‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 85 sur 104 · L.-A. Paquet. ]>trc · texte numérisé non relu

L.-A. Paquet. ]>trc

Faute d'espace, nous sommes encore obligés de renvoyer au prochain numéro de nombreux articles, entre autres : Notre année littéraire, d'Henri d'Arles, revue de notre production intellectuelle au cours de la dernière année, et Nos Archives de M. .Egidius Fauteux. Il en est de même de notre partie documentaire. L'Action française à 64 pages devrait obvier à ces inconvénients.

CHRONIQUE D'ART

On nous signalait, ici même, il y a quelques mois, l le passage à la Galerie des Arts, d'un premier monceau de tableaux, destinés au Musée de la Guerre, dont on a actuellement commencé l'érection, dans la capitale fédérale, à côté des archives. Le reste des tableaux nous est maintenant parvenu et nous pouvions les voir, le mois dernier, dans les salles de la rue Sherbrooke. Toutes ces toiles, tous ces dessins, — il y en a 245, — illustreront la dernière phase de la guerre, c'est-à-dire l'armistice et l'occupation des pays vaincus.

Cette fois, le catalogue a mis à part les artistes indigènes. Ils sont heureusement assez nombreux. On voudrait placer parmi eux le seul nom français 2 de l'exposition, celui de M. Alfred Bastien, mais ce peintre est belge ... A la vérité, les seize toiles de cet artiste comptent parmi les meilleures. Le saillant d'Ypres en particulier est un vaste paysage, aéré, plein de couleur. M. Bastien a une manière personnelle et séduisante qui le fait reconnaître tout de suite au milieu des autres, dont la technique paraît indigente par comparaison.

Pour revenir à la section du home work, disons que le choix qui y préside est trop large. C'est ce qui nous a valu cinq tableaux de M. Manley MacDonald représentant des femmes travaillant aux champs, et un autre d'ailleurs bien peint, de M. Herbert Palmer, intitulé : Récolte de pommes de terre sur la ferme du Club des Arts et des Lettres de Toronto.

Il y a aussi des navires en chantier, des usines de muni-

1 Février 1920

2 M. Dyonnet expose aussi, mais un seul portrait.

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tions, faites au camp Borden, par M. Francis Johnston. Signalons de même un long panneau décoratif de M. Charles Simpson, d'une belle pâte, mais d'un dessin trop conventionnel : le coupage de l'épinette pour les aéroplanes, en Colombie Anglaise.

Ces artistes ont trouvé leurs sujets, au pays même; d'autres sont allés les chercher au front. M. Maurice Cullen en a rapporté des paysages superbes : nous distinguons, parmi ses cinq envois, la citadelle d'Huy en hiver, bloc énorme de maçonnerie, carré, juché sur un rocher, au-dessus de la Meuse; No man's land, scène de désolation et de silence; et Camplain l'abbé : des huttes camouflées formant le premier plan d'un délicieux village français.

Parmi les immenses toiles qui encombrent encore cette seconde exposition, l'une est de M. Frederick Challener : le Départ de la grande Armada canadienne, de la baie de Gaspé, en octobre 1914. Des navires, beaucoup de navires, en rangs, à la queue leu leu . . . Quoi donc en due ? sinon que la couleur en est agréable, mais la symétrie assez monotone. Nous ne savons pourquoi ces transports alignés, de même que la belle vague bleue, surmontée d'un cuirassé et d'un aéroplane, dans le tableau voisin, nous font songer à des images de calendriers.

Trop souvent d'ailleurs les plus grandes toiles de notre futur musée sont traitées comme de simples illustrations et ressemblent à des photographies : ainsi les deux compositions de M. Inglis Sheldon- Williams, le Retour à Mons et l'Arrivée des Canadiens au Rhin, toutes les deux parfaitement dessinées, mais d'une couleur anémique. Il faut ajouter que leur caractère anecdotique ne justifie pas leurs dimensions. Dans la seconde spécialement, les châteaux du Rhin ne détournent pas suffisamment l'attention du premier plan, où nos soldats s'occupent à ouvrir des boîtes

de conserve. Arras, la ville morte s'accommode mieux de cette pâleur voulue : on dirait que M. James Kerr-Lawson a traité ces ruines au lavis comme un architecte, et cela ne manque pas de charme.

Mais on bondit devant cinq ou six tableaux que le jury, sous prétexte d'éducation et d'initiation, n'a pas cru devoir éliminer. Nommons-les: ce sont : Sapeurs au travail, mélange de poutres et de mannequins, hommage au déséquilibre; le Jour de l'Armistice, dans un centre de munitions, dessin enfantin sans perspective, où dominent le jaune et le rouge; Combat aérien, sèche peinture à tendances cubistes; mais surtout le Bombardement de nuit, ineptie authentique, impossible à décrire.

Nous serions au bout de notre indignation si nous n'avions encore à parler des portraits. Mettons à part ceux de Sir William Orpen : ils ont tous de l'allure, du caractère. Mais nous sommes outrés par le portrait, fait à Versailles, du Right Hon. Sir Robert L. Borden, P.C., G.C. M. G. On nous dit que ce profil reste la propriété de l'artiste. Il vaut mieux, car il ne faudrait pas que cet homme d'état passe à l'histoire sous une forme aussi négligée. Enfin le trop vaste portrait des six officiers supérieurs de Y État-Major canadien paraît être le triomphe de la raideur et du convenu. Pourquoi ces figures de modes militaires, posées sur un tapis, se découpent-elles sur un plan en relief d'Ypres en ruine'?

En vérité, après la visite de cette seconde exposition, on ne peut se défendre d'un vif désappointement. Ce Musée de la Guerre, dont le catalogue proclame qu'il va constituer « unquestionably the most complète artistic record of any country's share in the great war », nous semble d'ores et déjà une faillite artistique. Non, un musée

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d'art ne s'organise pas ainsi : il y faut plus de temps et plus de choix.

Au moment où ce terminait cette exposition à Montréal, Québec inaugurait la sienne, d'un caractère plus pacifique. Un Comité d'ecclésiastiques et de laïques a su réunir, dans une salle de l'Académie Commerciale, les plus belles pièces des collections particulières de la ville, quelques tableaux des peintres de la région et des essais d'amateurs. A en juger par les comptes-rendus très objectifs des journaux et par les noms des exposants, il est à croire que les Québecquois ont pu prendre là une excellente leçon d'art. Ils sont bien heureux, les Québecquois, de posséder, outre ces collections, la galerie trop peu connue de l'Université. Souhaitons que dans les embellissements de Laval, on ait une pensée pour les beaux tableaux qu'elle recèle dans des salles insuffisantes.

Cette exposition de l'Académie Commerciale rappelle celle qu'on avait organisée, ici, pour inaugurer la nouvelle Galerie des Arts. On fut stupéfait d'y von tant de chefsd'œuvre et de vraies belles choses. C'est que certaines collections, celles de M. Angus ou de Sir William Van Horne, par exemple, étaient déjà très remarquables. Depuis lois des acquisitions ont dû se multiplier. Ce serait le moment de recommencer cette revue de nos richesses artistiques.

Louis Deligny.

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