POUR JUIN
L'encombrement des matières nous contraint de remettre an mois de juin plusieurs articles préparés pour ce numéro, notamment une Chronique d'art et notre Partie documentaire (affaire Lennox).
Nous avons le plaisir d'annoncer qu'à l'occasion du cinquantenaire de l'entrée du Manitoba dans la Confédération, nous publierons dans ce même numéro deux articles importants : l'un, de Mgr Béliveau, archevêque de Saint-Boniface, l'autre, de M. Noël Bernier, président de l'Association d'Éducation du Manitoba.
Que les commissions scolaires n'oublient point notre SERVICE DE LIBRAIRIE.
A TRAVERS LA VIE COURANTE
UifldUStyic Le Journal d'Agriculture publiait, dans son
des COTlS£TVeS numéro d'avril 1920, deux pages illustrées con-
sacrées à nos fabriques de conserves les plus importantes. La plupart appartiennent à des Canadiens français. Et c'est avec joie que nous avons lu des étiquettes comme celles-ci : Tomates : La -perle de Chambly — Fèves en cosse : Vallée du Richelieu — Moutarde aux fines herbes — Oignons blancs, etc. Les étiquettes vraiment françaises sont cependant l'exception. Telle grande maison de Québec, par exemple, non contente de se parer d'un nom anglais : Québec Presening Ltd, appelle ainsi ses produits : Favorite Toniato Catsup, Favorite Pure Raspberry Jaw, etc. D'autres commencent bien : Vallée de la montagne, et sur la figure qui représente le légume en conserve : Délicieuse, mais au bas : Tomatoes et au verso : Packed by Mount St Bruno Cannery. On en voit même qui ne faiblissent qu'à la fin : Fèves au lard : La Cie alimentaire St. Barthelemi, operated by Minoterie St-Laurent Limitée.
Et c'est ainsi que nous popularisons dans les familles des mots anglais au détriment des mots français. Et c'est ainsi aussi que beaucoup de nos bonnes industries sont mises au crédit des autres. Si un recensement exact pouvait être fait de toutes les entreprises dirigées par des Canadiens français, on serait étonné de leur nombre et de leur valeur. Et du coup notre réputation d'inhabileté commerciale et de sujétion économique disparaîtrait en partie. Que chacun des nôtres ait la fierté de se montrer sous ses vraies couleurs : ses affaires n'y perdront rien et notre nationalité y gagnera énormément.
Ch€Z tîOS Cette substitution injustifiable du mot anglais au
ëTOiflieTS mo* ^ranca's Pour désigner dans notre propre langue différents objets d'usage courant se répand aussi chez les cultivateurs. Les grainiers qui leur fournissent les semences nécessaires en sont responsables. Ils vendent différentes espèces de graines pour un même fruit ou un même légume. A chacune il faut un nom spécial. Et nous avons ainsi l'oignon Prizetàker, le haricot Webber, les pois Canadian Beauty, le chou Sure-Heaà, le concombre Fordhook, la
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betterave Crosby, le blé-d'Inde Country Gentleman, la carotte Main Crop, le champignon Pure Culture, le céleri Winter Queen, la fève Horiicultural, la laitue Way Ahead, le melon Honey Dew, la citrouille Luxury, la patate Irish Cobbler, le tabac Comstoch Spanish, le blé Five rouge, etc., etc.
La plupart de ces mots pourraient être traduits en bon français. Notre langue possède des termes correspondants. Pourquoi ne pas les employer? Un travail partiel a déjà été fait dans ce sens. Il existe des catalogues de maisons françaises : Déry, Dupuy et Ferguson, et même de maisons anglaises : Ewing, où un bon nombre de mots français ont remplacé, dans l'édition française, les mots anglais. Ceux-ci cependant sont encore trop nombreux. Il serait facile de les faire disparaître. Nous espérons que ces maisons réaliseront ce progrès dans leur catalogue de 1921.
Publicité Puisque nous sommes sur ce sujet, signalons les
fïaflCCliïe excellents résultats obtenus dans une importante maison anglaise de l'Ouest par un Canadien français tenace. Entré en 1918 chez Christie Grant de Winnipeg, M. Albert Béland s'occupa sans tarder d'y établir une publicité dont bénéficieraient ses compatriotes. En attendant le catalogue général qu'il espère pouvoir publier bientôt, il a répandu de nombreuses circulaires et assuré un excellent service en français. « Chaque fois, écrivait-il récemment aux Canadiens français de l'Ouest, que vous vous servez de votre langue maternelle pour faire vos commandes et votre correspondance avec les maisons anglaises — outre que vous usez de votre droit — vous faites aussi un beau geste, car vous aidez à ceux qui parlent votre langue et de plus vous créez des positions pour d'autres employés de langue française. Un bon coup d'épaul», mes amis ! Donnez la préférence aux maisons de commerce qui s'occupent de vous. Adressez-moi toutes vos commandes et vos demandes d'informations toujours en français, et je vous prie d'être assurés que je ferai mon grand possible pour vous donner entière satisfaction. »
M. Béland, et la maison qui a retenu ses services et autorise sa propagande, méritent nos félicitations. L' Action française les leur offre bien sincèrement.
