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A TRAVERS LA VIE COURANTE
Le pOtïiotiSTHe Nous avons signalé, le mois dernier, avec quelle ri os niivriarç ar^eur ^a plupart de nos groupements nationaux revendiquent actuellement les droits du français. Ce mouvement loin de s'éteindre semble croître de jour en jour.
Il y a deux semaines c'étaient les syndicats ouvriers catholiques qui affirmaient à leur tour le patriotisme dont ils sont animés. Réunis en congrès à Chicoutimi, "parlant au nom de leurs quarante mille membres, ils ont adopté la résolution suivante : « Considérant que les droits de la langue française au pays sont indiscutables et garantis par la constitution, et attendu que dans un grand nombre de cas ces droits sont ignorés et pratiquement méconnus par les pouvoirs municipaux, provinciaux et fédéraux, la Convention demande énergiquement et réclame vigoureusement la reconnaissance de ce droit par les pouvoirs municipaux, provinciaux et fédéraux et son application pratique et efficace dans tous leurs documents officiels ».
EfîCOTC les De leur côté, les Voyageurs de commerce sont rêve. VnvnOPin<z nus ^ ^a charëe- Qui les connaît ne s'en étonnera pas- ^ ° Ils se trouvaient eux aussi en congrès. Laisser passer
cette occasion de manifester de nouveau leur attachement à leur langue, de se stimuler mutuellement à la servir sans défaillance, eut été contre leurs traditions. Dans un travail sur l'action nationale du voyageur, le rapporteur, M. Victorien Biais, a rappelé que l'amour se prouve par des actes, et que la langue française veut être aimée non seulement au foyer, mais au dehors, en voyage, partout. Et le président général de l'Association, M. Bernier, a prononcé le mot qui restera : « Le pire ennemi de la race canadienne, c'est le Canadien qui s'efforce de toujours parler anglais; c'est le lâcheur ».
Nous nous réjouissons vivement de ces déclarations. Elles indiquent un état d'âme nouveau. Remarquons que ces deux groupements importants — et celui des ouvriers et celui des voyageurs de commerce — sont professionnels. Aurions-nous pu, il y a une dizaine d'années, décider des groupements de cette nature à prendre une telle attitude? Cela regarde les sociétés patriotiques, les sociétés nationales, nous aurait-on répondu. Nous nous cantonnons, nous, sur le terrain de notre
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profession. N'introduisez pas de ces questions qui allument les passions et mettent en péril notre unité !
Nécessité des N'est-ce pas, au reste, ce que clament
~..^- A :*„*,. „„ „t;„„* „*.„ encore quelques associations retardataires,
syndicats nationaux , . • , ,• ■ , . „• fl
-^ toutes-puissantes hier mais dont 1 influence
décline de jour en jour ? Elles sont d'ailleurs conséquentes avec leurs principes. Quand les syndicats internationaux se refusent à défendre notre foi et notre langue, ils ne font qu'appliquer leur programme de neutralité et aucun de leurs membres ne peut leur en faire un grief.
Mais c'est précisément pour cela, pour cette attitude logique commandée par la nature même de Y Internationale et souverainement néfaste à nos intérêts, que s'imposait la création d'unions établies sur d'autres bases. Grâce à Dieu, laïques et prêtres l'ont compris. Et le succès grandissant des nouvelles associations professionnelles, nationales et catholiques, constitue à l'heure actuelle une des meilleures espérances de la race.
La tâcJlC Un écueil cependant est à éviter pour les membres hûrsnwyiûllû ^e ces différents groupements. Quelques-uns peuvent " être portés, au sortir d'un de ces congrès où les droits
de notre langue ont été fièrement revendiqués, à trop se reposer sur l'action collective, à la laisser se substituer complètement à leur propre initiative, à croire, en un mot, qu'ils ont fait leur devoir envers leur langue parce que leur sjTidicat, lui, accomplit le sien.
Erreur, erreur grossière ! Cette attitude patriotique du syndicat, loin de libérer ses membres de la lutte ordinaire en faveur de leurs droits, les y oblige davantage. Car son action n'est censée être que le reflet de celle de chaque syndiqué. Si le syndicat s'est engagé à lutter comme entité collective, n'est-ce pas parce que cela répond aux idées de chacun, parce que chacun est censé agir ainsi en son particulier?
