L'OUVRIER
Il faudrait beaucoup d'audace pour venir dire à l'Action française ce que les travailleurs manuels de la présente génération peuvent faire pour la cause française et catholique. La presque totalité des ouvriers au-dessus de trente ans dans notre province ne peut, ma foi, faire plus que de préserver la langue des aïeux et de vivre une foi profonde quoique inconsciente. Exiger plus c'est imposs'ble. Ceux que l'on dit même être des « chefs » parm' eux, sont inaptes à promouvoir ou à défendre les intérêts du français et de ]a religion catholique.
Les chefs en question sont ceux des syndicats internationaux neutres qui, malheureusement, couvrent notre province. Ils sont les esclaves d'une mentalité faussée qui vicie, à son tour, celle des travailleurs qui subissent leur direction. Et, cela se comprend, ces syndicats internationaux croupissent eux-mêmes dans une inertie absolue relativement à la protection cves droits de notre race. Bien plus, le syndicalisme infernat'-onal est l'un des pires ennemis qiîe tout notre peuple doive craindre.
Il n'y a donc pas de service à attendre de ce côté. Heureusement que nous voyons enfin sortir des quatre coins de notre sol le syndicalisme catholique. Dans notre propre ville de Montréal, envahie par 'internationalisme, il prend des développements plus qu'encourageants. Si bien que déjà les pouvoirs publics ont dû reconnaître qu'il faut compter avec lui. Bien qu'encore débutante, l'action
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syndicale catholique, dans le domaine public, est d'ores et déjà bien établie pour tenir tête à l'action syndicale neutre.
Mais voyons tout de suite comment, indépendamment des syndicats, les ouvriers peuvent, individuellement, servir la cause française.
L'homme qui travaille de ses bras ne peut certainement pas donner la somme de dévouement, de sacrifices et d'efforts qu'on est en droit d'attendre de celui dont c'est le cerveau qui travaille. Quoique moins avantagé et, moralement, moins obligé que ses compatriotes plus cultivés, l'ouvrier canadien-français, pas plus que n'importe qui, ne peut se dérober au devoir d'aimer sa langue maternelle. S'il ne la parle pas très correctement, il se doit une certaine fierté de lui faire place d'honneur partout où l'occasion s'en présente. Qu'il la parle seulement comme il l'a apprise dans sa famille ou à l'école, peu importe, mais il doit la parler toujours avec courage.
Par exemple au travail, soit à l'usine, à l'atelier ou sur le chantier, qu'il brave les sottises des lâcheurs en désignant dans sa langue tous les outils et objets qu'il emploie. Qu'il fasse plus s'il est courageux : qu'il demande par voie de pétition aux directeurs de l'entreprise où il est, que tout avis, affiche ou règlement soit imprimé en français comme en anglais.
Malheureusement, pour ce qui regarde les outils et autres choses dont l'ouvrier se sert pendant le travail, il y a une lacune : il ne connaît pas tous les termes français désignant ces articles. L'anglicisme fourmille dans toutes les industries, tout comme dans le commerce. Beaucoup d'ouvriers utiliseraient avec profit un manuel spécial, contenant tous les mots techniques et autres termes professionnels se rapportant aux divers métiers de chaque industrie. Ce livre étant encore à naître, l'ouvrier désireux
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cependant de perfectionner son langage professionnel, pourra y parvenir en fréquentant l'école technique. Mais l'utilité du manuel, dont la publication est désirée, persiste, parce que tous les métiers ne sont pas encore enseignés dans nos écoles techniques, que la fréquentation de celles-ci n'est pas à la portée de toutes les bourses.
Mais cela ne doit pas être un obstacle à l'artisan très soucieux de se donner une formation professionnelle qui ne laisse rien à désirer. L'école technique, est pour lui l'indispensable moyen d'acquérir la supériorité à laquelle il aspire. Aussi ce doit être le but à atteindre pour tous les ouvriers canadiens-français. Leur réputation d'artisans vigoureux et endurants est mondiale; ils ne devraient avoir rien à ( n\ ier à personne en matière de connaissances théoriques. Ils possèdent bien la pratique, mais avec plus de théorie ils acquerront plus d'habileté. Or voilà l'un des principaux moyens que nos travailleurs doivent, en aussi grand nombre que possible, se hâter de posséder. Cela, non seulement pour leur avancement personnel, mais pour le bien général de notre province. Comme elle s'industrialise rapidement depuis la fin de la guerre, il faut que nos ouvriers soient prêts à lui fournir toutes les compétences voulues dans le domaine industriel, afin que ce soient eux et non des étrangers qui remplissent les positions de contremaîtres et de surintendants.
