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ECLAIRER NOTRE CATHOLICISME

Il peut y avoir des pays où toute une société chrétienne serait à refaire; chez nous elle n'est encore qu'à guérir et à conserver.

Le diagnostic de nos maladies, tracé au cours de cette enquête, semble complet. Ajoutons quelques considérations, insistant sur ce qui nous paraît être la cause première du mal et le point précis où doit d'abord s'appliquer le remède.

Le catholicisme, il importe de le redire, est essentiellement esprit et vie. C'est par là qu'il se distingue, que Jésus-Christ lui-môme l'a distingué de toute autre forme de religion. Par là il s'oppose au formalisme judaïque comme à la religiosité vague et toute externe du protestantisme le plus fervent.

C'est l'intime de l'homme qu'il vise. C'est son intelligence et son cœur, l'une et l'autre, non pas l'une sans l'autre, qu'il entend subjuguer. Que prétend-il donc ? Maintenir l'ordre entre Dieu, l'homme et le monde. Ordre arbitraire? Non, celui qu'exigent l'essence divine et la nature des choses, immuable comme l'essence divine, son exemplaire.

Ainsi, que le catholicisme commande la soumission de l'intelHgence au dogme révélé, ou de la volonté aux préceptes divins, qu'il s'agisse de doctrine, de morale, voire d'esthétique, sa formule la plus nette et la plus pleine, en langage familier, c'est : chaque chose à sa place.

''C'est, dans l'homme, que la chair soit soumise à l'esprit et l'esprit à la foi; c'est, dans la famille, que les

parents commandent aux enfants et les élèvent, que les enfants obéissent à leurs parents et les honorent; c'est, dans les situations de la vie, que Dieu soit béni de tout ce qu'il impose : de la pauvreté comme de la richesse, de la maladie comme de la santé, de l'obscurité comme de la gloire." ' C'est, dans la société, que l'autorité légitime soit respectée et obéie ; mais c'est aussi qu'elle-même respecte les autorités qui lui sont supérieures par leur nature, et qu'elle a mission de servir, non de méconnaître ou d'asservir.

C'est, en un mot, que nulle part dans la vie de l'individu, de la famille ou de la société, la raison humaine ne soit mise à la place de la raison divine; le faux à la place du vrai; le laid à la place du beau; le plaisir à la place du devoir; les moyens à la place de la fin; le temps à la place de l'éternité; la créature à la place du Créateur.

Dès lors, pour le dire en passant, n'est-il pas évident que seul le catholicisme établit l'échelle véritable des valeurs ? Avons-nous besoin des faits, de l'expérience quotidienne et de celle des siècles, du témoignage de l'historien, du sociologue, du moraliste ou du médecin, pour savoir que, puisqu'il tend à conformer le plus possible l'individu, la famille et la société, avec leur perfection idéale, avec leur exemplaire divin, seul le catholicisme est source d'ordre et de beauté, de paix, de santé et de joie, de progrès indéfini, de vie pleine, profonde, épanouie.

Si la loi divine contient les énergies vitales, si elle réprime leurs poussées aveugles, dans quelque domaine qu'on l'imagine, ce n'est pas pour les amoindrir, mais pour les préserver du gaspillage ruineux et les conduire à leur plein rendement. Nous avons là toute la théologie du Quaeriie primuin regnum Dei. Cherchez d'abord le règne

^ Louis Sempé S. J. : Messager <1ii Cœur de Jésus, mai 1922, p. 297

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de Dieu dans l'État, au foyer, en vous-même. Le reste, tout le reste viendra comme par surcroît, dans la mesure où le permettent encore, pour les peuples comme pour les individus, la déchéance primitive, la loi de l'expiation, de la sanctification et du salut.

Nous savons combien chaque chose est loin d'être à sa place, dans les doctrines, les œuvres et les mœurs du monde contemporain, de celui particulièrement qui nous entoure et nous compénètre.

Nous ne sommes plus des isolés. Notre serre-chaude est ouverte à tous vents. Qu'ils s'élèvent de tout près ou soufflent du lointain, de l'est et du sud, ils saturent notre atmosphère de matérialisme et de laïcisme naturaliste. Notre esprit catholique s'affaisse dans la mesure oii le paganisme ambiant, effronté, imprègne nos idées et nos mœurs. On y a vu la cause principale de nos maladies : double conscience en politique et en affaires; égoïsme jouisseur qui tue peu à peu la famille et démoralise l'individu; chez les meilleurs, religion plus ^'cultuelle qu'intellectuelle"; dans les hautes classes spécialement, insouciance marquée à s'instruire des choses de la foi, science devenue ''pas pratique", entendons ''pas praticable", dans le monde où nous vivons.