Occasion Nous profiterons donc de ces assises pour retremper ■hrnhjrû no^re ProPre volonté, pour renouveler notre résolution ^ ^ d'être personnellement, en tout heu et en toute circons-
tance, un serviteur dévoué de notre langue. Les occasions ne manquent lias de la servir et de la défendre. Inutile de les énumérer aujourd'hui une fois de plus. Nous l'avons déjà fait souvent. Et nous aurons encore à y revenir.
Signalons seulement, en passant, le dernier index téléphonique de la Compagnie Bell de Montréal. Je ne crois pas me tromper en affirmant qu'il ne contient aucun nom de citoyen anglais accompagné d'une indication uniquement française. Par contre, que de noms français accompagnés d'une indication uniquement anglaise ! On la rencontre même accolée à des hommes qui savent défendre fièrement nos droits, au Parlement ou ailleurs. La Compagnie a bien pu leur jouer ce mauvais tour une fois, sans qu'ils n'y puissent rien; mais deux, mais trois fois, non ! Ils paient pour cette insertion. Qu'ils exigent donc, par écrit s'il le faut, qu'elle soit en français!
UflC Celui qui réclame énergiquement, ne finit-il pas ordi-
• - • nairement par obtenir justice? En voici un exemple.
Un brave curé de l'Ouest pria dernièrement la maison Eaton, de Winnipeg, de répondre en français à ses lettres. — Impossible, réplique le gérant. Vous pouvez cependant envoyer vos commandes en français, tout en ayant bien soin d'indiquer exactement la page et le numéro du catalogue, et vous serez servi à souhait. — Ce n'est pas une faveur que je mendie, rétorqua aussitôt le prêtre patriote, c'est un droit que je réclame. L'anglais m'est familier, mais il n'est pas ma langue maternelle. D'ailleurs c'est à prendre ou à laisser. Voici une commande de SI 10.00. Si vous ne pouvez correspondre en français, je m'adresse sans tarder à la maison Christie-Grant, qui, elle, j'en suis certain, saura me rendre justice.
L'effet fut magique. La réponse vaut d'être citée en entier : « Nous avons répondu à vos lettres en français, sachant que cela vous ferait plaisir, et à l'avenir, c'est ce que nous ferons. Jusqu'ici nous ne nous servions que de la langue anglaise dans toutes les lettres, car pour répondre à chaque individu en sa langue, il nous aurait fallu employer un trop grand nombre de personnes, et comme de fait cela nous aurait coûté énormément cher. Mais dans certaine occasion, comme celle-ci, il nous fait plaisir de répondre en votre langue ».
Cette occasion, elle peut se répéter autant de fois qu'il se rencontrera de Canadiens français éclairés et persévérants. Tâchons d'être du nombre.
Pierre Homier.
3 août 1920.
JOURNAUX, LIVRES ET REVUES
LES JESUITES DU CANADA AU XIXc SIÈCLE1
Les œuvres des Pères Jésuites au Canada durant le dix-septième et le dix-huitième siècles ont été résumées en cinq volumes, dues à la plume du P. Camille de Rochemonteix, S.J., historien de marque, dit son continuateur, au style à la fois grave et facile, jugeant les faits avec une liberté et une sûreté de jugement que rien n'égare.
Ce qu'ont fait les Pères Jésuites au Canada depuis leur retour en 1842, ne devait pas non plus sombrer dans l'oubli. Et l'on oublie si vite, de nos jours, qu'il est prudent de ne pas attendre trop longtemps. Ce premier volume du P. Lecompte vient donc à son heure. Et l'heure n'est pas éloignée où l'historien devra livrer le second volume — déjà à peu près terminé — à la curiosité légitime du public qui lit et veut s'instruire.
Les principaux centres où s'est déployée, de 1S42 à 1872, l'activité des Pères de la Compagnie de Jésus, ont été — outre Montréal, facile princeps — Laprairie, Sandwich, les missions sauvages du Haut-Canada, encore desservies, ainsi que la ville de Guelph, par les bons Pères, — Québec, et certains endroits de l'Ontario où leur séjour fut court, mais fécond en résultats.
