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L'ARTISTE

Les énergies immanentes de la race paraissent vouloir s'épanouir dans un réveil intellectuel. A beaucoup de signes on reconnaît ce travail souterrain où sourdit dans le silence la forme nouvelle du miracle de notre survivance spirituelle, après celui de notre survivance physique. Des veilleurs aux mains viriles nous ont secoués de l'engourdissement où nous avaient plongés des temps vagues et stagnants, et nous nous acheminons enfin vers cette princesse lointaine de la haute culture, entraînés par ce vrai chant du départ qu'ont sonné, les premiers et les seuls à le faire d'abord, le Devoir et V Action française.

Il convient d'associer l'art à ces espérances littéraires. Sans lui, on ne peut empêcher qu'il y ait chez les hommes des parties incultes et barbares du goût et de la sensibilité.

La concurrence intense en favorisant l'excessive division du travail, a généralement produit cet effet d'éloigner même les élites, des affections et idées générales. Il y a déjà assez longtemps qu'Auguste Comte disait : « Craignons que l'esprit humain ne finisse par se perdre dans les travaux de détail. » Nous pensons que l'art est une de ces forces essentielles au lien social et qui, sagement hiérarchisées, tendent à refaire dans la catégorie de l'idéal, l'union (U>* sensibilités que la lutte pour la vie porte à se dissocier. On a déjà voulu le définir abstraitement comme une altération des rapports.1 Mais les idées générales sont des

1 C'est Taine dans sa Philosophie de Vart, je crois. Vol. IV, No 4

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concepts qui éclatent sons les poussées individuelles de l'art. Au reste, c'est par son caractère éminemment social qu'il mérite d'attirer notre attention.

Il n'est pas un dogme : il ne propose pas de solution. Il se contente d'intensifier la vie sentimentale. Il fait partie de ces forces impondérables, exploitables, qui pathétisent l'existence de l'homme et peuvent faire entrer dans le monde une énergie nouvelle. Il y a ici plus qu 'ailleurs peut-être, un élément obscur qui en fait la puissance. Le tragique de la destinée, l'impossibilité où nous sommes de la réduire en formules claires, l'inquiétude métaphysique où aboutissent nos démarches les plus sincères, le bonheur ou l'angoisse de vivre sur ce fond d'infini qui tourmente : en voilà assez pour s'expliquer que l'homme n'étant pas une équation algébrique, l'instinct, cette force mystérieuse qui agit secrèteuent en nous, peut seul en explorer certaines parties. L'art rend compte qu'il y a beaucoup plus de choses en l'être humain que n'en soupçonne l'intelligence. Il nous rapproche de ces réalités insondables aux mots, inexplicables à la raison pure. La musique surtout, qui semble le plus profond des arts parce que plus près de l'instinct, nous fait saisir que la parole est éloignée du domaine où celle-là exerce son action. l Prenons cet exemple de l'idée1 de patrie. Quand on en a donné aux hommes les raisons physiques et historiques, il reste un élément qu'on appelle la raison mystique et qui, d'autant plus irréductible qu'il est plus inexplicable, suscite et couronne les grands héroïsmes. Or il semble que la musique ait cette efficacité d'exprimer l'inexprimable et de l'intensifier.

Très facile à mettre en valeur, (41e ne demande pas une longue initiation et sa technique n'est presque pas for-

1 Je ne cherche pas à rabaisser les arts plastiques : mais je suiH bien obligé de parler de l'art que je connais le mieux.

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maliste. Le folklore prouve qu'elle traduit tous les modes et qu'elle est d'expression universelle, aristocratique et populaire. Elle interprète les cœurs les plus simples et les plus compliqués.

Notons tout de suite en conséquence, sa valeur comme document historique. C'est le miroir le plus fidèle de la vie quotidienne, des replis les plus secrets de l'âme. Elle nous met pour ainsi dire à bout portant des nuances variées de la personnalité humaine, des mœurs intérieures d'une époque. Elle ouvre largement, plus largement encore que la littérature, les avenues qui mènent à l'intimité d'un siècle. Voulez-vous savoir jusqu'à quel point le panthéisme a communiqué à une élite de Français son action dissolvante? Lisez sans doute Renan; mais nous osons dire que pour s'éclairer sur les ivresses fatalistes auxquelles aboutit une sensibilité trop éprise d'elle-même, il faut entendre Debussy qui en est l'incarnation vivante et nous en donne le contact direct.

