VERS UN COMITÉ NATIONAL
Nous lisons dans la Voix de la Jeunesse {Action catholique, 11 août 1923) ces lignes qui sont de M. P.-René Chaloult : "De ce désaccord entre les différents groupes, il est résulté que pas une seule réclamation n'a été unanime: tantôt elle venait d'un journal de Montréal, tantôt d'un autre de Québec ou d'Ottawa; un jour d'une revue d'avant-garde, le lendemain, d'une société de dilettantes. De telle sorte que jamais, à notre connaissance, il n'y a eu un effort commun et concerté, constant et vigoureux, qui tout probablement eut obtenu ce que nous désirons tous".
M. Chaloult regrette ici le désaccord ou plutôt le manque d'entente entre les œuvres de défense catholique et française et qui a pour conséquence de vouer à l'insuccès les revendications que chacune des œuvres a pourtant à cœur. La vérité nous est venue trop souvent de la jeunesse, depuis quelques années, pour que nous n'applaudissions pas, des deux mains, les paroles de notre jeune ami de Québec. A quand le comité national formé de simples agents de liaison venus des associations diverses et qui prépareraient l'accord de toutes pour les revendications communes ?
Les congrès — on se plaît de plus en plus à le recon- A propos naître — ont du bon. Ils auront certainement intensifié de congrès chez nous la vie catholique et la vie française. Quel groupement n'a pas maintenant le sien ? Quelle œuvre ne leur doit quelques-uns de ses meilleurs progrès? Aussi ne faudra-t-il pas s'étonner si quelque beau jour la Ligue d'Action française convoque, à son tour, ses amis...
Mais ce n'est pas pour annoncer cette nouvelle qui serait prématurée, ni en préparer la réalisation que nous écrivons ces lignes. Elles sont venues simplement sous notre plume alors que nous songions à deux manifestations récentes d'un patriotisme ferme et éclairé, à deux événements où l'action française s'est nettement affirmée, nous voulons dire : les réunions annuelles ou congrès de V Association catholique des Voyageurs de commerce et de l'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française.
Groupés dans la cité des Trois-Rivières, l'une de Les voyageurs nos villes les plus françaises et les plus hospitalières, catholiques les voyageurs avaient pris, comme sujet d'études, leurs devoirs : devoir professionnel, devoir social, devoir envers leur association. Or dans ce cadre bien défini, l'amour et la défense des traditions, de la famille, de la langue eurent, leur large place. Chaque rapporteur, je crois bien, en parla. Veut-on un exemple de la manière dont ces hommes savent envisager le grave problème de nos destinées? Voici quelques phrases extraites du rapport de M. Rodier, du cercle de Montréal : "Au Canada nous devons chercher à réaliser le plus possible le rêve des fondateurs de la Nouvelle-France, en assurant la survivance d'un groupe français et catholique bien uni, se gouvernant lui-même, travaillant à l'expansion du catholicisme et au rayonnement de la civilisation française en Amérique. Sans chercher à hâter la séparation de ce qu'on a appelé notre État français, cherchons à assurer contre tout empiétement l'autonomie de notre province dans la situation présente et à rester maîtres de nos ressources naturelles, de notre commerce et de nos destinées dans l'avenir. Souhaitons donc que notre province soit de plus en plus prospère, de plus en plus catholique, de plus en dIus française".
On sentait d'ailleurs, à se mêler avec ces hommes, à les entendre parler — et c'est une impression que nous avons éprouvée chaque fois
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qu'il nous fut donné de rencontrer les voyageurs catholiques dans leurs retraites, leiu's séances ou leurs congrès — combien leur mentalité est saine, droite, élevée. Notre race vraiment compte peu de groupes dont elle peut être aussi ficre.
A Sherbrooke, les membres de l'A.C-
L'Association catholique J. C. réunis pour leur conseil fédéral
de la Jeunesse avaient deux sujets au programme: la
désertion des campagnes et les infiltrations étrangères. L'un et l'autre touchent directement à notre nationalité. Ils représentent deux des maux dont nous souffrons le plus à l'heure actuelle. Le second, on le comprend, nous intéresse davantage. Pour la Ligue d'Action française c'est un peu l'ennemi capital, l'adversaire que nous avons pris à tâche d'exterminer et sans lequel notre mouvement ne serait pas né. C'est pourquoi, Tan dernier, lorsque l'Association de la Jeunesse en fit l'unique sujet de ses assises de Hull, nous avons consacré à ces réunions toute une chronique.