Dissoute par Rome en 1773 et par Londres, quelques années plus tard, la Compagnie de Jésus avait été, en 1814, solennellement restaurée par le pape Pie VII. La révolution de 1830, en France-, ordonne la dispersion des Jésuites. Quelques-uns d'entre eux, sous l'égide du P. Chazelle, s'en vont fonder un collège au Kentucky. Le Père Chamelle avait, eu dix ans plus tôt, pour élève, à Montbrison, M. Quiblier, devenu en 1839, supérieur de Saint-Sulpice à Montréal. A cette époque, Mgr Lartigue, premier évoque de Montréal, voulant procurer à son clergé, pour la première fois, les bienfaits d'une retraite pastorale, Messirc Quiblier songea à son ancien professeur de philosophie, alors au Kentucky. Le Père accepta l'invitation de l'évêque, et tous les en
1 Les Jésuites du Canada au XIXe siècle, par le P. Edouard Lecompte, S.J. 1er volume : 1842-1872. Montréal, Imprimerie du Messager, 1920.
droits où ses prédécesseurs avaient jadis évangélisé, firent fête à l'éloquent jésuite. Le P. Chazelle avait été mandé à Rome en 1841, quand Mgr Bourget, qui venait d'être sacré évêque de Montréal, lança son appel aux Jésuites. Cet appel fut entendu, et le 24 avril 1842, le P. Chazelle s'embarquait pour le Canada, accompagné de cinq pères et de trois frères coadjuteurs, tous français. Quand ils arrivèrent, Laprairie était sans pasteur, son curé venant, après quelques mois dans la paroisse, d'être sacré évêque de Toronto. Ils prirent possession de cette paroisse, trop nombreuse pour un seul homme — plus de 2,500 communiants — et où les vices dominants des Canadiens de cette époque — l'ivrognerie, le blasphème et le luxe — étaient avivés par de fréquentes migrations aux États-Unis et dans les régions abondantes en fourrures. A quoi venait d'ailleurs s'ajouter la propagande de prédicants venus de Suisse. La tâche était rude, mais en 1854, les Pères purent rendre à l'évêque de Montréal une paroisse assainie et édifiante. Dès 1843 le nombre des Pères ne suffisait plus aux tâches multiples qu'on ré clan ait d'eux. Aussi reçurent-ils, pour la mission de Sandwich, offerte par l'évêque de Toronto, deux nouveaux Pères, bientôt suivis d'un troisième, versé, celui-là, dans la langue anglaise. Leur séjour à Sandwich dura seize ans, au cours desquels fut fondée la paroisse de Chatham, que les Jésuites remirent à l'évêque en 1874.
Dès l'arrivée du premier contingent, l'un de ceux qui en faisaient partie, le P. du Ranquet, avait été dirigé sur le Lac des Deux Montagnes pour apprendre l'algonquin. Il eut abondamment l'occasion de mettre à profit sa connaissance des langues indiennes, car il passa plus de cinquante-cinq années de sa vie chez les sauvages du Haut-Canada. Il avait la spécialité des longues et dures exclusions : « Son champ d'apostolat, dit le P. Lecompte, s'étendait au sud jusqu'à Grand-Portage, à 50 milles dans le Minnesota, au nord à Red Rock, 100 milles, Népigon, 200, et, poussant plus loin que ne l'avait fait le P. Frémiot, il visitait Michipicoton, 300 milles, Agewang, 340 et Lac Long, 380 milles. Cet intrépide voyageur avait publié dans la langue odjibwé, une histoire sainte et des traductions de psaumes d'une telle perfection de style qu'un de ses contemporains l'avait surnommé : le « Tacite adjibwé ».
Je passe sous silence les travaux des Pères à Québec et à Montréal. Le pâle résumé que j'en pourrais faire n'apprendrait rien au lecteur de V Action française, qui a de ces travaux une connaissance générale. Il faut en lire le détail dans le livre du P. Lecompte: alors seulement
peut-on comprendre quelles difficultés, quels échecs, quels contretemps a rencontrés la moindre des fondations que nous admirons aujourd'hui. Voilà un beau livre: les premiers chapitres forcent l'intérêt comme un roman d'aventures, et les derniers maintiennent l'intérêt ainsi créé. Grâce à lui, les anciens élèves des Pères Jésuites connaîtront mieux leurs éducateurs, et les catholiques apprécieront davantage ce que ce pays doit aux fils de saint Ignace.
E. Fabre-Surveyer.