Voulez-vous connaître qu'un grand courant mystiepte continue de solliciter et de polariser des âmes qu'illumine le surnaturel? Vous n'en douterez pas à l'audition de8 œuvres de Franck, qui est peut-être parmi les musiciens dé l'âge moderne, le plus grand poète des choses divines. el qui, aux élans irrésistibles de l'être vers l'immortalité de ses destinées, aux désirs inassouvis eles biens célestes, a prêté la chaude sérénité de sa voix pure, dégagée (\c> liens de la terre. Comment s'expliquer l'extraordinaire développement de l'Allemagne moderne, si l'en n'étudie (pie son histoire politique? Qui pourrait soupçonner dans les agitations de la Réforme et les intrigues de cour à quoi se résume la physionomie extérieure de cette nation pendant trois siècles, les réserves intactes d'une grande énergie (pli s'est sabitemenl épanouie dans l'Allemagne impé-

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rialiste ? Ces énergies sont-elles nées spontanément et y a-t-il solution de continuité clans le développement du peuple allemand ? Là-dessus, seuls ses musiciens peuvent nous renseigner et nous faire pressentir la vitalité débordante qui n'a jamais cessé de soutenir les classes moyennes. Bach et les autres ne chantaient avec cette magnificence que parce qu'autour d'eux, malgré tout, on avait la confiance et l'espoir robustes. On pourrait multiplier les exemples qui font de l'art une mine inépuisable pour l'historien.

Mais à tous ces motifs d'intérêt général, il faut en ajouter un autre d'ordre particulier pour nous Canadiens français.

Dans le monde anglo-saxon qui nous entoure, ce n'est pas tant un idéal différent du nôtre dont nous serons exposés à subir l'attrait qu'un matérialisme avilissant qui nous laisse indifférents ou hostiles à l'art. Celui-ci nous rendra le grand service de nous faire prendre conscience de nousmêmes. En accentuant les différences et les supériorités épie nous en tirerons, nous tiendrons le germe de notre autonomie par rapport au milieu ambiant, nous fortifierons nos raisons de nous différencier, de nous développer dans le sens propre à nos qualités de race.

Quelles sont les conditions dans lesquelles devront se former nos artistes ? Allons tout de suite aux morales, qui dominent les autres. Voici de quelle façon Taine motive la transcendance des plus grands génies : « Il y a des hommes qui dans les arts et dans les lettres se sont élevés au-dessus des autres, tellement au-dessus qu'ils semblent d'uHe race à part. Ni la science profonde, ni la possession complète de toutes les ressources de1 liant, ni la fécondité de l'imagination, ni l'originalité de l'esprit n'ont suffi à leur donner celle place. Ils ont eu !<>w( cela : majs cela

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est secondaire. Ce qui les a portés à ce rang, c'est leur âme, une âme de dieu tombé, tout entière soulevée par un effort irrésistible vers un monde disproportionné au nôtre, toujours combattante et souffrante, toujours en travail, en tempête, et qui, incapable de s'assouvir comme de s'abattre, s'emploie solitairement à dresser devant les hommes, des colosses aussi effrénés, aussi forts, aussi douloureusement sublimes que son impuissant et insatiable désir. » On me permettra de transcrire immédiatement cette page de Bourget : qui éclaire et précise le texte de Taine : « C'est une question de savoir si cet esprit cosmopolite, dont le progrès va s'accélérant sous la pression de tant de causes, est aussi profitable qu'il est dangereux. Le moraliste qui considère la société comme une usine à produire des hommes, est obligé de reconnaître que les nations perdent beaucoup plus qu'elles ne gagnent à se mêler les unes aux autres, et que les races surtout perdent beaucoup plus qu'elles ne gagnent à quitter le coin de terre natale où elles ont grandi. Ce que nous pouvons appeler proprement une famille, au vieux et beau sens du mot, a toujours été constitué, au moins dans notre Occident, par une longue vie héréditaire sur un même coin du sol. Pour que la plante humaine croisse solide, et capable de porter des rejetons plus solides encore, il est nécessaire qu'elle absorbe en elle, par un travail puissant, quotidien et obscur, toute la sève physique et morale d'un endroit unième. Il faut qu'un climat passe dans notre sang, avec sa poésie ou douce ou sauvage', avec les vertus qu'engendre et qu'entretient un effort continu contre une même somme de mêmes difficultés. . . Qu'on réfléchisse seulement, pour en apercevoir la portée, aux conditions de naissance des œuvres d'art. Presque toujours un grand écrivain ou un