N'est-ce pas que c'est notre nationalité qui en bénéficiera, si nos ouvriers se dirigent nombreux vers les écoles iques '.' Que constatons-nous au contraire : de l'aveu des professeurs, ce boni les jeunes Anglais et Juifs qui abondent le plus à notre école technique de Montréal. N'est-ce' pas déplorable dans une ville en grande majorité française? Qu'est-ce qui retienl donc notre jeunesse éloignée de cette institution de progrès? La paresse? Non,
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Mais c'est le cinéma, l'insouciance et le manque d'idéal. Cela s'explique facilement. Elle souffre elle aussi de notre mentalité de coloniaux, de vaincus. Le manque d'émulation chez nos jeunes ouvriers provient aussi de l'apathie de leurs frères plus âgés, assujettis à l'américanisme ouvrier. Réagir doit donc être le mot d'ordre. Une campagne de presse s'impose. Il faut dire aux parents leurs devoirs et, à la jeunesse qui s'amuse, apprendre ses intérêts. Oui ! que notre jeunesse ouvrière ouvre donc les yeux et qu'elle comprenne que, si elle veut, avec sa formation bilingue, dans notre province, elle emportera le morceau dans le domaine industriel.
Mais, de la part d'ouvriers intelligents, sérieux, jouissant d'une compétence professionnelle parfaite, nous comptons sur un plus grand service. L'ouvrier qui est devenu une valeur dans son métier se doit aussi de devenir une valeur comme citoyen. Il doit, surtout dans son syndicat, être un dirigeant éclairé. Bref, il lui incombe d'être une compétence sociale. Cela ne veut pas dire que tous les ouvriers qui veulent remplir ce rôle doivent être des orateursnés, mais des hommes bien pensants, au jugement sûr et bien renseignés. Parfaire leur instruction, augmenter leurs connaissances, apprendre à observer les faits, en chercher la cause immédiate ou lointaine et prévoir leurs conséquences, c'est un travail aride et urgent, que trop peu de nos ouvriers font et savent faire. Pourtant c'est un travail indispensable. Acquérir cette compétence, c'est une responsabilité que doivent accepter tous les ouvriers consciencieux et bien nés. L'ère de démocratie actuelle le leur commande. Nous sommes à une époque où il faut des hommes de volonté à tous les rangs de la soc'été, des hommes développant en eux une indépendance d'esprit et le sentiment d'une responsabilité personnelle. La quantité tend trop à sup-
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planter la qualité; il faut que la qualité, à tous les échelons de l'échelle sociale, garde sa place : celle de la direction.
Comment nos ouvriers sérieux acquerront-ils ces 'qualités, et, s'ils se rappellent qu'ils sont Canadiens français et catholiques, où prendront-ils leurs connaissances? Le seul grand moyen de posséder les unes et les autres, c'est l'étude, l'étude attentive qui, étant fructueuse, augmente la volonté, fortifie et multiplie les idées, assainit le jugement et élargit l'horizon intellectuel. Mais c'est d'abord soimême et sa race qu'il faut étudier, avant celle d'autres peuples; c'est notre histoire qu'il faut apprendre et ce sont nos institutions à nous qu'il faut connaître. L'on peut ensuite porter ses regards ailleurs pour établir des points de comparaison; mais ne commettons pas l'imprudence de connaître les autres peuples avant d'avoir appris la raison d'être du nôtre et les pourquoi de notre histoire.
Que cela soit particulièrement la ligne de conduite de ceux de nos syndicalistes internationaux, dont le champ de vision mentale n'est pas encore uniquement contenu entre les œillères du tra de-union isme américain, dont l'intelligence n'est pas totalement dépourvue de toutes préoccupations d'ordre national, et en qui subsiste quelque souci sincère de nos intérêts les plus chers, comme peuple cathol'que et français. Ils parviendront à comprendre ainsi la destinée de notre nationalité en cette terre d'Amérique. Ils comprendront la large part de concours que, en particulier, les travailleurs syndiqués pourraient et devraient donner à la défense de nos droits traditionnels. Trop peu d'ouvriers se rendent compte de la valeur de notre langue comme gardienue de notre foi.
