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LE VOYAGEUR CATHOLIQUE

C'est le titre d'une nouvelle revue. Elle nous est arrivée trop tard pour nous permettre de lui souhaiter la bienvenue dans notre livraison de juin. Nul n'est plus heureux que l'Action française de lui adresser aujourd'hui un cordial salut. Elle est le signe d'une force qui grandit toujours, de cette admirable association des voyageurs de commerce catholiques qui aura compté parmi les influences les plus actives de la renaissance nationale. C'est dii-e que la jeune revue ne promet pas témérairement d'être vivante. Tout ce qui fortifie la propagande du voyageur cathoUque mérite d'être accueilli comme une grande espérance.

LES PETITS DOLLARDS

Au collège Ste- Marie, le dimanche, 2ù mai, à deux heures de Vaprès-midi, les élèves de la petite division ont commémoré Vhéroïs7ne du Long-Sauli par une reproduction de la bataille historique. Une partie de bouclier fit revivre sous nos yeux le combat de Dollard.

Ce jeu, originaire de France, fut introduit au collège, il y a quelques années. Voici comment on procède. Deux groupes de soldats, armés de boucliers et de petites balles, se présentent sur le champ de bataille. Les boucliers n'ont rien de V ornementation artistique de celui d'Ac?tille, mais ils sont revêtus d'emblèmes dignes de recouvrir un cœur canadien et français: feuille d'érable ou fleur de lis. Ces armes défensives sont taillées en écussons et servent à protéger la poitrine, du cou à la ceinture, seule surface conventionneUement vulnérable. Chaque fois qu'un soldat est frappé à un endroit compris dans ces limites, il est considéré comme mort et quitte le champ de bataille. Des arbitres surveillent la portée des traits.

Les projectiles consistent en petites balles de cuir d'un pouc% et demi de diamètre. Avant le combat, chaque soldat reçoit cinq balles. Un coup de sifflet suspendra de temps en temps les hostilités et permettra aux guerriers de refaire leurs munitions à même les balles perdues.

Les généraux et les officiers ont deux ou trois vies, selon leur grade. Au début de la bataille, ils portent une écharpe rouge ou bleue qui indique leur vitalité. Une première blessure leur fait échanger le rouge contre le bleu; à la deuxième atteinte, ils deviendront vulnérables comme de simples soldais.

Pour accidenter le combat, le champ de bataille est sillonné de grandes raies blanches tracées à la chaux et représen-

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tant des forteresses, des cours d'eau, des tranchées et d'autres accidents de terrain. Ces plans sont élaborés et présentés aux états-majors des armées ennemies par déjeunes ingénieurs, — Vaubans en herbe. Tout soldat qui met le pied dans Veau ou dans un des précipices prévus par les plans, périt sur-le-champ.

Nos jeunes combattants prennent leur position; dans une forteresse, en des tranchées, derrière un fossé, sur une éminence ou en rase campagne, suivant la configuration conventionnelle des lieux et la décision du sort qui répartit les rôles d'assiégeants et d'assiégés. Chaque armée a son drapeau. Le brave qui réussira, sans se faire tuer, à s'emparer des couleurs ennemies, assurera la victoire à son pays.

Ce petit jeu est donc un raccourci de la guerre. Son allure militaire et belliqueuse ne pouvait manquer de séduire de petits Canadiens français.

À l'occasion des fêtes de Dollard, le Père Louis de Lèry résolut d'exploiter le jeu de bouclier pour faire revivre dans l'esprit et le cœur de ses enfants, le souvenir du jeune héros et de son geste sublime. Pour donner aux préparatifs du combat toute la solennité désirable, tous les jours, le grand tableau de la récréation rajeunit, amplifia et illustra de noms contemporains, des communiqués provenant de chez Monsieur de Maisonneuve:

^^16 mai 1660... Ville-Marie est dans la consternatioii. Le fameux coureur des bois Renaud Turgeon rapporte que 200 Onnontagués, sous la conduite de leur grand chef La Mort, descendent en pirogues VOutaouais. Ils s'apprêtent à fondre sur Montréal et jurent de percer de leurs flèches empoisonnhf les habitants de la ville."