Au fïlinistèïC Nous serions heureux de pouvoir en faire
d,6S fiîîClHCdS autant pour le gouvernement fédéral. Mais il
semble s'attacher de plus en plus à ignorer la
langue française. Après l'incident Dussault qui mettait en si mauvaise
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posture le ministère de la milice, voici l'incident Leclaire où éclate la malveillance du ministère des finances. Parler anglais ou se taire, telle semble être l'attitude adoptée actuellement par ce ministère. En effet, le 26 janvier dernier, M. Alphonse Leclaire, citoyen bien connu de Montréal, recevait du commissaire fédéral des taxes un long document rédigé uniquement en anglais et lui enjoignant de répondre à différentes questions avant le 1er mai. Sinon, une amende de $10.00 par jour lui serait imposée.
Sans s'émouvoir de cette façon par trop cavalière de procéder, M. Leclaire prit tranquillement sa plume et répondit de façon fort courtoise : « Je reçois aujourd'hui une lettre de vous avec des blancs. Ils eont en anglais (par erreur sans doute). Cette lettre est datée du 2 janvier. Vous seriez bien bon de m'envoyer un duplicata du tout en français, et je serai alors en mesure de vous répondre. »
L,CL politÏQUC - Les jours s'écoulent et le ministère ne donne du silence aucun signe de vie. Le 16 février, M. Leclaire se
décide à écrire une seconde lettre : « Le 26 janvier dernier, je recevais une lettre de vous en anglais. Le même jour je vous écrivais vous priant de m'envoyer le tout en français pour que je puisse vous répondre sans retard. Je n'ai pas encore de réponse. Je crois comprendre que votre lettre contient des menaces si je ne me conforme à votre demande. Je vous prie de nom eau de me donner les moyens de m'y conformer. »
Le croirait-on? Dans un pays civilisé comme le nôtre, au lendemain de la victoire sur « la barbarie », c'est le silence, un silence méprisant et perturbateur de l'ordre, que les officiers du gouvernement opposent à une telle demande. Mais ils ne gagneront pas leur point. Les circonstances ont voulu qu'ils eussent affaire à un Canadien français fier et tenace. De nouveau, le 19 mars, M. Leclaire écrit au commissaire fédéral : « En réponse à votre lettre datée du 2 janvier, mais reçue seulement le 26 du même mois, je me suis empressé de vous écrire le même jour, vous demandant de me faire connaître en français la teneur de votre lettre écrite en anglais, et de m'envoyer des blancs en français, vous assurant d'une réponse immédiate. Xe recevant pas de réponse, je vous réitérais, le 16 février, la même demande, sans plus de résultat. Dois-je conclure que le fait d'appartenir à « la race supérieure » vous exempte «le la nécessité de comprendre plus d'une langue, ainsi que de la loi de bienséance qui exige une réponse à toute lettre, surtout quand
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elle vous est adressée à votre sollicitation? Dois-je m' adresser directement au ministre des finances ou à un autre membre du gouvernement ? »
AUX députés Le 22 avril, quand ce dossier nous a été remis,
d'OëîT Ottawa n'avait pas encore bronché. N'avions-nous
pas raison d'insister dans notre dernière chronique pour que nos députés fédéraux protestent contre la situation faite à notre langue ? Ce sont de tels dénis de justice qui sapent peu à peu nos droits. Les tolérer c'est accepter la mort.
Pierre Homier.
5 mai 1920
Pour Jeanne d'Arc — L'Action française n'a pas voulu laisser passer sans une manifestation particulière la canonisation de la grande sainte française. Le 16 mai, le jour même des fêtes de Rome, une imposante cérémonie religieuse a été organisée, à sa demande, en l'église du Saint-Enfant- Jésus de Montréal, paroisse de M. l'abbé Philippe Perrier, l'un des membres de son comité directeur. Le R. P. Joseph Papin Archambault, S.J., a prononcé à cette occasion une importante allocution où il a fait ressortir les grandes leçons que comporte pour nous Canadiens français la vie de Jeanne d'Arc, en même temps qu'il montrait la dette particulière que nous lui devons. Une foule très considérable assistait à cette cérémonie. Le même soir, M. l'abbé Perrier parlait de Jeanne d'Arc dans une grande réunion convoquée par Y Association de la Jeunesse.
