires à nos lois civiles, d'encourager nos hommes de loi à poursuivre les études juridiques et à multiplier les ouvrages de droit.

Xous n'avons pas encore formé ce comité, mais nous espérons pouvoir bientôt l'organiser. Un récent jugement de la cour suprême du Canada lui ouvre d'ailleurs, avant même qu'il n'existe, un nouveau champ d'action. Dans une cause où la compagnie Colonial Real Estate était appelante et la « communauté des sœurs de l'hôpital général de Montréal », intimée, le juge Mignault, appuyé par le juge Brodeur, fit une importante déclaration au cours des considérants de son jugement. Il déclara qu'il ne peut admettre que l'on règle un point de droit français en s'appuyant sur une décision prise dans une cause déjà jugée suivant la jurisprudence du droit anglais — «I would deprecate, on a question under the Québec law, relying upon a décision . rendered according to the rules of the English law ».

Cette attitude des juges Mignault et Brodeur constitue pour le droit français du Québec un événement d'une haute importance. Mais pour en élargir encore les conséquences heureuses pour nous il faut de toute nécessité que cette façon de voir et de juger passe de la pensée de ces deux juges à la jurisprudence elle-même. Et pour y arriver il importe que les avocats du droit fiançai- eonnnencent par suivre cette rèjile même dans les causes qui ne sont pas appelées à être entendues en dehors du Québec. On voit tout de suite l'immense travail qui attend notre futur comité légal dans <■<■ seul domaine.

92 l'action française

Je m'arrête ici, car le rapport du secrétaire général est déjà trop long. Qu'il me suffise de faire entendre une parole d'espoir. Les sucrés pass?s nous autorisent, ne vous semble-t-il pas, à fonder pour l'avenir les plus bêles espérances, sans craindre les vains rêves. Des choses qui paissaient jadis impossibles ne sont-elles pas maintenant courantes ! Toutes les affaires, comme on le dit avec emphase, se faisaient jadis en anglais et voici que les courtiers — et je parle ici des maisons anglaises de Toronto comme des maisons anglaises de Montréal — font maintenant une excellente propagande et possèdent de bons services français pour leurs clients canadiens-français. Sans doute nous n'avons pas été les seuls à nous agiter, d'autres l'ont fait avec et avant nous — comme le Devoir, par exemple, que je cite à cause des excellentes et constantes relations que nous avons avec lui, — mais nous n'avons pas été étrangers à la cause qui a produit ces changements. 11 ne nous reste donc qu'à continuer. L'avenir est à nous, il suffit de vouloir !

Anatole Vanibr.

Page 1