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^^17 mai.., 500 farouches guerriers de la tribu des Agniers s'en viennent, par le Richelieu, joindre leurs forces aux 200 Onnoniagués... M. Dollar d Hurtuhise des Ormeaux, capitaine de la garnison de Vest de la ville, sort à Vinstant de chez M, le gouverneur... Il lui a fait part de F ambitieux projet qu'il a conçu pour conjurer le danger; marcher au-devant des Iroquois, résister jusqu'au bout, et, par là, impressionner si fort leurs esprits, qu'ils n'iront pas plus loin,.."

20 mai. La bataille va commencer. Dans la cour de récréation, une longue courbe blanche tracée à la chaux figure la rive nord de l'Outaouais. C'est dans la région péninsulaire délimitée par cette courbe que vont se placer les défenseurs de Ville-Marie. Ils se retrancheront dans un petit fort imaginaire oit leurs boucliers tiendront lieu de palissade. Le fortin est protégé par un fossé également tracé à la chaux. Pour défendre les extrémités de ce fossé, quelques soldats se blottiront derrière deux redoutes mobiles — écrans formés de deux cadres de bois recouverts d'un treillis. Il est convenu que tout combattant qui met le pied dans l'Outaouais ou dans le fossé, se noie sans espoir de sauvetage.

Dans la salle de récréation, les ^'petits Dollards" ont orné, avec une fierté un peu exclusive, le buste de leur héros, afin que sa grande ombre les protège durant la lutte. Vers deux heures, le clairon sonne. Dollard surgit à l'horizon. Il est suivi de seize Français, d'un chef algonquin et de quatre guerriers qui représentent en raccourci le contingent huron-algonquin. Le glorieux bataillon s'avance fièrement, précédé du Carillon- Sacré-Cœur, Les petits croisés de la race française ont le cœur ferme, le front haut, l'ail ardent. Parvenus à leur fortin, ils s'y trouvent à l'étroit, mais leur intrépidité ignore la plainte autant que la lâcheté.

Bientôt des vociférations se font entendre. On aperçoit au loin une horde barbare. Les Iroquois s'avancent en dan-

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sant, sous les ordres du grand chef La Mort. Ils sont 62 contre 22. Ces derniers, à titre de Français, ont cependant la vie plus dure; il faut deux blessures pour les faire périr.

Les spectateurs sont évidemment gagnés à la cause française, à la vue de cette armée se déploi/ant à Vaise en face d'un peloton serré dans son petit fort. Vn témoin risque même cette réflexion plutôt prosaïque; "Ça n'a pas de bon sens t les Iroquois sont trop nombreux et les Français sont trop tassés." — ^^ Laisse-les donc faire f" riposte un camarade plus chevaleresque. ''Ce sont des Français, ils sauront bien se défendre."

La bataille commence. Les "petits DoUards" se font mitrailler à bout portant, parent avec leurs boucliers, ripostent. De temps en temps, ce cri retentit; "Tu es mort! tu es mort /" Et, de Vun comme de Vautre front, des combattants, boucliers en berne, quittent le champ de bataille. Après quelques escarmouches peu meurtrières, le chef iroquois dirige une attaque forcenée sur la redoute postée à gauche du fossé. Malgré des prodiges de valeur la redoute est emportée. Ijes Français se reforment pour combattre à découvert. Afin de les distraire et de les enfoncer ensuite, La Mort simule une attaque sur un autre point. Mais Dollard pare le coup et garde ses positions. Les Iroquois se portent alors sur Vautre redoute, qui est prise, reprise par les Français, prise de nouveau et définitivement par les Iroquois. Dans cette action, le chef algonquin se signale, et Dollard reçoit sa première blessure.

Les Français, privés de deux moyens de défense si puissants, ne se découragent pas. Cernés par les barbares, ils font face à leurs assaillants. Tout à coup, La Mort saute le fossé à pieds joints. Les "petits Dollards" restent un moment interdits. Mais un arrière -peti^-f ils d'Alonié de Lestres bondit sur le chef iroquois, le blesse grièvement et le force à

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reculer. On vit alors le grand chef algonquin tenir en échec tout un bataillon ennemi, puis tomber, victime de son héroïque dévouement.