1 Essais de psychologie contemporaine, p. •!<>■">.

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grand peintre, [on peut ajouter sans scrupule un grand compositeur] a poussé sur une place natale, à laquelle il revient lorsqu'il veut donner à son idéal une saveur de vie profonde, et les œuvres de ceux à qui ce sol a manqué, manquent souvent de cette saveur et de cette profondeur. Les Grecs et les Italiens n'ont offert le spectacle de leur incomparable fécondité qu'en raison même de l'abondance des petites patries et des cités étroites. L'homme est un être d'habitude qui n'est vraiment créateur qu'à la condition d'accumuler en lui une longue succession d'efforts identiques, et c'est pour cela que les fortes races ont toujours eu des commencements monotones, des mœurs étroites, un respect superstitieux de la tradition, une défiance rigoureuse de la nouveauté. » Qu'est-ce à dire, et que prouvent surtout ces copieuses citations? Qu'il y a un élément sentimental dans le génie, ce quelque chose que Pascal appelle les raisons du cœur, qu'on ne sait pas, qu'on ne raisonne pas.

Or l'idée de Dieu et l'idée de patrie ne sont-elles pas comme un foyer central d'où émanent toute la chaleur et toute la fécondité de l'existence humaine? Xe sont-elles pas les réalités sentimentales les plus précieuses, génératrices de supériorité, au point qu'elles semblent la loi suprême de notre prospérité dans l'ordre matériel comme dans l'ordre spirituel? Nous le croyons, pour notre part. Aussi faut-il louer sans réserve ceux qui, dans une grande clairvoyance, essaient de fonder ou de ranimer le sentiment patriotique, même comme ayant une fonction générale dans l'économie de notre vie intellectuelle. Les temps où ces idées s'affaiblissent sont funestes au talent. L'homme n'esi pas une abstraction, tl s'appuie sur quelque chose qui l'entoure, influences ethniques, souvenirs lointains ou

proches qui, activant les réactions de L'esprit et de la race, forment la substance principale de l'œuvre artistique.

Les germes éternels sont là. L'esprit le plus délié, le plus ingénieux n'aurait pas d'ampleur sans cette audace, ce mystérieux enthousiasme, cette hardiesse intuitive qui le fouettent, l'excitent, l'ébranlent, et secouent jusque dans l'arrière fond de l'être, ces idées mères de la création, cette passion de la vie, qui nous viennent des facultés émotives. La qualité d'une intelligence se juge donc, pour une grande partie, par la qualité de la sensibilité.

Dieu ! depuis six ans, avons-nous été assez insultés ? Que sous le poids de ces écrasements et compressions de l'âme nationale, un artiste ayant compris enfin la solidarité féconde des vivants et des morts, sans quoi l'homme n'est qu'une poussière qui se disperse aux quatre vents du ciel; qu'enraciné pour, s'être enrichi de passé historique, il ait vu l'outrage atteindre en lui, de génération en génération, toute la file des aïeux; qu'on me dise s'il n'est pas devenu apte à sentir plus puissamment que le plus fin dilettante, et si l'émulation, l'ambition de venger le passé et même l'avenir ne l'auront pas soulevé aux étoiles. Disons donc que si l'art n'a pas de patrie, il est nécessaire que l'artiste en ait une.

