PARTIE DOCUMENTAIRE
et des pouvoirs civils, Mgr George Corbett, administrateur du diocèse, depuis la maladie de Mgr Macdonell, faisait lire du haut des chaii'es une circulaire où se trouvait la phrase suivante :
"Dans le cas présent l'autorité ecclésiastique a été non seulement ignorée, mais une assemblée a eu lieu en l'absence de Mgr du palais épiscopal. L'impolitesse de ce geste ne peut pas être trop sévèrement critiquée. De plus, le fait qu'une telle procédure soit tolérée au moment où votre éveque se meurt est excessivement pénible et montre un mépris complet du devoir en même temps qu'une ingratitude impardonnable".
En plus l'administrateur du diocèse avait écrit à Toronto poiu* empêcher le gouvernement d'accorder aux Canadiens français l'objet de leurs demandes et le Dr Waugh, lui répondait en date du 2 octobre, que rien ne serait changé sans le consentement des autorités ecclésiastiques. Ceci se passait le 10 octobre 1920, alors que trois de nos compatriotes, MM. L.-A. Bouchard, Ar. Gauthier et J.-Ernest Leduc, avaient rencontré Mgr Macdonell, le 29 juin 1920, pour lui exposer le but de leurs démarches. Le regretté éveque d'Alexandria avait répondu: "Je n'ai pas d'objection, pourvu que les frais ne scient pas plu élevés". L'autorité ecclésiastique n'avait donc pas été négligée, et si Mgr Macdonell connaissait la revendication des fidèles canadiens-français, pour que leur langue soit décemment enseignée à l'école, la question n'avait pas été soulevée "à l'insu des autorités religieuses", même si Mgr Corbett n'en savait rien. On remarquera, en sus, que le problème était beaucoup plus vieux que la maladie du défunt éveque d'Alexandria, que nos compatriotes avaient toujours entretenu l'espérance de voir leurs droits respectés, et qu'ils désiraient obtenir au plus tôt la réalisation des promesses qu'on leur avait faites, au début de l'année scolaire.
La circulaire mettait nos compatriotes dans la posture d'un groupe de révoltés contre l'autorité ecclésiastique, alors que les sentiments les plus chrétiens avaient toujours animé leurs intentions et que, s'ils voulaient, et s'ils veulent encore, l'enseignement du français à leurs enfants, c'est pour leur conserver la mentalité catholique et française de leurs ancêtres et les immuniser contre les infiltrations protestantes qui trouvent si facilement leur véhicule naturel dans la langue anglaise. Mgr Corbett avait aussi fait un tort incalculable à notre cause en écrivant au département de l'instruction publique, à Toronto, pour que le gouvernement ne nous accorde pas nos droits. D'autant plus que les écoles ne dépendaient pas de la "corporation sole", c'cst-î\-dire du contrôle de l'autorité ecclésiastique mais qu'elles formaient une organisation corporative sous la tutelle administrative des commissaires élus du
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peuple. Il ne s'agissait pas d'attaquer un principe de la doctrine et de la morale religieuses, mais bien d'obtenir, pour les jeunes enfants de langue française, qui fr(^quent aient les écoles scparces dans une proportion de 408 à 80 Ecossais, l'enseignement de leur langue maternelle, et d'inculquer encore m.ieux dans les petites âmes les saintes vérit(^s de notre religion.
"Que les comm.issaires se rappellent bien, écrivait encore Mgr Corbett à M. Costello, le 6 octobre 1920, qu'ils dépendent de l'autorité ecclésiastique. En agissant d'autre façon, ils se placeront, suivant la parole de Notre-Seigneur, parmi "les païens et les publicains." Je serais heureux de promouvoir l'usage du français, mais à cause de l'attitude malheureuse adoptée récemment, il n'en sera rien". Signé (George Corbett).
Le problèm^e était changé de terrain. Alors que les nôtres avaient tout le respect voulu pour les chefs religieux, et qu'ils n'avaient jamais eu contre eux la moindre velléité de rébellion, ils gardaient aussi le droit, légal et moral, d'administrer leurs écoles, tant qu'ils ne dérogeaient pas aux recommandations de l'Eglise. Ce n'est pas à ceux qui désiraient que leurs enfants acquièrent leur instruction en français, que le Fils de Dieu, qui a octro3'é à ses apôtres le don des langues, afm qu'ils puissent enseigner toutes les nations, aurait appliqué les termes de "païens et de publicains".
Ces incidents appartiennent au passé, mais ils ne sont pas de l'histoire ancienne, parce que nos compatriotes d'Alexandria sont encore privés de l'application intégrale de l'article 12 (3), ce que voulaient M. Costello et Mgr Corbett. Ils poursuivent encore la bonne lutte pour sauver l'âme de leurs enfants de l'étreinte anglifiante. Mais leurs efforts n'ont pas été dépensés en pure perte, car ils ont pu réussir à ce que le français entre lentement, trop lentement, dans le programme scolaire. Il n'est point nécessaire d'ajouter que ni leur foi, ni leurs convictions religieuses n'ont été ébranlées par le mauvais vouloir de quelques-uns de leurs prêtres, car ils sont demem^és fervents chrétiens autant qu'ardents patriotes.
Fulgenco Charpentier.
(Le Droit, 6 octobre 1923.)