‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 48 sur 104 · L'ŒUVRE DES TRACTS · texte numérisé non relu

L'ŒUVRE DES TRACTS

Fondée récemment, l'Œuvre des Tracts a déjà publié près de vingt brochures, tirées chacune à au moins 5000 exemplaires et dont plusieurs ont dépassé 10000. Ce qui caractérise cette collection c'est, avec la variété des sujets traités, leur vif intérêt et leur haute tenue morale. Les éditeurs ont voulu évidemment en faire une œuvre. A l'affût des mouvements d'idées dans notre pays, ils essaient de développer les bons et d'enrayer les mauvais. Aussi leurs brochures ont-elles une saveur spéciale d'actualité. Que ce soit sur le terrain religieux, moral, social ou national, ils parlent de choses qui intéressent les lecteurs canadiens, et ils leur en parlent en Canadiens, profondément attachés à leurs traditions et soucieux de répandre la vérité. Voici les titres des quatre dernières brochures : Le Ciné?na corrupteur par l'avocat Euclide Lefebvre; La première semaine sociale du Canada, par le R. P. Archambault, s.J.; Sainte Jeanne d'Arc par le R. P. Chossegros, s.J.; Appel aux ouvriers par un ouvrier : Georges Hogue.

L'Appel aux armes

Si l'espace ne nous était mesuré, c'est toute la Chronique d' Ottawa > parue sous ce titre dans le Devoir du 12 juillet 1920, que nous voudrions reproduire ici. Placé par la confiance de ses chefs à un important poste stratégique, dans la province voisine, le jeune journaliste canadien, à l'instar du héros des Oberlé de Bazin, monte sur une colline pour s'emplir les yeux du pays natal. Il se laisse d'abord pénétrer par le vent qui vient de l'est, qui «a ramassé sur son passage le souffle de notre race», mais la nuit lui apporte bientôt d'autres émotions :

« Une rumeur sourde naît, se développe et grandit; on dirait les flots de la grande mer anglo-saxonne qui vient battre, à nos pieds, dans la nuit, son ressac formidable sur les falaises du petit îlot français. Elle revient à l'assaut', constamment, avec toutes ses marées, s'agite dans des colères furieuses, enfle des vagues pesantes et onduleuses qui se brisent sur les rochers, éternellement. C'est ici le point de rencontre de deux

330 l'action française

civilisations qui se heurtent et s'opposent sans se lasser jamais, c'est ici le lieu où se livre le duel farouche et implacable. Ils sont là autour de notre race, autour de la province de Québec, 120,000,000 de Saxons qui n'ont pu nous vaincre, nous assimiler, qui trouvent toujours en face d'eux les résistances inflexibles. Et notre race garde toutes ses idées, jalousement, sa religion, sa langue; elle ne veut jamais convenir que les populations étrangères offrent à son âme quelque chose de plus sain que ce qu'elle possède, et les jugeant du haut de son génie, elle les trouve inférieures à elle-même. Quelle belle bataille pour une âme de Français, quelles rencontres chevaleresque où l'esprit se révèle supérieur à la matière, quelles escarmouches où la disproportion des forces stimule jusqu'à l'infini notre force et notre audace, exalte jusqu'à l'ivresse nos désirs de sacrifice et de victoires merveilleuses ! »

Et l'auteur, M. Léo-Paul Desrosiers, termine par cette page superbe qu'il faudrait conserver pieusement pour la relire aux heures de défaillance :

« Car l'ennemi veille, toujours prêt à bondir. Sur cette haute terrasse, en face de l'abime sombre, voici deux canons accroupis entre les arbres, braqués sur notre pays. Un rayon de lune vient luire sur leurs flancs polis qui s'allongent dans la direction de Québec. Leur gueule sombre est prête à hurler toujours. Et ce tableau prend la valeur d'un symbole. Ne laissons pas notre défaillance douloureuse et notre tristesse s'agrandir; mais dressons-nous plutôt entre les monstres géants pour entonner des dianes retentissantes et farouches, chanter des chants d'orgueil et sonner, sonner jusqu'à la mort, avec ferveur, avec emportement, l'appel aux armes, l'appel aux soldats, les mobilisations de toutes les énergies, les ralliements où l'on se rend les yeux graves et tout le corps dressé par les implacables disciplines.

Comme ils sont beaux, les champs de gloire qui mûrissent dans le tumulte des batailles ! Il nous semble voir, tout à coup, un Roland se dresser de toute sa taille gigantesque, un Roland emplissant toute la nuit et toute l'ombre et tout l'horizon des clameurs de son clairon sonore. Et les gens de mon pays, toutes les âmes ardentes se demandent quelle est cette inquiétude qui perce dans les accents du cor redoublés, pressants, enlevants, surhumains, sonnant tous les tocsins qui se repercutent de ville en ville, de cime en cime jusqu'aux limites les plus lointaines du pays natal.

