VERS L'AVENIR
On continue toujours à s'occuper, en petit comité, du congrès de la survivance depuis qu'il fut le thème principal du congrès de Lowell, l'automne dernier. Nous voulons espérer qu'on n'en restera pas là. A Lowell, on ne l'a pas oublié, l'idée du congrès fut acceptée en principe, puis remise au conseil fédéral de la Fédération qui devait en chercher la réalisation. Ce qui nous intéresse en l'occurrence c'est moins la forme que revêtira ce projet, que les préoccupations qui l'ont inspiré et les résultats pratiques qui en sortiront. Dans l'esprit de son initiateur ^ il doit marquer le point de départ de nouvelles orientations pratiques pour l'avenir. Le P. Olivier qui est un jeune bien au courant des besoins de sa génération et de celle qu'il précède immédiatement, voit desmotifs d'alarme, pour l'avenir, dans ce qu'il constate parmi les Franco-Américains nés et élevés aux États-Unis. Il s'effraie surtout de l'envahissement de l'anglomanie parmi les jeunes et de toutes ses conséquences dénationalisantes. La réaction, il la veut provoquer principalement par une suralimentation française de nos institutions de survivance déjà existantes et par la création de nouvelles sources de vie. ^
Quelques-unes de nos forces lui paraissent tout simplement admirables. Aussi, comme tout jeune au cœur bien placé et animé d'une salutaire fierté de race, il ne ménage pas ses hommages à l'œuvre de nos pères et de nos vieux chefs. Ce sont bien eux en effet qui ont assuré le salut de la race jusqu'à ce jour et qui lui ont même donné les moyens essentiels de survivre..
Le R. P. Olivier, 0. P., directeur de la Semaine paroissiale.
Superbe d'énergie, de dévouement, d'activité patriotique fut l'effort des vieux états-majors dont un bon nombre sont encore avec nous. Leurs œuvres mieux que toute parole le démontrent abondamment. Ce sont les 200 écoles et paroisses érigées par eux dans tous les coins de la Nouvelle-Angleterre; les sociétés nationales fortes et prospères avec ramifications partout où s'agite un groupe français; la presse française, porteuse de vie française partout où elle pénètre. Voilà l'œuvre grandiose de nos pères palpitante de vie française, toute pétrie de sacrifices. Sait-on aujourd'hui les circonstances difficiles dans lesquelles elle a vu le jour et s'est développée? Apprécions-nous suffisamment l'héroïsme des artisans qui l'ont faite? Il y a cinquante ans, qu'étaient nos pères ? De pauvres eu tivateurs ou, des journaliers poussés la plupart par la nécessité hors des frontières de leur pays, à la recherche d'une vie plus viable. Ils ignoraient l'anglais, étaient timides, s'isolaient en des colonies fermées pour y vivre leur vie. Ils ne furent pas lents cependant à comprendre les exigences de leur nouveau milieu : exigences de leur nouvelle allégeance politique, exigences de la race qu'ils ne voulaient pas laisser s'éteindre. Voyant les dangers qui menaçaient leurs croyances dans une atmosphère religieuse ou protestante où la langue dominante, véhicule de l'indifférentisme religieux, était la langue anglaise, ils demandèrent bien vite des paroisses nationales pour se mieux protéger. Celles-ci ne surgirent pas toujours sans obstacles. A nos pères il fallut assez souvent de la ténacité pour obtenir ce qu'ils voulaient. Car, en certains lieux, on n'admettait pas toujours la légitimité de leurs requêtes, en dépit d'apostasies religieuses qui avaient pour cause principale, une anglomanie sans discrétion.
Maîtres de leurs paroisses et des écoles bilingues qui
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en sont les vestibules, ils songèrent sans retard à la fondation de sociétés nationales et de secours mutuels pour se grouper et s'entr'aider. On trouve difficilement quelque chose de plus touchant que les débuts de ces sociétés, en maints milieux. Le plus souvent c'est un petit groupe de simples journaliers qui en jettent les fondations. Ils manquent de lettres et de culture, mais point de clairvoyance ni d'attachement à Tâme française. Et c'est avec la préoccupation hautement patriotique de se maintenir euxmêmes qu'ils établissent les bases de leurs sociétés. Modestes dans leurs débuts, elles connaissent vite la prospérité parce qu'elles répondent à un besoin dont chacun se rend compte. La race ne manqua jamais de chefs ni d'éclaireurs. Les prêtres canadiens-français venus du Québec devenaient les guides naturels de leur peuple. De plus il se trouva toujours des laïques, hommes de profession assez souvent, dont le dévouement fut généreux et salutaire à la cause franco-américaine. Ils poussaient sagement à la naturalisation, à l'ascension dans les affaires et dans l'administration de la chose publique. Assez vite on vit nos gens devenir commerçants, contremaîtres, hommes d'affaires, représentants dans les conseils de ville et les législatures d'Ëtat. C'est une montée qui s'est faite graduellement, grâce à la formation bilingue de nos écoles paroissiales et de nos collèges commerciaux. Aujourd'hui nos commerçants ne se comptent plus, nos manufacturiers font leur marque, puis nous avons nos magistrats, nos hommes de profession, toute la série d'hommes qu'il nous faut pour constituer un noyau de peuple normal et capable de maîtriser ses destinées, si la prospérité et le progrès ne lui sont pas funestes.
Nous, les jeunes, sommes très fiers des conditions sociales du groupe franco-américain. Nous nous sentons au cœur, pour l'œuvre de nos pères, une admiration très
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grande. Eux ont admirablement fait leur devoir. Leurs chefs spirituels et leurs leaders laïques se sont montrés beaux de générosité, de clairvoyance, de ténacité. Aujourd'hui que nos fortifications sont bien assises : églises, écoles, presse française, sociétés nationales, nous ne voulons aucunement y mettre le feu. Elles ont été notre sauvegarde et notre force dans le passé; elles restent nos gages de survivance pour l'avenir.
Le congrès de la Pensée française étudiera les dangers qui menacent aujourd'hui ces institutions : dangers de l'intérieur et de l'extérieur. Parmi ceux qui s'attaquent à notre vie intime, il relèvera en premier lieu la tendance vers l'anglicisation. L'anglomanie s'introduit d'abord chez les individus, par suite de l'ambiance et des relations sociales. Puis, elle pénètre dans la famille. De là, elle tend à s'imposer à l'école et dans nos sociétés nationales. Pour peu que parmi les vieux chefs — quelques-uns, oh, très peu — deviennent conciliateurs et opportunistes, parce que fatigués de la lutte ou quelque peu sceptiques sur l'avenir, ils sont tentés de s'accommoder trop facilement de cette tendance néfaste et même de l'accentuer par l'élimination graduelle du français à l'école.
Les jeunes qui montent, observent ces faits avec appréhension. Nés et élevés au pays, ils connaissent, mieux que les anciens peut-être, les tactiques des adversaires et leur mentalité. Aussi, protestent-ils contre cet enlisement graduel dans l'unilinguisme scolaire et demandent que nos écoles restent franchement bilingues, dans l'intérêt de la race et de son âme et conformément à la saine pédagogie. Les jeunes voudraient voir aussi les sociétés nationales s'alimenter plus abondamment de vie française et multiplier les gestes d'action française. Conscients des dangers qui menacent la vie intérieure de la race par l'an-