La bataille est sur son déclin. Les Français sont acculés à rOutaouais. Ils ne veident pas se laisser refouler dans le fleuve. Ils tiennent ' 'jusqu'au bouC' et tombent les armes à la main. Les Iroquois vont se saisir du drapeau. Mais le porte-drapeau se rappelle le noble geste de Lévis. Plutôt que de laisser aux barbares V emblème de la patrie, il le jette dans VOutaouais. IJhonneur est sauf; mais les ^'jjetits Dollards'\ après trois-quarts d'heure de résistance, sont morts au champ d'honneur.

Les féroces vainqueurs célèbrent leur victoire en promenant triomphalement la tète de Dollard, — sous la forme d'un buste du jeune héros que le Père de Léry leur fit tirer au sort.

Puis la cour de récréation reprit son aspect modeste et pacifique. Mais ce petit combat où des enfants ont vécu une page glorieuse de leur histoire, ne sera pas sans portée morale. Dans ces petites âmes, le patriotisme a pris ses positions et s'est retranché. Des enfants qui auront senti battre en leur poitrine, ne fût-ce que quelques instants et par adoption d'héroïsme, le cœur de Dollard, sont déjà un peu immunisés contre les défaillances et les reculades. C'est désormais une leçon de courage assimilée. Répétons, en les variant, ces leçons vécues, et plus tard, quand les luttes religieuses et nationales réclameront l'offensive de leur jeune bravoure, on ne les verra ni faire demi-tour ni marquer le pas; ils se jetteront dans la mêlée et, contre les sourires et les menaces, ils dresseront le bouclier de leur fierté catholique et française,

Joseph FoRTiETî, S.J.

Du 27 au 31 août prochain aura lieu à Montréal la quatrième session des Semaines sociales au Canada. Cette bienfaisante institution, inaugurée en 1920 dans la métropole, tint successivement ses assises à Québec et à Ottawa. Notre ville aura donc l'avantage de recevoir une fois encore les Semainiers avant qu'ils visitent d'autres centres importants de notre pstys.

Après avoir étudié l'encyclique Rerum novarum, l'attitude de l'Église à l'égard du syndicalisme, les relations d'ordre, de justice et de charité auxquelles sont soumis capital et travail, les professeurs de nos semaines sociales inscrivent à leur programme la famille. Ce sujet, qu'ils traiteront au mois d'août, est assurément l'un des plus importants et des plus utiles qui puissent retenir l'attention de ces travailleurs et susciter l'intérêt du public. Leurs prochains cours, nous en sommes sûr, auront large retentissement et porteront nos compatriotes aux actes sauveurs.

On ne dira jamais assez de bien de ces semaines sociales. Le changement qu'elles opèrent dans les esprits de certains pays de l'Europe, elles le détermineront chez nous. Commencées vers 190-1 en France — nous devons à la France d'avoir inventé nos meilleures œuvres charitables et sociales, nos méthodes les plus perfectionnées d'enseignement et d'apostolat — commencées en France, les Semaines sociales furent peu à peu introduites en Belgique, en Italie et dans certains autres pays. Le Canada avait besoin d'une pareille initiative, '^'action sociale est l'action

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qui s'impose/' déclarait Mgr Paul Bruchesi en 1920. Mais comment fallait-il procéder sur ce terrain ? Comment déterminer une puissante campagne d'action sociale? Quels moyens adopter afin de remédier aux maux liés au développement de la société moderne ?

