‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 120 sur 232 · UN QUEBEC INDEPENDANT · texte numérisé non relu

UN QUEBEC INDEPENDANT

Nous reproduisons ici une lettre qu'un Anglo-Canadien de Montréal nous adressa, il y a déjà longtemps. Faute d'espace, la publication en fut toujours remise. Cette lettre fera voir à nos lecteurs quel avenir politique un Anglais, originaire d' Angleterre, peut entrevoir pour le Québec. Ne se plaçant pas, comme nous, du point de vue de l'avenir des intérêts supérieurs d'un Canada frança' s, ce correspondant eût favorisé, dès 1917, la formation d'un Québec autonome.

M. Vanier commenta, il y a quelque temps, la résolution de M. Corning, député à la législature néo-écossaise. Depuis {le 28 mai) M. W.-F. Robert, ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, traita à son tour de la rupture possible de la Confédération. Nous sommes donc plus que jamais convaincus que le Canada frariçais n'a pas le droit de se désintéresser des phases de cette nouvelle tendance.

(TraductionI

M. le Directeur,

L^ Action française,

Montréal.

Monsieur,

Les derniers événements survenus en Turquie nous ont ouvert les yeux sur le danger que l'impérialisme britannique fait courir au peuple du Canada, et tout particulièrement du Québec, qui se prononcerait pratiquement à l'unanimité contre la participation à une nouvelle guerre provoquée par l'impérialisme anglais.

Ces événements nous portent malgré nous à nous demander si la Confédération n'est pas une agglomération forcée et impraticable (artificial and unwieldy) d'éléments dissemblables, actuellement dominée par la haute finance, pour le bénéfice d'une poignée d'exploiteurs, drapés dans rUnion Jack.

Le Québec aurait repoussé la confédération s'il avait su, en 1867, qu'il serait entraîné dans les guerres de l'impérialisme britannique.

Si, en 1917, la résistance à la conscription avait été conduite par un groupe d'honnêtes gens, d'une habileté moyenne, dirigeant leur effort vers un but défini, Québec eût pu devenir une province indépendante au plus brillant avenir moral et matériel. L'un de ses traits saillants est la prédominance des intérêts économiques et géographiques sur les questions de race et de religion. Les Canadiens français et anglais, travaillant ensemble dans le Québec ont plus de liens communs (hâve more in common) que les Canadiens français du Québec et de l'Ontario n'en ont entre eux. L'action autonomiste du Québec (the movement for the autonomy of Québec) deviendra tôt ou tard (ultimately) indépendante de toute préoccupation de race ou de religion. De fait l^un des motifs qu'ont certains Canadiens français de s'opposer à cette autonomie est leur crainte de voir leurs compatriotes des autres provinces perdre les avantages de l'appui (the benefit of the support) des Canadiens français du Québec.

L'opposition des intérêts de langue se manifeste surtout dans le domaine de l'instruction, et l'on peut à peine soutenir que les Canadiens français du dehors aient reçu un concours utile du Québec sous ce rapport (hâve gained much practical support in this manner).

Le Québec possède pratiquement tout ce qui est nécessaire à une nation souveraine (self-contained nation) et sa population est égale à celle des treize colonies américaines de 1776, avec en plus des ressources dont la science a multiplié encore la valeur.

Une tendance générale favorise, depuis plusieurs siècles, l'étabHssement vers le Nord, et Québec, à la fin du

Page 1