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PRECIS DE LA DIFFICULTÉ SCOLAIRE DE PEMBROKE

1) La population totale de la ville de Pembroke (recensement de Pembroke de 1921) est de 7,875 dont 1,800 Canadiens français catholiques et 1,655 catholiques d'autres nationalités.

2) Les contribuables canadiens-français aux écoles séparées de Pembroke sont de nombre à peu près égal aux contribuables de langue anglaise.

3) Il y a deux écoles séparées dans la ville de Pembroke, l'école de la cathédrale et l'école Saint-Jean, construites l'an dernier.

4) L'école de la cathédrale est fréquentée par 1.87 élèves canadiensfrançais et 202 enfants d'autres nationalités, tandis que à l'école Saint- Jean il y a 175 Canadiens français contre 85 d'autres nationalités.

5) L'école de la cathédrale est confiée aux RR. SS. Grises, communauté française alors que l'école Saint-Jean l'est aux RR. SS. Saint- Joseph, communauté anglaise.

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6) Malgré leur forte proportion française ces écoles sent classifiées comme écoles catholiques purement anglaises par le gouvernement.

7) Les écoles séparées de Pcmbroke étant anglaises au point de vue de la loi, les institutrices ayant les diplômes bilingues d'Ontario n'ont pas le droit d'y enseigner. Toutefois, pour les seuls petits Canadiens français qui ne connaissent pas l'anglais, l'on tolère une institutrice diplômée bilingue, mais dans le 1er cours seulement et dans le seul but de préparer ces enfants à prendre le cours pu anglais exclusivement.

N. B. — A l'éccle de la cathédrale, on permet aux enfants canadiensfrançais des autres classes de venir à une heure déterminée du jour recevoir des leçons de français et de catéchisme dans cette classe de petits où il y a déjà 30 élèves environ.

8) Avant l'ouverture de l'école Saint -Jean l'an dernier, les Canadiens français ont demandé que le français fût enseigné dans la nouvelle école. Ils en eurent la promesse de la commission scolaire.

9) A l'ouverture des classes à Pâques, il se trouva que l'institutrice prépesée à l'enseignement du français fut la révérende Sœur Saint- Joseph (Miss M. McCauley). Elle enseigna de Pâques à iuin 1923.

10) On constata vite que ^a connaissance du français de cette institutrice était plus que rudimentaire et l'on . n vint à la conclusion qu'elle ne pourrait enseigner convenablement cette langue. L'inspecteur lui-même admet l'insuffisance de son enseignem.ent.

11) Les Canadiens français firent de nouvelles représentations à la commission scolaire et il fut décidé que les ser\ices d'une institutrice compétente pour l'enseignement du français seraient retenus pour septembre 1923. Des annonces furent publiées dans les journaux auxquelles cinq institutrices répondirent dont Mil eLajcie. Les certificats de Mlle Lajoie ayant été jugés suffisants, elle fut régulièrement engagée. Sister S?int-Joseph qui était sur les rangs, resta quand même à l'école Saint- Jean.

12) Mlle Lajoie se présenta à l'école Saint-Jean à l'ouverture des cours en septem.bre. Elle s'î;pcrçut aussitôt que sa présence n'était guère désirée. C'est alors que se passa entre elle et la principale, Rév. Sœur Béatrix, la conversation rapportée dans le Droit du 12 octobre,

13) Aux termes de son engagement, Mlle Lajoie devait donner l'enseignement français aux^ élèves canadiens-français des 7 autres classes qui devaient se présenter à sa classe à une heure déterminée. Après quelque temps, voyant qu'aucun de ces élèves ne se présentait, Mlle Lajoie en causa à la principale. C'est alors que celle-ci lui déclara

qu'"elle attendait des ordres". Ce régime aurait obligé Mlle Lajoie à donner l'enseignement français à 90 élèves chaque jour.

14) Les choses en étaient à ce point lorsque, à la suite d'une réunion de la commission scolaire tenue le 17 septembre, à laquelle assistait l'inspecteur Quarry, et d'une visite que celui-ci fit à l'école Saint- Jean dans la journée du 18, Mile Lajoie reçut avis de son renvoi comme institutrice, le 5 octobre.

15) Cette nouvelle créa tout un émoi dans la population française, tout particulièrement dans celle de la paroisse Saint- Jean-Baptiste où est située l'école Saint-Jean. L'on fit immédiatement circuler une pétition que l'on présenta à la commission scolaire le 17 octobre. Elle était couverte par 113 signatures de contribuables de l'école Saint-Jean.

16) Le dimanche 21 octobre, la com.m.ission scolaire n'aj'ant pas répondu aux pétitionnaires, les Canadiens français de Pembroke se réunirent au nombre d'environ 250 et adoptèrent des résolutions qui furent présentées le même jour, à la commission scolaire, à Mgr Z. Lorrain et à M. l'abbé Sloan, curé.

17) Le jeudi, 25 octobre, la commission scolaire rencontra les pétitionnaires et refusa leur requête de réinstaller Mlle Lajoie dans ses fonctions.

18) Le dimanche, 28 octobre, nouvelle réunion, où les Canadiens français au nombre de plus de cinq cents, décident la fondation d'une école libre, si la commission scolaire persiste à refuser de maintenir Mlle Lajoie dans ses fonctions. Une souscription est ouverte séance tenante et un comité est formé poiu' s'occuper des préparatifs de l'école.

19) Une nouvelle réunion des Canadiens français de Pembroke eut lieu le 1er novembre. L'ouverture de l'école libre bilingue est fixée au 6 novembre.

20) Le système d'enseignement du français établi dans les écoles séparées de Pembroke et décrit dans les considérants précédents est absolument défavorable au français. Au point de vue pédagogique il est une erreur; les enfants n'apprennent pas le français, sont retardés dans l'étude de là langue anglaise elle-même et leur développement intellectuel en est gravement compromis. Au point de vue de l'éducation proprement dite, le système, confiant les enfants canadiens-français à des instituteurs de langue étrangère, dans des classes où les manuels, les cours, les leçons, l'atmosphère sont d'inspiration étrangère, n'est propre qu'à fausser l'esprit et la mentalité de nos compatriotes.

(Le Droit, 3 novembre 1923).

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