Nos actes sur le terrain social et économique doivent être précédés d'une forte action doctrinale. Trop longtemps au Canada nous nous sommes désintéressés à ce point de vue de l'importance des idées. L'empirisme régna en maître. Vivant au jour le jour, politiques et hommes d'affaires n'avaient nul souci d'accorder leurs actions à une doctrine, à des idées claires régissant le champ de l'activité humaine. La demi-douzaine de nos travailleurs intellectuels n'avait guère l'opportunité de faire bénéficier notre société du fruit de leurs recherches désintéressées. Qui lisait leurs écrits? Â quoi bon, répétaient les gens pratiques, se préoccuper du mouvement des idées? Le Canada est loin de l'Europe. Les malaises sociaux de là-bas franchiront-ils jamais l'Atlantique? Ils l'ont franchi. Depuis quelques années, maints indices prouvent que l'inégalité des conditions humaines engendrant la question sociale, produit tôt ou tard ses difficultés partout où il y a des hommes, des hommes qui travaillent et souffrent, à New- York et à Montréal, aussi bien qu'à Londres et à Paris. Nous nous sommes contentés delà foi en l'improvisation. Résultat: nous avons toujours été pris au dépourvu. Il nous faut attendre la crise avant d'en étudier les causes lointaines; seule la nécessité nous contraint à pousser l'œuvre d'organisation et de résistance.

Quand les unions internationales eurent enrégimenté nos ouvriers, jeté dans leur esprit maintes idées subversives, on songea au syndicalisme chrétien. Nous sommes vingt-cinq ans en retard, répétait-on partout. Maintenant

que sévit la désertion des campagnes, tous déplorent le défaut d ^organisation de la classe agricole, son manque de préparation, son excès de routine, son insouciance pour les avantages de la culture du sol. Si l'on avait prévu que Ton passerait de Féconomie de guerre à l'économie d'aprèsguerre, et que nos agriculteurs auraient à supporter la dépression qui se produit sur tous les marchés! Qui songea à la création d'industries dérivées de l'agriculture ? Au crédit foncier et agricole ? Il eut fallu fonder les œuvres rurales, tout en se préoccupant des œuvres ouvrières.

Qui devait prendre l'initiative? Singulière mentalité! Quand notre gouvernement provincial s'intéresse activement aux œuvres de prévoyance ou d'assistance sociale, on crie à l'étatisme. S'il les abandonne à l'initiative des particuliers, on dénonce son incurie. Le meilleur moyen d'empêcher l'intervention de l'État? Faire en sorte que l'action individuelle ou celle des corps organisés suffise aux exigences pressantes de la société. Qu'un plus grand nombre de prêtres et de laïques sortent de leur passivité d'esprit; qu'un plus grand nombre se préoccupent des œuvres ouvrières et rurales, étudient les problèmes sociaux, trouvent des remèdes aux maux présents, et l'État sera moins sollicité d'apporter avec son aide sa surveillance.

Il faut, pour réagir, commencer d'agir. Et la première action c'est celle de la pensée. Il appartient aux individus d'y tenir la grande part. Il est plus que temps de s'engager dans cette voie. Non seulement notre pays est mal préparé à surmonter les difficultés économiques d'après-guerre, mais certains esprits ont déjà été orientés vers un état social dangereux. Tandis que politiques et hommes d'affaires montraient grise mine aux idées traditionnelles ou s'en désintéressaient, d'autres doctrines étaient importées d'Europe. Telle attitude de certains ouvriers, telle réforme

préconisée sur le terrain économique, furent empruntées à l'idéologie de certains groupes européens. Éclairer les esprits, rechercher les vraies notions d'ordre et d'équilibre social, connaître notre situation économique, scruter les faits, premier devoir pressant imposé à nos hommes d'études. Vie économique et vie sociale ont leurs lois. Maints économistes veulent reviser les thèses qui dominèrent l'économie politique durant le XIXe siècle. La valeur ? La loi de l'offre et de la demande ? La Hbre concurrence ? Les libertés économiques? Faut-il modifier les réponses que l'on a jusqu'ici données à ces questions? S'il y a des lois naturelles dont l'économiste doive tenir compte, convient-il que, du même coup, il protège l'homme contre leurs effets trop peu chrétiens? Et comment? Sans doute, par l'épuration des mœurs, le renouvellement de la législation, par les œuvres sociales. Mais que d'idées, d'études et de réflexion il faut pour observer les commandements de l'économie sociale nouvelle, se préparer à l'action morale et religieuse, à l'action législative, à la création et au développement des entreprises charitables et sociales. 11 faut ici sortir de l'a peu près. Ce n'est pas simple jeu intellectuel, plaisir d'esthète que de compléter ou, mieux, de corriger la science économique moralement et socialement, par les lois et par les œuvres. 11 y faut reconnaître sans doute les lois naturelles de l'économie, les nécessités économi(iues, mais aussi ne jamais oublier les actes que l'homme y greffe, actes libres et qu'il modifie selon ses conceptions de la morale, à la lumière de sa foi religieuse, en vue des fins qu'il s'assigne. Nulle loi, nul phénomène économique que l'on ne trouve à la frontière de la vie morale de l'homme. Pour entrer en jeu il faut, aux lois économiques, l'acte libre de l'être humain, acte bonourepréhensible, moral, amoral ou immoral, Â la connaissance des