Tout indique que la fête de Jeanne d'Arc deviendra très rapidement populaire au Canada.
Pour Dollard — Nous notons ailleurs, d'un trait bref, les premiers échos qui nous arrivent des fêtes de Dollard. Il faut ajouter que cellesci auront, le 24 juin, à Montréal, un somptueux prolongement Car c'est ce jour-là seulement qu'à cause de retards inéluctables aura lieu l'inauguration du monument élevé à la gloire des héros par les soins du eomité Dollard. Tous nos amis voudront prendre part à ces l'êtes.
Pour répandre la connaissance des faits héroïques de 1660, pour populariser davantage encore le souvenir des martyrs, nous avons édité en brochurette populaire, dans notre Bibliothèque, les pages du grand ouvrage de Faillon qui forment le récit le plus complet que nous possédions de ce prestigieux chapitre de notre histoire. Cette petite brochure (L'exploit de Dollard) et la conférence de M. l'abbé Groulx (Si Dollard revenait. .) sont des pièces à répandre partout. Elles se vendent 10 sous ($8 le cent, $70 le mille) port en plus.
A l'occasion de la fête du 24 mai, l'Action française a aussi mis en vente une rose artificielle, dite rose de Dollard, qui a obtenu un gros succès. On pourra s'en procurer encore à l'occasion de la cérémonie du 24 juin. S'adresser à notre secrétariat.
Nos publications — Trois volumes considérables : Au service de la Tradition française, de M. Edouard Montpetit (recueil de discours et d'articles), La Vieille Maison (vers), de Mlle Blanche Lamontagne, et Lendemains de conquête, de M. l'abbé Lionel Groulx (texte des leçons professées l'hiver dernier à l'Université de Montréal) viennent de paraître presque en même temps dans notre Bibliothèque. Nous avons donné dans la même quinzaine l'Exploit de Dollard, déjà nommé, la Culture française de M. Henri d'Arles (texte de la conférence de la Bibliothèque Saint-Sulpice) . Nous avons en préparation la Tragédie acadienne du même auteur et quelques autres travaux. On voit que notre service de publications ne chôme point. Nous sommes simplement gênés par la difficulté de nous procurer le papier nécessaire.
Lendemains de conquête et la Vieille Maison sont des livres à 90 sous; Au service de la Tradition française se vend $1; l'Exploit de Dollard et la Culture française appartiennent à la collection à 10 sous. Le port est toujours en plus.
Les abonnements à $6 et fïO — Et ceci nous amène à reparler des abonnements à $5 et $10, institués pour faciliter les commandes de nos amis et qui ont déjà obtenu un gros succès.
L'abonnement à $5 permet la réception, sans commande spéciale, de toutes nos publications, sauf la revue; l'abonnement à $10 permet la réception clos mêmes publications, plus les Canadiana particulièrement
intéressantes publiées ailleurs. C'est ainsi que les abonnés à $10 pourront recevoir les Croquis laurenliens du Frère Marie-Victorin, le nouveau livre de M. l'abbé Guindon : En mocassins, etc.
Le mécanisme est très simple : on souscrit $5 ou $10 et, dès que paraissent les ouvrages, le service de librairie de l'Action française les fait parvenir aux souscripteurs. Si l'on désire renouveler la commande, il suffit de jeter à la poste une carte postale. On voit l'économie de correspondances, de timbres, et de chèques. La souscription épuisée, un avis prévient l'intéressé d'avoir à il renouveler.
Le service de librairie de l'Action française se tient du reste à la disposition de tous nos amis qui désirent se procurer des livres, du pays ou de l'étranger.
Notre concours — Nous sommes maintenant assurés que notre concours d'art dramatique obtiendra un succès considérable. Des écrivains connus nous ont déjà manifesté leur intention de prendre part au concours. Le sujet intéresse beaucoup. L'anglomanie, cela prête aux plus piquantes études de mœurs.
Il suffira de s'adresser à notre secrétariat pour obtenir sur ce concours tous les renseignements utiles.
Nos dossiers — Nous sommes à constituer des dossiers sur la question du français. Nos amis feront bien de nous communiquer le plus de pièces possible à ce propos.
l'mir la propagande. — C'est l'heure de donner un nouveau coup de collier. Les voyages de vacances sont fort utiles pour cela. Il faut augmenter le tirage de la revue et populariser les publications nouvelles.
Et qu'on n'oublie point surtout de solder les arrérages. C'est peu de chose pour chacun, mais beaucoup pour l'œuvre.
Jean Beauchemin.