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AU SERVICE DE LA TRADITION FRANÇAISE

C'est une heureuse idée qu'a eue M. Edouard Montpetit de réuni' en un volume quelques-uns de ses récents travaux, — conférences, préfaces et allocutions. Le défaut inévitable de nos intellectuels, en ce pays, c'est qu'ils émiettent leur pensée : n'ayant le temps ni de composer ni de publier des livres tout d'une venue, leur œuvre est éparse dans les revues ou disséminée aux petites heures des banquets.

Et cependant, dans le hasard répété de ces rencontres, n'y a-t-il pas souvent matière à plusieurs livres, offrant sous la variété des sujets une unité véritable de forme et de sentiment?

Qui de nous n'a applaudi M. Montpetit dans l'une de ces réunions publiques dont il est toujours le plus sûr ornement ?

Sous un titre heureux, — Au Service de la Tradition française, — il nous apporte maintenant un recueil de discours auxquels il a joint quelques articles.

Ce volume contient les belles pages qu'il consacrait en 1915 à Henry du Roure, mort au champ d'honneur; sa conférence sur Louis Veuillot; plusieurs préfaces et travaux à la gloire de la France qu'il aime et qu'il chante si bien; ses allocutions, déjà célèbres, à la délégation belge de 1914, à M. Aram-J. Pothier en 1914 également, aux représentants des œuvres de guerre, au général Pau en 1919.

Une étude détaillée de ces pièces, — qu'on ne saurait toutes nommer, — ne serait guère utile. Elle serait plus longue et moins fructueuse que leur lecture.

Mais on peut leur chercher quelques traits communs. On les trouverait d'abord dans la distinction et la force originale de la pensée; et aussi dans la qualité savoureuse d'un style riche et concis.

1 Au service de la Tradition française, par M. Edouard Montpetit. Bibliothèque de Y Action française.

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Jamais Montpetit ne parle très longuement : et il a horreur de la banalité, — deux écueils fatals à tant de ces allocutions d'après-dîner.

Il n'est pas dans notre génération de jeunes écrivains ou d'orateurs de cerveau plus lucide, mieux organisé; que le sien. C'est une pensée claire, précise; forte; et qu'il sait habiller sobrement. Dans la conversation comme dans le discours, il s'exprime avec une élégance qui est faite à la fois de goût et de fermeté.

Il a longtemps étudié, aux meilleures sources, avec méthode. Mais il ne fait jamais étalage d'érudition. Il nous épargne le laboratoire et l'analyse : c'est une substance nouvelle qu'il nous offre, condensée, facilement assimilable.

Il y a, selon nous, trois phases possibles à l'évolution d'un écrivain.

La première, c'est la période pénible où la matière vient difficilement et où, ne trouvant rien à dire, il est quelquefois forcé de remplir les vides avec des formules affadies et courantes.

Quelques-uns passent très vite à la deuxième, la période d'abondance où par suite de l'entraînement et de l'étude, les phrases se déroulent avec une facilité excessive, les images pullulent et s'entassent, les mots se pressent comme une foule à la porte de l'esprit C'est la période dangereuse, où l'on aurait tort de s'attarder : quelques-uns ne vont jamais au delà.

La troisième période est celle où ne parvient que l'orateur ou l'écrivain véritable. En sûre possession de ses moyens, il n'offre plus tout l'épanouissement de sa pensée : mais, par un travail intérieur subtil et patient, il la condense, l'affermit, la dessine et nous la présente dans une forme pure et définitive. Il a l'air de parler ou d'écrire simplement, et rien n'est plus compliqué que cette simplicité apparente. Elle demande une lucidité d'inspiration, une sûreté de forme auxquelles fort peu atteignent : M. Montpetit y a atteint.

J'en donne quelques exemples : on croirait lire des maximes.

Du discours au général Pau : « Il nous incombe d'accomplir une mission plus périlleuse que la vôtre : vous n'avez qu'à paraître, il nous faut parler. » Et encore : « La victoire pouvait dépendre du plus humble, car la tâche était commune. » Ou bien : '« Général, votre fortune est singulièrement celle de la France. Blessé et victorieux comme elle, voilà que vous faites, après elle, la conquête du monde ».

Aux étudiants : « Ne pensons pas avoir tout fait. Nous ne sommes que préparés, il nous reste à apprendre. » Et plus loin : « Nul ne finit à lui-même; ne vivons pas seulement notre vie, mais aussi celle de

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la nation. » Et ee conseil : « Lisez, apprenez, pensez. Mais lire est inutile si, le livre fermé, rien ne reste. » (On ne saurait mieux dire, avec moins de mots).

A la Belgique : qu'on relise (à la page 200) le petit tableau où en quelques lignes, précises comme une gravure de maître, l'orateur évoque toutes les villes belges, d'où s'est levée l'armée « vaillante, généreuse, intrépide» qui s'est heurtée à l'envahisseur.

A M. Aram-J. Pothier : « Vous êtes, pour nous, un argument. Votre qualité de Français, dont vous faites état, ne vous a pas empêché de réussir. » Ou : « Morts sublimes, ils engendrent la vie; leur défaite se prolonge en victoire ».

Voilà, je crois, suffisamment d'exemples de cette prose substantielle, ramassée sur la pensée qu'elle exprime, et qui se garde de l'alourdir par des mots inutiles.

Je voudrais y joindre, — ce sera pour un prochain volume, — l'allocution de Montpetit au banquet Plamondon. C'est peut-être ce qu'il a fait de plus achevé dans la concision : et c'est un art très sûr, mais combien plus difficile que l'éloquence tendue et chatoyante à laquelle les nôtres sacrifient plutôt.

Voilà bien des paragraphes pour louer un écrivain de sa réserve et de tout ce qu'elle sait contenir de beauté et de substance.

Esprit d'une haute distinction, fort doué par la nature qui ne lui a épargné aucun de ses dons, nourri par une culture à la fois riche et méthodique, M. Montpetit eût pu se répandre en inaltérables dissertations. Il a préféré se restreindre, donner tout autant mais sous un moindre volume, ne rien dire qui ne fût d'abord pesé et d'une qualité sûre.

Il faut le donner en exemple aux nôtres : et son nouveau livre devrait être plus qu'un objet de lecture. On devrait l'imiter, le pratique]; comme un modèle.

Fernand Rinfbet.

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