Quant au catholicisme, nous croyons que, dans le domaine artistique comme dans les autres, étant constructeur, il est à sa place.

Cette contrainte, ce refoulement que l'on remarque dans les pa> s protestants, le catholicisme s'en est généralement gardé. Prenanl l'homme tel qu'il est, avec ses besoins de beauté et d'harmonie, il ne leur a assigné que de les subordonner au bien social et à ses éternelles destinées. Qui s'en plaindrait ! car la théorie de l'arl pour l'art, poussée à ses conséquences extrêmes, ne peut

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aboutir qu'à un excès de civilisation qui lui-même ne peut conduire qu'aux pires catastrophes sociales. On n'a qu'à rappeler les effroyables mœurs du siècle des Borgia, des Tudor et des Médicis, pour comprendre que la barbarie n'est qu'à un pas d'un abus de civilisation. Parce que les sentiments, encore plus que les idées ne sont pas des attitudes passives de la volonté, et qu'à une certaine façon de penser ou de sentir, correspond nécessairement une certaine façon d'agir, ils ne peuvent pas rester en vase clos, ils sont une sommation impérieuse à l'action. Ils impliquent un sens de la vie pratique. Le catholicisme n'empêche l'essor ni des sentiments ni des idées esthétiques : il les endigue, les canalise et discipline leur force d'éruption.

Le Latin surtout, avec son feu intellectuel, met une implacable, logique à réaliser son rêve et sa passion de conclure en fait un apôtre merveilleux de toutes les expériences humaines. On ne demande pas aux artistes des sujets moraux, religieux ou patriotiques : on leur demande seulement de respecter dans leurs œuvres les tendances nobles de l'homme, sans raideur et sans étroitesse. de se placer à cette hauteur de vue qui les éclaire sur les conséquences sociales d'un art trop libre. Toutes ces piétés héréditaires les maintiendront au-dessus de l'idolâtrie du moi. Trop aimer la gloire, les honneurs, l'argent, sont choses impatientantes qui écartent l'artiste1 de son rêve.

Constatons la chétivité, l'intempérance et l'infatuation d'un esprit délesté de toute tradition;

Ces conditions morales étant remplies, quelles autres sont nécessaires à la promotion de l'art chez nous ? D'abord et avant tout, donner à une élite le moyen de se

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former à la technique de son art par un séjour prolongé à Paris. Ne nous inquiétons pas trop encore de diffuser les biens esthétiques dans la foule. Sans doute, il serait excellent que l'on enseignât les rudiments de l'art dans les milieux scolaires. l Toutefois, même en Europe, le peuple reste ignorant dans l'ensemble des choses artistiques.

Qui doit-on envoyer ? Des sculpteurs, des peintres, des architectes naturellement. De ce côté, il n'y a pas d'erreur possible. Mais en musique, les activités qu'elle suscite étant multiples et variées compliquent la situation et ' prêtent à des confusions funestes. Parmi ces activités les unes, plus brillantes, accaparent toute notre attention ; les autres, essentielles, sont reléguées au dernier plan de nos préoccupations artistiques. Car le point le plus extraordinaire de notre infériorité, c'est la faveur accordée airx interprètes et le mépris ou l'indifférence où sont noyés nos compositeurs. C'est la vogue inqualifiable dont le virtuose jouit sans discussion au détriment du compositeur. Il n'y a pas* un jouvenceau ténor ou une jouvencelle soprano qui n'ait son cercle d'adorateurs fidèles et de claqueurs enragés. On dit qu'il y a des chapelles littéraires ! Dieu ! si on connaissait la férocité des cénacles du chant. On devra s'aviser que l'œuvre musicale est au chanteur ce que Racine est à Sarah Bernhardt. Bach fut vraiment en Allemagne, l'armature, le fondement de ces grandes écoles de symphonistes qui firent monter ce pays au zénith de l'art. La France d'aujourd'hui doit à Franck la place

1 A ce sujet, on a le droit d'être étonné que le solfège ne soit, pas au programme de la commission scolaire de Montréal. Il y a dans notre ville au moins un bon millier de gens qui y vivent en partie, ou complètement de la musique. Dans nos ('élises particulièrement, nous manquons absolument de lecteurs, et il y a là un débouché assez rémunérateur pour les modestes salariés.