Pour pïéserver la langue française contre l'anglicisation e1 la foi catholique contre les dangers de la neutralité, les syndicats internationaux sont malheureusement impro-
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près et impuissants à rendre aucun service. Au contraire leur action syndicale publique est très pernicieuse. Vivant dans une atmosphère antipatriotique, gu'dés par une fausse conception des problèmes économiques et ne tenant nullement compte des principes vitaux : moraux et sociaux, sur lesquels doit s'édifier le bon ordre social, les syndicats internationaux mettent chaque jour davantage en réel danger, chez nous et dans tous les pays, le double enseignement de la foi catholique et de la langue française.
Depuis longtemps ne réclament-ils pas l'école obligatoire qui conduit à l'école neutre et ne voilà-t-il pas que, depuis deux ans, ils demandent l'école « nationale )) qui fait lever le spectre de l'école anglicisante et protestantisante.
Oh ! il faut qu'une prompte et énergique réaction se produise au sein de la classe ouvrière canadienne-française. Il est plus que temps de sonner l'heure du réveil et de rallier les cœurs généreux. Il faut que ces derniers acceptent la dure mais noble tâche de repousser au moins hors de notre coin de terre, le fléau de l'internationalisme américain, avec son cortège d'idées matérialistes et antinationales. Mais ces lutteurs, ces sauveurs auront à combattre trois autres plaies redoutables qui gangrènent nos syndiqués internationaux : la neutralité religieuse, l'infiltration socialiste, l'emprise de la politique.
Mgr L.-A. Paquet disait ici, il y a deux ans: «Les unions neutres sont pleines de risques pour la vraie foi et les intérêts catholiques », elles sont « les serres chaudes du socialisme canadien » 1 Ces déclarations sont justes dans
1 L' Action française, janvier 1918.
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toute leur vigueur. Depuis vingt-cinq ans et plus la neutralité religieuse, dans les unions ouvrières de cette province, n'a fait voir aux travailleurs qu'un moyen économique d'améliorer leur sort « matériel )) : salaire, conditions de travail. Or c'est contre des intelligences matérialisées et un sentiment religieux affaibli et parfois complètement disparu qu'il faut dresser des apôtres de la vérité.
Oui, il faut] des apôtres ouvriers pour démontrer à leurs camarades que la neutralité est une forme du libéralisme doctrinal condamné par l'Église, et que c'est pour cette raison qu'Elle l'a déclarée un « principe faux et dangereux ». Qu'un catholique ne s'étonne donc pas de cette proscription. Il est facile de notre temps de prouver aux sjmd'qués neutres la voie fausse qu'ils suivent. Insistons sur ce fait qu'aujourd'hui les syndicats ouvriers exercent une influence réformatrice dans la société. Leur participation à la chose publique en fait preuve. Alors si ce n'est l'enseignement social catholique qui les guide, lequel les inspirera ? Quoi que l'on dise, l'homme, pour agir puise ses idées quelque part. Eh bien ! l'ouvrier syndiqué neutre, s'il est catholique, les prend, à son insu, dans un enseignement contraire au sien. C'est dans un enseignement qui se superpose au matérialisme qu'il subit déjà; c'est dans celui qui lui vient de deux côtés à la fois : le protestantisme et le socialisme. Quoi qu'il fasse, il est incapable d'empêcher son esprit d'ingurgiter inconsriomment im certain mélange de ces deux doctrines.
Et ce qui arrive, c'est la tendance à -vouloir tout résoudre par les seules lumières de la raison. On veut « humaniser » l'industrie, mais on ne songe pas que pour cela il faut s'appuyer sur des lois morales immuables. On veut « démocratiser » l'industrie mois c'est toujours en faisant iiriervenir 'l'Etat, sans penser à changer les mœurs. Que
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ceux des ouvriers qui peuvent se livrer à l'apostolat fassent donc comprendre à leurs camarades que les rouages de 1' ndustrie contemporaine : les relations entre le capital et le travail, ne pourront s'harmoniser tant que patrons et ouvriers ne posséderont pas plus de moralité consciente et vécue.
Accordons cependant avec Léon XIII que « les manquements du patron à ses devoirs livrent l'ouvrier aux séductions corruptrices, l'amènent à manquer à ses devoirs et le conduisent à la violence ». 1 Rien ne doit empêcher pourtant les élites ouvrières de travailler à réprimer les tendances pernicieuses des groupements qu'elles dirigent, d'assainir leurs forces morales collectives et, partant, de leur faire acquérir plus de virilité digne. Ne sait-on pas que Dieu a souvent aimé se servir des humbles pour faire dans la société ce que de plus grands qu'eux n'ont pas su ou n'ont pas voulu faire ? Que nos ouvriers comprennent donc que, tant qu'ils ne se donneront pas eux-mêmes plus de supériorité morale et intellectuelle, la lutte brutale, la lutte par la grève entre le capital et le travail et entre les classes, se prolongera toujours en s'aggravant. Et pendant ce temps, le socialisme sans Dieu, refuge des désespérés, se répandra à fond de train sur la classe laborieuse de notre province.