Ne l'oublions pas, nous sommes condamnés à une bataille immortelle, à un combat sans fin où il n'y a pas de victoire qui soit décisive, de

l'action française 331

défaite qui soit finale. Nous sommes condamnés irrémédiablement à vivre les armes à la main, à dormir avec nos cuirasses sur l'épaule, dans des lits de camp ; nous sommes condamnes à une lutte que la Providence a voulue, nous sommes liés au champ du combat et nous devons être prêts à toutes les alertes. Tel est notre destin de vivre, bottés et le fusil sur l'épaule. Nulle vérité plus que celle-là n'est évidente. Trois millions de Français sont enveloppés par plus de cent millions d' Anglo- Saxons. Espérons-nous garder nos caractères distinctifs sans une volonté bien arrêtée, résister à toutes les infiltrations lentes de mœurs, de coutume et d'idéal, ne pas entendre les voix de l'intérêt, garder la pureté de notre langue et la clarté de notre âme, la splendeur de notre foi, sans une réaction de tous les jours, sans une surveillance âpre, continuelle et minutieuse de tous nos trésors ? Et qui peut dire aujourd'hui que la grande mer anglaise ne recouvre pas un peu de nos rivages, qu'il n'y a pas d'apostasie de cœur, et que nous nous sommes tous bouché les oreilles à toutes les voix tentatrices d'une culture qui ressuscite l'idéal matériel de la Rome antique ? »

La fête de Dollard. — Le Canada français a répondu à l'appel des amis de Dollard. La fête du jeune héros dont s'honore notre race a été célébrée le 24 mai dernier d'un bout à l'autre du pays, et même aux Etats-Unis. Cette date lui appartient maintenant. Elle sera solennisée avec plus d'éclat encore l'an prochain. Un compte rendu des fêtes de cette année, en particulier de notre pèlerinage au Long- Sault, avait été préparé pour cette revue. Un événement imprévu nous oblige à le remettre à la prochaine livraison.

La Saint-Jean-Baptiste. — Comme l'an dernier quelques groupes avaient demandé à Y Action française de lui envoyer des orateurs pour la célébration de notre fête nationale. Nous sommes toujours heureux de répondre à ces demandes. Cela permet de nouer des relations utiles entre notre œuvre et les différents centres qui ont recours à elle; cela nous permet aussi de répandre plus abondamment les idées que nous semons ici. Pour la deuxième fois, la ville de Coaticook nous a fait l'honneur d'inviter un des nôtres. M. Amédée Monet, le vaillant député de Napierville et l'un de nos collaborateurs les plus appréciés,

332 l'action française

avait accepté d'être notre représentant. Il a parlé en homme qui aime ardemment sa race et la veut fidèle à ses hautes traditions.

Signalons en même temps le remarquable sermon prononcé à cette occasion, à Québec, par le président d'honneur de notre dernière conférence, l'abbé Curotte. Xous publierons bientôt dans une brochure à cinq sous, cette magnifique pièce d'éloquence.

La Semaine sociale. — Trois de nos directeurs figuraient au programme de la première semaine sociale du Canada : M. Orner Héroux, qui a présenté le sénateur Chapais, l'abbé Perrier qui a donné un cours sur l'importance et l'esprit des œuvres sociales, puis M.Antonio Perrault, à qui avait été confiée la tâche de prononcer la conférence de clôture. Tous les trois y ont fait de la bonne action française. C'est un compliment d'ailleurs que nous pourrions adresser à la semaine sociale tout entière. « Jadis, écrivait aux organisateurs M. Duthoit, les fils de France partis du rocher de Québec et de Ville-Marie, ont fait raj'onner jusqu'au cœur de l'Amérique l'éclat du nom français et la lumière de l'Évangile : avec votre concours la tradition ne sera pas prescrite. » Et cette louange n'est pas imméritée. Le mouvement social catholique attire actuellement sur la province de Québec l'attention non seulement des autres provinces canadiennes, mais encore de puissants groupements américains. On n'a plus assez d'éloges pour l'esprit d'ordre qui caractérise les travailleurs canadiens-français.

Dans les serres de l'aigle. — Le dernier né de Y Action française n'est pas lourd, si on le soupèse à l'œil. Rarement cependant brochure a contenu autant d'idées et autant de faits. Elle est due à un ouvrier, Alfred Charpentier, que connaissent déjà les lecteurs de la revue, et son sous-titre en indique le sujet : « Historique de la main-mise du tradeunionisme américain sur le mouvement ouvrier du Canada ».

Cette brochure qui prend place dans la Bibliothèque de l'Action française à côté de volumes plus considérables et d'un tout autre genre comme ceux de Montpetit et de l'abbé Groulx, montre bien quelles armes variées VA. F. est en train de fournir aux défenseurs de la cause française en Amérique.

Nos prochaines publications — Paraîtront bientôt, outre le sermon de l'abbé Curotte, dont nous avons parlé plus haut :

Méditation patriotique, par l'abbé Groulx.

La Tragédie acadienne, par Henri d'Arles.

Préparons les cadres, par Antonio Perrault.

Chez nos ancêtres, par l'abbé Groulx. Intérim.

Page 1