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unique qu'elle occupe maintenant. Dieu nie garde d'insulter au talent d'une Albani ou de quelques autres. Mais je me demande consciencieusement ce qu'ils ont fait d'autre pour leur pays que d'en recevoir des lauriers. A mon avis, un Guillaume Couture, encore que son humeur farouche et son excessive probité artistique l'aient fait se confiner clans un silence méprisant, a mérité de la patrie canadienne mieux que tous les virtuoses; car il l'a servie au dedans.

Parmi les vivants, j'en connais quelques-uns qui sont supérieurement doués pour la composition, doués d'un maître talent, dignes de figurer à une place honorable même à Paris et à qui il faudrait l'organe protecteur de quelque mécène ou de quelque, pouvoir public conscient. Or, les uns et les autres agonisent dans les sphères déprimantes de l'enseignement, s'encroûtent ou s'enlisent définitivement. Et pendant que s'organise le commerce des concerts (je ne parle pas des bons évidemment), que l'on dépense en vulgaires platitudes de quoi faire vivre mille Beethoven, le talent, le vrai talent pourrit dans l'isolement un peu fier où le vrai mérite se condamne volontiers et finit par clouter de lui-même. Le prix d'Europe lui-même, espoir suprême, exclut le compositeur. 1

1 En mai 1915, nous donnâmes une soirée, bénéfices applicables à une bourse de voyage à Paris pour un jeune Canadien connu comme excellent compositeur. Or, nous devons à la vérité de dire que c'est généralement (à de très rares exceptions près) dans les milieux dits autonomistes, régionalistes, indigénistes, nationalistes (on voit si notre langue s'enrichit), que nous rencontrâmes les plus actives sympathies. Les autres, les exotiques, nous répondaient : « Tout pour la guerre », et signaient, bravement. Il s'organisa par la suite une société lyrique dont l'idée foncière du directeur était d'appliquer les recettes des soirées soit à un conservatoire gratuit, soit à des bourses Paris, et là encore s'accentuèrent la sympathie et l'antipathie plus haut énoncées. Après quelques années de concurrence. . . loyale, le dégoût des intrigues jet des bassesses du milieu théâtral en a éloigné à jamais ceux que la, foire à l'empoigne et le crêpage de chignon avaient laissés à peu près vivants. D'ailleurs, nous nous aperçûmes que nous étions asser-

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Supposons pour un instant que nous avons affaire à un ministre féru de culture. Nous lui diiions : N'improvisez pas : faites un plan d'ensemble. D'abord, envoyez vos jeunes gens étudier à Paris sans qu'ils brisent tout contact avec les choses de leur pays. Paris est un centre d'attraction esthétique très séduisant. Empêchezles île se déraciner. Faut-il exiger d'eux des études historiques que nous n'en serions pas surpris. Vous en avez certainement le droit. Pour qu'ils ne fee tournent en dilettantes, il est excellent qu'ils sachent de qui ils sont les fils. Leurs études terminées, ne les laissez pas vous échapper au gré de leur fantaisie. Offrez-leur une place dans un conservatoire gratuit, que vous fonderiez à mesure que vos jeunes gens vous reviendraient de l'étranger. Voilà l'engrenage parfait qui ne déclasse personne, et qui, sans heurt, sans secousse, nous donnerait en dix ans l'élite nécessaire, avec le noyau que nous avons présentement.