Si l'on savait comme cette infiltration socialiste est déjà grandement facilitée par l'emprise qu'exerce la politique sur une forte partie de nos ouvriers canadiens-français. Les syndicats internationaux, qui les groupent nombreux, sont devenus les « serres chaudes du socialisme )) en notre province, surtout depuis qu'ils ont formé un Parti ouvrier, avec la coopération officielle des socialistes. Désormais, lès
1 Encyclique Rerum Novarum.
préjugés » qui existaient entre unionistes et socialistes )) vont (( disparaître ». La fusion va s'opérer à l'avantage de qui ? des socialistes pour qui la politique est la fin propre, afin de renverser l'ordre social existant. Et au détriment de qui ? des syndicalistes pour qui un parti politique est le suprême danger. Danger il y a, non pas seulement parce que ce paiti va s'édifier sur des principes cuisinés par les socialistes, mais parce que la participation à un parti politique est tout à fait contraire aux intérêts primordiaux des syndicats professionnels.
La politique partisane paralysera le développement des syndicats et diminuera leur efficacité économique et sociale. L'orientation actuelle des syndicats internationaux doit être contrecarrée dans l'intérêt national même et dans l'intérêt particulier de notre province. Concentrant leurs activités plus spécialement sur le terrain industriel, ils parviendront à une pleine expansion dans chaque industrie et à plus de stabilité dans les progrès réalisés. Et les dirigeants de tels syndicats, oublieux d'ambition politique personnelle, se spécialiseront dans la connaissance et la solution des problèmes industriels.
Mais perfectionner ces syndicats en conformité avec le principe duquel ils sont nés : amélioration des conditions de travail par voie de négociation, servirait à fort peu de chose, s'ils restaient « subordonnés » au syndicalisme américain, si leurs chefs demeuraient des subalternes des exécutifs internationaux. La province de Québec est en train d'être industrialisée de façon intensive par des capitalistes anglais et américains. Ce qui va entraîner un accroissement très considérable de nos forces synd'cales. Ne serait-il pas funeste aux intérêts économiques et sociaux de notre peuple de voir ces nouvelles forces ouvrières passer aussi dans les serres du trade-unionisme américain ?
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Ne serait-ce pas aussi le dernier coup porté pour l'annihilation complète chez nos travailleurs syndiqués de l'esprit d'indépendance et d'autonomie et du sentiment de confiance en soi ? Il importe donc qu'ils ouvrent très grands les jreux, et orientent rap' de nient les sjTidicats internationaux vers la prise de possession de leur destinée en terre canadienne.
Si cela s'accomplissait, notre race serait certes redevable à ces derniers d'un service appréciable. Mais ils ne se seraient pas encore identifiés à tous ses intérêts vitaux. Une autre étape reste à franchir : devenir des syndicats catholiques.
Que nos ouvriers, fermement attachés à l'Église, mais qu'effraie cette forme d'association, veuillent donc bien comprendre que leur foi, de nos jours, sur ce continent américain, en ce pays anglais et protestant, ne peut plus être efficacement préservée et vécue sans les sj-ndicats catholiques ! Qu'ils comprennent que, si nous tenons à ce que la religion de nos pères soit aussi la religion de nos enfants, il nous faut prendre les moyens d'assurer notre survivance ethnique. Qu'ils sachent enfin que notre race est arrivée au moment angoissant où il n'y a plus que dans notre province que nos droits de minorité française catholique sont respectés, et sur le point d'ailleurs de subir les pires assauts.
Ce ne sont que des syndicats catholiques qui peuvent coopérer avec nos autres forces sociales à l'œuvre du salut commun.
Une autre bien grave raison commande aussi aux ouvriers d'organiser des syndicats catholiques. L'Église leur prescrit de s'associer ainsi dans le monde entier, pour que leur action syndicale s'exerce à la lumière de ses principes éternels et parce que, par ces principes, Elle veut
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réaliser le régime industriel démocratique chrétien, dont le monde du travail a besoin.
