DANS LA MÊLÉE POUR LE FRANÇAIS A ALEXANDRIA
La campagne qui a été organisée pour priver les Canadiens français de l'instruction à laquelle ils avaient droit à Alexandria est l'une des pages les plus tristes de l'histoire de cette localité. Nos compatriotes n'ont pas été habitués à être choyés par les autorités provinciales et il est évident qu'ils ne s'attendaient pas à recevoir d'eux plus qu'ils réclamaient; ils croyaient, cependant, pouvoir compter sur la s^Tnpathie de leurs coreligionnaires écossais. Cet espoir fut misérablement brisé. C'est sur la foi de témoignages encore inconnus, mais qui reçurent la pleine approbation de M. Costello, alors secrétaire de la commission scolaire, que l'on dérida, à Toronto, de considérer l'anglais comme la langue prédominante d' Alexandria, en dépit de la supériorité numérique des nôtres, dans le pubhc, et à l'école, et malgré l'intention manifestée par une majorité des contribuables et des commissaires de faire enseigner le français à l'école. Cette interprétation indiquait un souci extraordinaire de s'en tenir à la lettre de la loi et d'en néghger l'esprit vivifiant et qui seul est la marque des juges intègres. La clause 12 (3) avait pourtant le malheur de servir les Canadiens français et l'on ne trouvait d'autre moyen de contourner le texte que de lui donner une expHcation louche.
Si les nôtres employaient l'anglais dans les affaires, c'était pour mieux communiquer avec les citoyens anglais qui ne parlent pas et ne veulent pas apprendre le français et parce que la langue des tribimaux ontariens, où, à l'occasion, les livi-es, les comptes et la correspondance, doivent être produits, est l'anglais. Cette générosité, cette bonne volonté, cette politesse de leur part, a été défigurée, transformée, édulcorée à l'eau jaune, et loin de leur porter profit, elle a servi d'arme contre eux. Cet acte d'injustice envers nos compatriotes aurait pu susciter des rejjrésailles, car enfin si l'on veut l'harmonie et la concorde, il ne faut pas toujours que ce soient les Canadiens français qui aient la mauvaise part. D'autant plus que, dans la circonstance, le clergé écossais, qui aurait dû seconder les réclamations de leurs coreligionnaires, s'est montré l'adversaire déclaré de tout changement dans le programme scolaire.
En plein milieu de l'agitation scolaire d'Alexandria, agitation contenue cependant dans les bornes du respect de l'autorité ecclésiastique