Insistons sur ceci qu'il nous faut une élite bien à nous, nationale pour tout dire. Des incidents désagréables viennent tous les jours confirmer cette nécessité. Nous savons que c'est un point délicat et qu'il ne faut pas envenimer des débats dangereux. Mais nous osons dire que cette hargne anticanadienne dont il est douloureux que des Français nous donnent lé spectacle, en se prolongeant, nous rendrait totalement injustes envers la France qui reste la source inépuisable de toute notre supériorité intellectuelle et esthétique, Ces manques de tact seront

vis au goût du public et qu'il fallait lui donner de l'eau claire. Une contagion de lyrisme et de cabotinage gagna une partie de nos jeunes débutants. Il fallut encore jeter un beau rêve à la mer. Cette parenthèse veut aussi prouver que l'inertie nationaliste ou indigéniste (voir plus haut) est une grande innocente à côté d<-s autres inertie?.

rendus impossibles par la formation de professeurs, d'artistes de chez nous.

Nos artistes ont-ils bien servi jusqu'à présent la cause qu'ils avaient embrassée? Nous croyons que oui. Nous avons eu généralement de vraies vocations artistiques. Un certain courage n'est pas de trop en notre pays, pour affronter une carrière peu rémunératrice et un peu méprisée comme telle. A part les discussions écolâtres. entre l'esprit académique des aînés d'une part, révolutionnaire des jeunes d'autre part, qui font d'eux des frères ennemis, ils ont été et sont encore généralement de laborieux initiateurs, de consciencieux propagateurs de bon et bel art. On ne peut songer sans émotion aux vides tragiques qui se sont faits autour de quelques-uns d'entre eux. Ils s'étaient donné une tâche ingrate, plus fertile en désillusions que d'autres; ils ont lutté contre l'impossible. Ils ne furent pas toujours des sages : mais il n'en peut être autrement de gens qui sentent vivement et pour qui la vie est rarement une comédie. 1

Cette phalange où brillent quelques noms héroïques a rallumé des flambeaux qui s'éteignaient toujours. Nous ne les renions pas. Ils furent d'un autre temps, mais nous donnerons le même spectacle à ceux qui viendront après nous. Ceux d'aujourd'hui se plaignent quelquefois assez violemment que nos bourgeois soient plus épais qu'ailleurs. Mais malgré ces gros mots, ils n'en cherchent pas moins honnêtement à les civiliser. Ils ne veulent pas les étonner par le paradoxe d'une vie de bohème, mais par une dignité professionnelle, par un souci de probité artistique qui leur en imposent.

1 II est peut-être inélégant de parler ainsi de «a famille artistique : mais c'est là de l'histoire impersonnelle.

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On les accuse quelquefois d'être des parasites et souvent des corrupteurs. C'est une légende exotique qui s'appuie sur le succès scandaleux et vulgaire des pitres et cabotins que la démocratie se donne pour idoles. Les vrais, les grands artistes, les sincères, aiment et veulent le sérieux de la vie. Ils en connaissent le poids comme tout le monde et ne s'en plaignent ni ne s'en étonnent.

Ils demandent qu'on les reconnaisse comme des valeurs sociales et qu'on leur donne, dans la nation, la place qui leur convient, non comme amuseurs mais comme éducateurs.

Ils voudraient que ces paroles d'un personnage de Bourget fussent dans tous les cœurs : « N'ayons pas peur de la beauté, n'ayons peur que de nos péchés ».

Arthur Latjrendeatj.

Mille abonnés nouveaux

Nous rappelons que le prix de notre abonnement, pour faire face aux difficultés actuelles, devrait être fortement élevé. Comme nous ne voulons pas recourir à ce moyen, pour le moment du moins} nous demandons à nos amis de nous trouver mille abonnés nouveaux ce qui sera un autre moyen d'équilibrer notre budget. Que chacun veuille bien y mettre la main, et nous aurons rapidement ce millier d'abonnés nouveaux.

Que l'on veuille bien aussi régler les arrérages, encore beaucoup trop nombreux, et ne pas nous obliger à d'inutiles frais de recouvrement. Ceux-ci ont bientôt fait de manger dix, quinze ou vingt pour cent d'un abonnement déjà inférieur à ce qu'il devrait être. On voudra nous épargner ces dépenses qui ne bénéficient à personne.

Et que chacun se demande aussitôt : Suis-je en retard ? Un bon moyen de se faire pardonner son retard, c'est de joindre à ses arrérages le prix d'un ou plusieurs abonnements nouveaux.

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