Il semble qu'on puisse et qu'on doive remonter plus loin.

Lorsqu'il entreprit la conquête du monde, le catholicisme dut affronter des doctrines, des modes, des mœurs, dont l'étatisme et la dissolution modernes ne sont encore que l'ombre. Il a tout corrigé, vaincu, guéri et transformé. D'où vient donc que notre catholicisme, à nous, fort à son tour de toutes les forces secrètes de l'atavisme et d'une organisation unique peut-être, fléchisse néanmoins et recule, au point do nous alarmer, devant le néo-paganisme ?

La cause est en chacun de nous. Faute d'en être mieux instruits et faute d'y réfléchir, nous avons perdu ce qui fut toujours la sève de vie du catholicisme conquérant: l'intelligence, l'estime et l'amour des réalités sublimes et fondamentales du christianisme. On ne sait plus ce que c'est qu'un chrétien. Jésus-Christ est bien encore le Sauveur, le modèle à imiter, mais personnalité historique et lointaine. Il n'est plus pour nous comme pour les chrétiens de l' Église primitive et des siècles de foi, la grande, l'unique réalité, le personnage toujours vivant, toujours présent à chacun de nous.

L'Esprit-Saint, la Trinité entière réellement présente en nous, vivant en nous, non seulement comme dans un temple, mais par une communication véritable de la vie propre à Dieu, qui nous élève au-dessus de notre nature, devient ''l'âme de notre âme", nous divinise et s'appelle la grâce, combien y croient, combien y songent?

Combien savent que le chrétien ''c'est un homme et quelque chose de plus" ? Si le philosophe définit l'homme un animal raisonnable, il faut définir le chrétien, un homme divin.

L'homme, c'est une nature, la nature animale, élevée au-dessus d'elle-même par la communication d'un principe de vie supérieure, l'âme spirituelle.

Le chrétien, c'est une nature, la nature humaine, élevée au-dessus d'elle-inême par la communication d'un principe de vie supérieure et divine, la grâce.

Sans doute nous parlons analogie, non pas identité. Le corps et l'âme s'unissent pour former une nature nouvelle, qui n'est plus la nature animale, mais proprement la nature humaine. Il faudrait se garder de croire que l'âme unie à la grâce forme une nature différente, qui cesserait

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en quelque sorte d'être la nature humaine, pour devenir, disons, la nature chrétienne.

Il reste vrai que si la matière devient, chez l'homme, capable d'une vie supérieure, organe ou instrument d'une vie spirituelle, ainsi l'âme par son union à la grâce est rendue capable d'opérations qui excèdent ses aptitudes natives.

Ces opérations sont, sur terre, la foi, l'espérance, la charité et les actes de toutes les vertus spécifiquement chrétiennes qu'elles commandent. C'est, là-haut, un mode de connaître Dieu, de l'aimer, de le posséder, de partager par suite son éternelle félicité, qui dépasse, au delà de ce que nous pouvons concevoir, non seulement le mode de connaître et d'aimer naturel à l'homme, mais celui même qui serait naturel à l'ange ou à toute autre créature. C'est une participation du mode divin. Parce que ce mode de se connaître et de s'aimer lui-même, et de trouver dans cette connaissance et cet amour une félicité infinie, constitue la vie propre de Dieu, nous disons justement que la grâce est une participation, dès ici-bas, à la vie divine, à la nature divine, divinae consortes naturae. C'est l'enseignement de saint Pierre.

Sommes-nous assez grands? De cette prérogative en découlent d'autres. C'est d'abord, sur l'âme enrichie de la grâce, une protection divine jalouse. Dieu, qui a mis en nous l'instinct de conservation, défend sa propre vie dans l'âme qui la possède. C'est le mystère de notre filiation divine, qu'exalte l'apôtre saint Jean, qui fait de nous les fils adoptifs de Dieu. De là une réelle fraternité entre tous les baptisés et Jésus-Christ, notre ''frère aîné". Delà une sorte d'égalité entre Dieu et nous, fondant cette intimité, cette familiarité même qui nous stupéfie chez les saints; ces rapports d'amitié, ce cœur à cœur quotidien, que

pratiquent tout bonnement les âmes simples, mais que nous ne soupçonnons pas.