De la voir revenir cette année sur cette question vitale et rechercher par une enquête si la lutte entreprise avait été menée fermement nous a a réellement enchantés. Aussi l'un de nos directeurs s'est-il fait une joie de porter à ses membres le salut de notre Ligue. En philosophe qu'il est, l'abbé Pinault est remonté aux causes de ces infiltrations et les a vigoureusement dénoncées; puis il a conclu son allocution par les paroles vibrantes qu'on a pu- lire plus haut.
Le rapport du vice-président Martineau précéda cette
Lutte par allocution. Il relatait les faits et gestes des membres de les détails l'A.C.J.C, durant l'année écoulée, dans leur résistance aux infiltrations étrangères. Que de traits d'énergie et de vaillance il a rapportés. Un passage entre plusieurs : "Des élèves de collèges font des démarches auprès du procureur et réussissent à ouvrir ou à fermer les ventilateurs de leur classe en leur langue, quand autrefois les indications portaient "open", "s/iwi". Les mêmes élèves craignent que les biscuits et bonbons à noms exotiques ne soient causes d'indigestions graves, et affirment qu'en cas d'incendie ils refuseraient de se servir des fire escape... Prudents, les directeurs de la maison ont jugé bon d'installer des escaliers de sauvetage !"
Et si vous souriez et dites que ce sont là des enfantillages, des bagatelles, des détails..., le rapporteur vous répondra par ces paroles, non d'un enfant, certes, mais d'un homme mûr, d'un archevêque, de l'intrépide chef ecclésiastique du diocèse de Saint-Boniface, Mgr Béliveau : "La race canadienne-française vivra du détail ou mourra du détail".
Aussi ceux qui luttent pour les détails méritent-ils Louables d'être encourages. L'un des derniers présidents de initiatives VA.CJ.C, remarquable par la fermeté et la rectitude de son sens patriotique, M. Guy Vanier, l'a compris. Et il s'est empressé d'offrir un "trophée d'action française" que se disputeraient fraternellement les cercles de l'Association. Le cercle Châtelain de Buckingham en fut cette année l'heureux vainqueur. C'est aussi son vice-président, M. Lévis Lorrain qui remporta le prix de S25.00, offert par le cercle Dollier de Casson, pour la lutte la plus active contre les infiltrations étrangères. Un autre prix de $15.00, don du cercle Jacques-Cartier au membre des Avants-Gardes qui se serait distingué entre tous par son ardeur à combattre les anglicismes et les barbarismes, est allé récompenser, dans les plaines de l'Ouest, le Jeune Bernard Goulet, président de l' Avant-Garde Provencher, au collège de Saint- Boniface.
Louables initiatives que nous aurions voulu réaliser nous-mêmes depuis longtemps, mais qui furent toujours entravées pav notre manque de ressources. Nous sommes heureux que nos amis de l'A.C.J.C. aient pu les entreprendre. Et nous souhaitons qu'elles produisent les résultats désirés, qu'elles stimulent la fierté de notre jeunesse, qu'elles l'aident à se tenir toujours debout.
Une récente publication contribuera aussi à obtenir ce Secouons résultat. C'est le compte rendu du conseil fédéral de Hull. le joug II s'intitule crânement: ^'Secouons le joug". 11 se présente sous une élégante couverture bleutée où flamboient les lettres rouges du titre. Il contient surtout deux remarquables études sur les infiltrations étrangères dans la famille et la cité, ainsi que les commentaires auxquels elles donnèrent lieu. Nous ne croyons pas que ce sujet, d'une importance capitale, ait encore été traité si à fond chez nous. Les rapporteurs, aidés par leurs camarades des différents cercles, ont promené partout le réflecteur puissant de leur observation. Ils ont fouillé les moindres ooins de la famille et de la cité, et ont fait sortir de l'ombre tous les reniements et toutes les abdications qui s'y cachaient. Quelles lugubres apparitions ! Quelle efïlorescence soudaine de pensées, de paroles, de gestes, d'objets dépouillés de leur beauté française et sottement vernissés d'anglais I A les voir ainsi côte à côte, dans leur ensemble morbide, on se sent pris d'une i)rofonde nausée...
Nausée bienfaisante ! lOUe ouvrira les yeux des aveugles et les oreilles des sourds ! Elle donnera aux coupables le dégoût de leurs fautes. Elle stimulera le zèle les vaillants qui se sont attelés à la rude besogne
de réveiller notre sens national. A tous, à toutes, nous recommandons ^* Secouons le joug'. Il fera du bien dans chacun de nos foyers.
La RÉDACTION.