Voilà la haute conception de la doctrine sociale catholique dont nos ouvriers doivent se pénétrer, s'ils veulent remplir chez nous la mission providentielle qui leur est assignée.
Mais peut-on bien servir une noble cause qu'on ne connaît pas ou que l'on connaît mal, ou sans esprit de dévouement et sans faire don de soi-même ? Peut-on servir une cause sacrée, sans apôtres, sans héroïsmes ? Cela peut sembler hardi, mais voilà ce qu'il faut demander aux travailleurs manuels : des hommes très renseignés, des apôtres très généreux. Eh ! bien ces hommes sont à former. Le travail est heureusement commencé. Depuis ces tout derniers temps, dans les principaux centres de la province, des cercles d'études ouvrières procurent l'entraînement nécessaire aux braves âmes qui veulent s'y soumettre. Mais il en faut plus qu'on n'en a et, pour cela, il faut multiplier les cercles. L'œuvre à accomplir est si vaste et la classe ouvrière si considérable, qu'on n'aura jamais trop d'apôtres pour travailler celle-ci dans toute sa masse.
Dans une ville comme Montréal, qui subit fortement l'influence dissolvante de l'américanisme sous toutes ses formes, on ne poura pénétrer en tout sens cette masse ouvrière que par de nombreuses assemblées de propagande, une abondante diffusion de littérature sociale catholique, et surtout par la fondation d'un journal ouvrier, principalement rédigé par des élites ouvrières et mis à la portée de tous. Nous sommes heureux de dire que nous commençons à compter de ces élites parmi les rangs ouvriers de notre métropole. La réalisation du programme ci-dessus est déjà chose commencée. Depuis surtout janvier dernier les propagandistes du Cercle Léon XIII ont tenu, par mois, pas
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moins de trois assemblées de propagande et d'organisation, dans les différentes paroisses. Et ce cercle, qui n'existe que depuis deux ans, a déjà mis debout quinze syndicats qu'il vient de constituer en « Conseil Central ». Ceci est le moyen qui permettra avant longtemps d'ajouter à la propagande par la parole, la propagande par le journal.
Commencé plusieurs années plus tôt, dans les autres parties de la province, le mouvement syndical catholique y a pris beaucoup plus d'ampleur. Québec, en 1918, eut l'honneur d'avoir la première session du « Congrès des Unions nationales et catholiques ». Trois-Rivières fut favorisée de la deuxième. La troisième aura lieu prochainement à Chicoutimi. Les vingt-sept syndicats qui étaient représentés au « congrès )) de Québec seront plus que triplés à Chicoutimi. De même les premiers dix mille syndiqués catholiques sont passés à trente-cinq mille cette année.
Évidemment l'avenir est au syndicalisme catholique dans notre province. Mais la province comprend Montréal. C'est le château-fort du syndicalisme international neutre. La Fédération Américaine du Travail qui vient d'y tenir ses assises en fait preuve. La lutte ici sera ardente et longue. Heureusement, des cœurs généreux et des esprits courageux se préparent en conséquence, aidés du profond savoir et des vues larges d'un prêtre dont le dévouement ne se compte pas. Oh ! ce qui met surtout en eux une confiance invincible dans la victoire, c'est la piété qui enveloppe leurs études, tient haut leur courage et leur apprend les desseins de Dieu sur chacun d'eux.
Mais la lutte à faire ne pourrait-elle pas être acilitée dans la génération qui grandit en la transportant, sous 'orme de propagande, à l'école primaire et au collège ? Pourquoi n'y donnerait-on pas à petites doses, en des
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leçons de choses, l'enseignement social catholique ? Quelle excellente préparation ce serait faire en faveur des syndicats catholiques, dans les cerveau de nos futurs travailleurs et de nos chefs d'industrie de demain ! Le mouvement ouvrier américain a ses « Erickson Clubs», où l'on enseigne, en les amusant, aux enfants ouvriers, l'histoire et les principes du « Trade-Unionisme ». Plusieurs « unions internationales » ont même leurs propres écoles où vont les enfants de leurs membres. Avant que les syndiqués internationaux de Montréal tentent d'imiter ici ces institutions, pourquoi ne pas aller de l'avant ?
Qu'on ne l'oublie pas, nous n'inculquerons à notre peuple travailleur un esprit régénérateur et un sens catholique social vivifiant qu'en employant tous les moyens que commande une sage clairvoyance !
Alfred Charfentier,
ouvrier briqueteur.