Que de théologie profonde dans ce vieux refrain de collège, qui nous chantait les joies et les privilèges de l'innocence :

^^ Chéri de celui qu'il adore Son bonheur le suit en tout lieu.

Que peut-il désirer encore, Quand il est F ami de son Dieu'' !

Tout cela éclaire l'affirmation de saint Paul : ' 'L'amour est la plénitude de la loi". Amour de Dieu et du prochain, c'est toute la loi, avait dit le Maître. ^

Nous sommes loin de nos conceptions mesquines, de notre catholicisme défloré, décapité ! Pour la masse de nos gens l'état de grâce, c'est du négatif, sans plus. Est-il étonnant qu'on y tienne si peu? Les sacrifices de la vertu paraissent inacceptables parce que nous en ignorons le prix, les magnifiques compensations, dès ici-bas. La loi morale devient un code pénal, pur servilisme, au lieu d'être loi d'amour et doctrine de vie. C'est pour avoir perdu l'intelligence de ces réalités, que nos ' 'cultivés" en ont aussi perdu le goût. Pour ignorer la grâce on sait mal Jésus- Christ, on s'en désintéresse; surtout on ne comprend plus l'Église et sa mission. Sans quoi personne n'aurait de difficulté à admettre que son rôle dans le monde est essentiellement bienfaisant; que son emprise sur les hommes et

2 Qui voudrait approfondir ces données, pourra lire parmi les ouvrages de vulgarisation :

Perroy : "Le royaume de Dieu", Paris, Lethielleux. Plus : "Dieu en nous". Toulouse, apostolat de la Prière, 0, rue INIontplaisir. Sertilanges : *La Vie catholique" 2 volumes, Paris, Gabalda. Comme ouvrage plus technique : Bainvel : "Nature et Surnaturel", Paris, Beauchesne. Leçons faites à l'Institut catholique de Paris.

sur les peuples n'est pas pour eux une servitude, mais une sauvegarde; que sous son égide, la vie des nations ou des individus ne peut que monter, florissante. On n'oublierait pas que l'Église a en elle-même de quoi corriger les écarts des hommes qui la dirigent; que ces écarts causeront toujours moins de mal à la société que le renversement des choses, la séparation ou l'opposition de l'Église et de l'État. Dieu veille sur son Église, et par elle sur les États. Les rôles ne sauraient être intervertis. Tout notre laïcisme naissant est là.

Or ces hautes idées sur la grâce, qui sembleraient si peu accessibles, étaient familières aux premiers fidèles. Elles étaient la lumière, la force, la joie, la grande fierté de leur vie. L'amitié divine, la vie divine à garder et à développer en soi, c'était pour le patricien à la cour des empereurs, et pour l'esclave aux mines, le but premier de l'existence, la vraie vie, la vraie richesse, le bien suprême, que le sacrifice de toutes les joies d'ici-bas, que les douleurs du martyre ne payaient pas trop cher.

Car, alors plus que de nos jours, en politique, en affaires, — il fallait vivre — , dans les relations de société, dans ses mœurs, les modes, ce n'était ''pas pratique" de mettre sa vie d'accord avec sa foi. Le plus souvent c'était se trahir, livrer ses biens à la confiscation, sa tête au bourreau ou ses chairs aux bêtes. Et cela dura trois siècles ! Mais le Christ avait dit : ''Ayez confiance, j'ai vaincu le monde". Puis il avait marqué leur rôle aux chrétiens par cette image expressive : "Vous êtes le sel de la terre". On eut foi à la puissance divine plus qu'à l'efficacité des compromis obligeants. Il en fut proposé. On ne voulut pas être un sel affadi. Et l'histoire force aujourd'hui d'écrire: "C'est moins par de fréquentes et longues discussions que par le spectacle des mœurs chrétiennes, si opposées à

Tégoïsme, à l'injustice et à la corruption des païens, que s'est propagé le christianisme". (Dom Chautard).

Aux mêmes maux les mêmes remèdes. Qu'on nous rende des générations de chrétiens sachant bien ce que c'est qu'un chrétien, et nos maladies se guériront d'elles-mêmes.