règles fixes de réconomique il faut donc que les travailleurs sociaux joignent la claire vue de la doctrine qui commandera sur ce domaine économique les actes que l'homme y pose, en particulier ceux qui se rattachent à la répartition, au partage et à la consommation des richesses.

Depuis une dizaine d'années, certains apôtres et un petit nombre d'institutions de notre province, s'emploient à cette tâche. Quelques journaux et revues se préoccupent de propager, en matière d'économie politique, les notions indispensables à la paix sociale. L'enseignement supérieur s*y intéresse. C'est l'un des buts que s'est assignés l'Université de Montréal. Â ce sujet, l'on ne saurait trop seconder les efforts que poursuivent sa Faculté de philosophie et son École des sciences sociales, économiques et politiques.

Mais il faut classer au premier rang notre Semaine sociale. C'est le centre d'activité intellectuelle qui peut accomplir le plus sur ce terrain. Par la souplesse de son organisme, la dualité de son objet, science et action, elle sera plus à même que tout autre corps de contribuer à faire connaître les phénomènes de l'économie politique et sociale et les doctrines qui s'y doivent surajouter. Â la Semaine sociale de Québec, le R.P. Archambault, président de la Commission générale des Semaines sociales du Canada, indiqua, en ces termes clairs et convaincants, l'utilité de cette institution d'un genre nouveau:

"Sans le caractère stable et régulier d'une Université, sans non plus l'apparat bruyant d'un congrès, elles empruntent cependant, à l'un et à l'autre, quelques-uns de leurs meilleurs éléments pour les fondre dans une œuvre bien équilibrée, et surtout merveilleusement adaptée aux besoins du jour. C'est, suivant l'expression admise, une Université ambulante, une série de cours se déroulant, chaque année, de ville en ville. Un sujet unique, choisi parmi

ceux dont l'esprit contemporain est le plus fortement préoccupé, concentre habituellement l'attention. Â l'exposé des principes s'ajoute l'observation scientifique des faits, et les conclusions doivent tendre à ajuster ceux-ci à la norme de ceux-là. Car, et c'est par ce côté qu'elles se rapprochent des congrès, les Semaines sociales ne sont pas un pur jeu intellectuel, une école de théoriciens. Elles poursuivent au contraire un but pratique. Elles orientent les esprits vers l'action. Si elles recherchent et signalent dans l'organisation sociale actuelle, les abus et les injustices qui s'y glissent, c'est uniquement pour obtenir leur redressement. L'exposé du mal s'accompagne toujours chez elles de l'indication du remède. Un tel travail éminemment constructif requiert une méthode spéciale, du genre universitaire. Les conférenciers parlent en professeurs. Leurs cours sont limités. Aucune discussion publique ne les suit. Ce n'est pas d'ailleurs, comme dans les chaires profanes, des idées personnelles et souvent sujettes à caution qu'ils émettent; fils soumis de l'Église, c'est en son nom, c'est sa doctrine, au moins pour l'exposé des principes, qu'ils enseignent. Le choix de chacun d'eux fait avec soin et approuvé par l'autorité ecclésiastique est une garantie de leur orthodoxie. Aussi les auditeurs peuvent-ils se livrer à eux sans crainte, s'assimiler leurs théories. C'est la vérité qui parle par leur bouche. Les conclusions pratiques et les exposés d'œuvres ne comportent pas la même rigueur doctrinale. Ils exigent cependant, avec la connaissance des principes sur lesquels ils s'appuient, un sens averti des réalités actuelles et une grande prudence." L'on voit à quelles sources les professeurs de nos Semaines sociales puisent leurs enseignements, le sommet d'où ils donnent leurs directives. Ils s'enquièrent des phénomènes sociaux, analysent nos conditions économiques, puis

