ARABESQUES
déploie en appréciations mesurées et raisonnées, appréciations qui ne s'expriment qu'après une étude suffisante du métier de l'ouvrier et à la lumière d'une juste comparaison avec d'autres œuvres du même genre. Tout cela s'aggrémente d'aimables digressions, de brèves remarques dont la saveur n'échappera à personne. En vérité, il est peu d'écrivains canadiens qui puissent rivaliser avec M. Henri d'Arles par la distinction, la propriété et le charme.
Le sujet de ce livre n'est autre que l'œuvre artistique d'un octogénaire de Montréal qui, après avoir fait du commerce, élevé une belle famille, dirigé une revue et publié des livres, s'est avisé d'employer ses loisirs de grand-père à sculpter le bois. Au moyen d'un fin canif, il s'est d'abord amusé à édifier — • si notre mémoire est bonne — de petites maisons pour les poupées de ses petites-filles. Rendu ainsi conscient de son talent, il l'a appliqué à décorer les boiseries de son domicile: arcs de portes, tours de miroirs, cadres. Son œuvre la plus accomplie est sans aucun doute une série de 21 cadres, rangés en frise autour de son bureau de travail. Il faut regretter que de toutes les planches du volume, les deux qui reproduisent cette frise soient les moins bien venues, faute d'une lumière suffisante. Peut-être aurait-on pu descendre deux ou trois de ces cadres pour nous en faire admirer la beauté; ils auraient remplacé avantageusement les photographies de consoles, étagères ou dessous de jardinières, qui n'ont rien de particulièrement attrayant. Sans doute M. Henri d'Arles a-t-il jugé qu'îles avaient une valeur démonstrative en nous rendant visibles les hésitations et les progrès du vieil artisan. Quoi qu'il en soit l'écrivain les décrit avec la précision d'un technicien et les apprécie avec une liberté et un goût qui lui font honneur.
Le livre est signé, nous l'avons dit, mais l'artiste dont
370 l'action française
il contient la biographie tient à rester anonyme. Lorsque, vcilà deux ans, nous eûmes le plaisir de visiter sa collection, il ne voulut pas nous dire qui en était l'auteur. Mais il nous fut assez facile de le deviner à rn certain accent, (on ne parle pas ainsi des enfants des autres). M. Henri d'Arles non plus ne le nomme nulle part, mais les faits qu'il raconte tnihissent l'identité de son héros. Nous ne voulons pas être moins discret et nous n'ajoutons rien de plus. Louis Deligny.