Ce sera œuvre d'enseignement et d'éducation. Les sources ne manquent pas. L'Évangile entier s'attache à nous faire concevoir les merveilles et le prix de la grâce. La prédication apostolique n'a pas de sujet plus constant. Tout le symbolisme sacramentel ''fait sentir et toucher ces réalités ineffables, marquées par les termes de rénovation, de régénération,.., de temple ou de maison spirituelle, d'effusion du Saint-Esprit dans les cœurs, de vie nouvelle en et par Jésus-Christ, d'enfant de Dieu et d'héritier du ciel". (Bainvel: ''Nature et Surnaturel", p. 70).

Que les parents s'appliquent donc à faire comprendre aux enfants la nature et la valeur de l'état de grâce. Qu'ils leur enseignent à défendre, coûte que coûte, leur vie surnaturelle, la vie de Dieu en eux. — "Dieu te voit, mon enfant". — Que ce ne soit plus l'œil perdu quelque part dans les cieux, d'un Dieu lointain et terrible, mais le regard chaud et pénétrant de l'Ami divin, présent et vivant mj^stérieusement dans l'intime de leur être. Que l'amitié divine conservée et accrue soit la suprême récompense de leurs petits efforts, de leur soumission à papa et à maman, d'une petite aumône, d'un bonbon sacrifié ou partagé, d'une leçon apprise, et, plus tard, de la passion vaincue. Ce sera du coup corriger la mollesse de l'éducation, réapprendre la loi fondamentale du sacrifice, mais du sacrifice consenti et cherché par amour. Ainsi nos enfants seront bien armés pour

les crises de jeunesse. Mais à l'éducateur de continuer l'œuvre de la famille. Que nos maîtres intensifient chez eux la préoccupation d'être éducateurs plus qu'instituteurs. Qu'ils appliquent les forces vives de leur esprit et leur zèle à révéler aux élèves de nos écoles et de nos collèges, ce qu'ils sont par le baptême, et ce qu'ils continuent d'être par l'état de grâce. Le chrétien, demeure de la Trinité, vérité fondamentale et la plus pratique, qu'on apprenne d'eux à l'estimer comme telle, à y rattacher conséquemment toute sa vie. Qu'on sache bien que le catholicisme est une vie avant d'être une doctrine. Des jeunes gens ainsi formés auront vraiment l'intelligence et l'amour de Jésus-Christ et de l'Église. Ils l'emporteront avec eux par la vie. Qu'on se figure au sein de notre parlement fédéral ou provincial, à notre conseil de ville, un groupe compact de ces hommes portant au cœur, source incomparable de force et de fierté, le sentiment de la présence en eux de l'Hôte divin, leur Ami, leur Dieu, le Maître souverain par qui toutes les nations ont été données en héritage au Christ, Législateur et Roi, pour qu'il règne sur elles malgré les puissances de l'erreur ou celles de l'argent...

Dans ce travail d'éducation la chaire sacrée aura sa part et belle. Nous ne sommes pas quahfié pour la définir. Qu'on nous permette seulement de transcrire la plainte formulée par Mgr de Ségur. Après avoir rappelé que Dieu est dans notre cœur et que le Saint-Esprit habite en nous, il s'écrie: ''Comment se fait-il que presque personne ne semble y attacher de l'importance, que presque personne n'y pense, n'en vive, ne le croit pratiquement. Même parmi les prêtres, les bons prêtres, il en est peu, je ne crains pas de le dire, qui donnent directement aux âmes cette délicieuse et incomparable pâture, la seule capable d'assouvir leur faim et d'étancher leur soif, Dieu, vie de leur âme.

compagnon de leur existence, source intime de leur force, de leur sanctification, de leur piété."

Le remède sera efficace. Pas n'est besoin d'en chercher de nouveau la garantie dans l'histoire de l'Église. Ici même, le mois dernier, on attirait notre attention sur l'incomparable élite catholique de France. Sait-on bien qu'elle coïncide avec l'élite intellectuelle du jour : philosophes, historiens, artistes, romanciers, publicistes, magistrats, hommes do science ou de guerre ? Ces hommes, encore jeunes ou d'âge mûr, causeront avec vous de vie surnaturelle, de liturgie, d'ascèse même, comme do choses familières et toutes simples. D'autres s'étonneront peut-être du langage que nous aurons tenu au cours de cet article, dans une revue comme la nôtre, même quand nous cherchons loyalement les moyens de rendre à notre catholicisme son intégrité. Ces catholiques intelligents se sont fait une imagination et un cœur si chrétiens, qu'ils entendront ce langage et l'estimeront tout naturel.