tracent un programme d'action à la lumière des idées chrétiennes. Les Semaines sociales constituent une œuvre de doctrine, doctrine économique, morale et religieuse. Leur enseignement est à base de faits et, suivant le mot de Mgr Gibier, à base d'Évangile et de catholicisme. Aussi certains économistes français proclament-ils l'excellence des résultats obtenus en leur patrie par les Semaines sociales; ils rattachent en partie la présente renaissance catholique, notamment dans les faits économiques et sociaux, aux efforts des hommes d'études que réunissent chaque année depuis vingt ans les Semaines sociales.

Il en sera de même chez nous. Il en sera de même si le public sait entourer de son efficace sympathie, les dévoués travailleurs de nos Semaines sociales canadiennes. Ces professeurs contribueront à restaurer les principes intellectuels dans la vie économique et sociale. Auprès d'eux, financiers, hommes d'affaires, formeront le dessein de relier leur activité à un ordre de justice et de charité. Nos Semaines sociales faciliteront la collaboration entre hommes de pensée et hommes d'action. Théoriciens et praticiens peuvent jeter là les bases d'une efficace entente. Échanges de vues entre professeurs et auditeurs, assistants et organisateurs; causeries, discussions entre hommes d'études et hommes d'affaires, quoi de plus propre à délivrer les uns et les autres de la myopie de l'esprit? Raisonner sur l'économique d'après les matériaux de bibliothèque, ne satisfera point la probité du professeur. Il voudra confronter ses raisonnements à la réalité. D'autre part, l'homme d'affaires comprendra que le fait n'est pas seul à compter en ce monde, qu'une lumière descend des idées, aide à voir dans l'amas des phénomènes économiques. De cette réunion des intellectuels et des praticiens, les premiers prendront de la vie une vue moins idéaliste, les

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seconds une conception moins matérialiste des événements. Si cette idée de la fin de la dernière guerre — contact entre intelligence et industrie, hommes de pensée et hommes d'action — peut se réaliser, les Semaines sociales en offrent l'une des meilleures occasions. Que notre public, que patrons, financiers, ouvriers, se donnent la peine d'aller écouter les professeurs de nos Semaines sociales et se ménagent avec eux quelques heures d'entretien.

La Semaine sociale du mois d'août prochain, leur apportera un sujet de choix. La famille! Quel citoyen peut se désintéresser d'une telle question? En tous pays, l'on découvre enfin que la famille est la base de la société, "la première pierre de la cité," selon le mot de Charles Maurras. On délaisse de plus en plus la Déclaration des droits de l'homme pour la Déclaration des droits de la famille. On crée des unions ou des fédérations de familles. Partout l'on cherche à déterminer un courant politique favorable à l'esprit de famille.

Notre province doit conserver l'institution familiale telle qu'elle fit la force de notre race. Le développement de notre pays, les conditions nouvelles de vie et de lutte, le nombre accru des distractions et des plaisirs, modifient la société canadienne. Nos familles y perdront-elles la paix, les vertus morales et religieuses qui firent de nos foyers les assises les plus solides ?

Les professeurs de notre prochaine Semaine sociale traiteront ces importantes questions. Ils définiront les règles qui régissent la famille, préciseront ses bases religieuses et juridiques, son caractère économique et son rôle social. Ils diagnostiqueront les maux qui menacent parents et enfants; ils leur prescriront les moyens de s'en préserver, les précautions d'ordre matériel, d'hygiène physi-

que et morale auxquelles il importe sans tarder de recourir. De larges synthèses, montrant la famille canadienne-française dans son passé, dénonceront ses adversaires d'aujourd'hui, indiqueront les redressements qu'exige son avenir. Nous verrons mieux alors les destinées où tend notre nationalité, mais qu'elle n'atteindra point sans l'institution familiale, maintenue saine et forte. Écoutons ces cours de notre prochaine Semaine sociale; méditons-les. Ce sera le code de la famille.

Antonio Perrault.

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