Or à l'origine du catholicisme intégral de ces âmes, nous trouverons l'intelligence de la grâce. C'est par là qu'elles ont compris Jésus-Christ, la rédemption, l'Église. Dès lors s'est éveillé en elles le besoin de connaître mieux, pour en vivre davantage, les munificences divines dans l'économie de notre salut. Ainsi, par exemple, l'on peut voir, chaque dimanche, une trentaine do polytechniciens se grouper d'eux-mêmes autour d'un théologien bien connu, non pour en recevoir des leçons de catéchisme, mais pour s'enquérir des plus hautes données théologiques.

Au hasard des nombreux textes que nous pourrions invoquer, citons Jacques Maritain, ce laïque, maître incontesté de la philosophie chrétienne, qui, à quarante ans, a maîtrisé saint Thomas d'Aquin et ses grands commentateurs. Il trace d'une main ferme le programme de la

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Confédération professionnelle des Intellectuels catholiques, Commission des Études.

''Notre Commission a pour but :

2° De soutenir, d'encourager, de provoquer au besoin, de la part de nos adhérents, des efforts pratiques et effectifs pour l'étude des devoirs spéciaux du chrétien dans chaque profession. ...Nous entendons défendre l'intelligence non par la lutte de classes, mais par le triomphe de la vérité.

''Cette vérité, qu'elle est-elle? La vérité ne se trouve nulle part pleine et totale que dans l'enseignement de l'Église catholique. C'est donc purement et totalement la doctrine catholique, telle qu'elle est présentée par les documents officiels et par l'enseignement commun dans l'Église, que nous voulons mieux connaître et répandre. ...Corporativemeni, nous nous croyons un devoir particulier de répandre certaines vérités de la doctrine catholique: celles qui se rapportent à notre profession respective. Ces vérités... on les trouve dans l'enseignement catholique... Un catholique doit se donner la peine de les y chercher; les ayant trouvées, de les méditer; les ayant méditées, de les appliquer à sa vie personnelle et dans son activité sociale". {La Documentation catholique, t. VII, p. 476).

Que le remède proposé doive être efficace, la preuve en est faite aussi chez nous. Ceux-là ne sauraient en douter qui ont connu on eux-mêmes ou chez les autres, ces transformations soudaines, radicales, inattendues, fruits de la retraite fermée. Or la retraite fermée porte son effort à faire saisir deux choses: le péché et l'importance de la grâce, vie divine en nous. L'âme qui n'avait jamais regardé ces réalités en face, en est bouleversée. Elle s'ouvre à l'amour de Dieu, du Sauveur et de la sainte Église. Le cœur déborde. On voudrait pouvoir crier à tous ceux que l'on ren-

contre: ^'Chrétien, sais-tu bien ce que tu es, ce que tu vaux, pour vivre ainsi" ?

On s'inquiète de mieux s'en instruire soi-même, pour mieux vivre et mieux aimer. La rupture se fait d'ellemême avec cette tradition trop réelle, cette ' 'habitude héréditaire qui veut que la connaissance scientifique de la religion soit le partage exclusif des ministres du culte". (Action française, août, p. 67).

Témoins, entre autres, nos admirables voyageurs catholiques. Témoin, ce chrétien de notre ville, dont on nous rapporte ces propos tout récents : ^'Comment se fait-il qu'il y ait tant de crimes dans un peuple catholique? C'est parce que, disait-il en pleurant, tous ces chrétiens ignorent ce qu'ils sont, et ne savent pas que Dieu veut leur âme pour demeure permanente".

Cet homme fait ses délices de la lecture de saint Paul. Pour lui le traité de la grâce, c'est tout : ''Quand même j'ignorerais le reste, il me semble que je n'en souffrirais pas. Il me suffit, et j'en suis comblé, de savoir que Dieu est dans mon âme... Il pense, il agit avec moi, il m'aime. Je serais un fou, si je ne faisais pas tout pour lui, avec lui !"

Restons sur ces paroles. Elles valent toute une démonstration. ^ .

Emue Papillon, S. J.

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