‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 25 sur 232 · LES LIVRES · texte numérisé non relu

LES LIVRES

(par Léo-Paul Desrosiers)

C'est un effort généreux, raisonné, que le livre de nouvelles offert au public par M. Léo-Paul Desrosiers: Ames et Paysages. Il est peu d'ouvrages publiés par des Canadiens français, en prose surtout, où l'on trouve un tel souci de la correction littéraire, un amour plus profond du mot, de l'image expressive, vivante, palpitante. Quand l'auteur l'aura relu et émondé, aura fait quelques coupures à certaines pages et des correction? qui s'imposent de toute nécessité, on n'aura pas un chef-d'œuvre, mais un de nos livres les mieux écrits, en français.

Un article signé Zoïle, , publié récemment au Devoir, et auquel M. Desrosiers n'est peut-être pas absolument étranger, blâme le manque de mesure chez la plupart de ceux, chez nous, qui abordent la critique littéraire. On éreinte les écrivains, ou on les étouffe sous un amas de fleurs. Dans l'un et l'autre cas, on agit mal. Ce qu'il faut, c'est de la mesure et du goût, une appréciation juste, au sens exact du mot, sans parti pris comme sans engouement.

''L'auteur canadien moyen, lit-on dans l'article, a dépassé, aujourd'hui, ce stage où il croit, comme un écolier, que ses productions sont parfaites de tous les points de vue et sont marquées du sceau du génie. Après avoir constaté souvent, en les relisant plusieurs années après, que ses premiers écrits sont loin d'être parfaits, il en vient vite à comprendre que, demain, il s'apercevra de ses défauts d'aujour-

d'hui. Il n'éprouve pas alors beaucoup de peine à lire les critiques qui les lui signalent tout de suite et lui permettent de mieux faire".

Ceci nous autorisera à dire, du livre de M. Desrosiers, tout le bien et tout le mal que nous pensons.

Il y a du bon, dans Ames et Paysages, du moins bon et du relativement médiocre.

M. Desrosiers a le culte de la personne humaine. Un personnage n'est pas seulement pour lui un individu, qui parle et qui marche, mais un être qui a une âme et des sentiments, en qui se heurtent des sensations et se reflètent des impressions. Il ne se contente pas de montrer cette âme de ses personnages, âme souvent compliquée et un peu artificielle, mais il cherche à découvrir, pour son plaisir et le nôtre, leurs mobiles d'action, le pourquoi de leur conduite et l'explication de leurs attitudes quotidiennes. Tout le long d'un récit, il interroge et il scrute.

La nouvelle, cependant, est un champ restreint où il n'a pu déployer à son aise ses facultés d'analyse et d'observation. C'est dans un récit plus long, un roman, si jamais M. Desrosiers ose bâtir un roman, qu'il pourra donner la mesure de son talent.

Curiosité psychologique et amour de la nature sont les deux notes dominantes dans Ames et Paysages. M. Desrosiers, autant qu'il est anxieux de savoir ce qui se passe dans le cœur et le cerveau de son voisin, aime la nature d'un amour sincère, cette rude nature aux couleurs crues qu'est la nôtre. Il aime les bois et les champs qui s'étendent, dans nos vieilles campagnes, à perte de vue, les montagnes, et les lacs aux eaux bleues infiniment pures, où le regard plonge jusqu'au roc du fond. Il les comprend autant qu'il les aime, et il a, pour les transposer dans son livre, des

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trouvailles ëmînemnient heureuses, qui les font voir et sentir de façon intense.

C'est dans Fécite, un Charivari^ Au bord du lac bleu, encore que la fin de cette dernière nouvelle soit déconcertante, que l'on découvre le mieux la manière de l'auteur. Une Intrigue de Palais a des qualités, mais dans un autre ordre d'idées. On y voit reparaître le journaliste et le chroniqueur parlementaire, qui connaît bien son monde politique et prend plaisir à résumer le drame qui se joue, chaque jour, sous ses yeux. Il nous y montre des cerveaux qui pensent et qui calculent, non des cœurs qui aiment, qui haïssent ou qui souffrent.

La Petite oie blanche, Prosper et Graziella, sont de jolies et fraîches bleuettes. Marguerite est un conte inachevé; M. Desrosiers nous montre un cas psychologique qui implique un problème, mais ne va pas plus loin, laissant au lecteur le soin de trouver une explication au cas posé et une solution au problème. Quant au Rêveur et à ce Cénacle où il nous promène par la main, où il n'y a pas un personnage de consistance, l'auteur eût-il perdu à ne pas les écrire ? Ils sont des prétextes, le premier à exprimer des impressions de nature et des paysages, le second à proclamer des idées littéraires.

Le livre de M. Desrosiers est bien écrit; ce sera son grand mérite. L'auteur a le souci de la phrase, de toutes ses phrases. Pour lui, tous les mots comptent. Il a l'amour des mots et ne le cache pas. On ne peut l'en louer assez.

On regrette cependant ça et là des négligences peu pardonnables, semble-t-il, quand on connaît le raffinement de culture de l'auteur, sa longue pratique des littératures de tous pays, classiques et modernes, son mépris presque haineux de ce qu'il appelle le genre pompier.

Ainsi, il ne craint pas de dire d'une jeune fille qu'elle était ''pensive et songeuse" (p. 53), de nous montrer la surface ''claire et limpide" d'un lac (p. 71), de nous faire entendre un bruit de tonnerre à la fois "sec et profond", (p. 58).

Il a encore des tournures naïves comme celles-ci:

"Et tout l'après-midi, un observateur aurait pu remarquer..." (p. 29).

"Pierre n'était pas jaloux seulement: voici ce qu'il lui dit un soir qu'il était triste .." (p. 82).

"Cependant, vous allez voir combien Prosper est un fin matois...", (p. 54).

A la page 74, cet anglicisme si commun qui s'est glissé sous la plume :

"Pierre la suivait, réalisant le sentiment né si vite en lui..."

Ce sont là des vétilles, qui n'ôtent rien à la valeur réelle de l'ouvrage, mais qu'il faudra faire disparaître impitoyablement.

Âmes et Paysages est une tentative de régionalisme littéraire. Il y a longtemps que, sur ce chapitre, M. Desrosiers a exprimé ses idées. Son effort personnel montre qu'il y a, dans notre pays, la matière première d'une littérature puissante, canadienne dans l'essence, dont l'inspiration et les thèmes abondent en nous et autour de nous. Aux ouvriers de la mettre en valeur.

A M. Desrosiers reviendra l'honneur, en même temps qu'à M. l'abbé Groulx, {Les Rapaillages)^ Adjutor Rivard, {Chez nous, Chez nos Gens,) Jules Tremblay, {Trouées dans les Novales), le Frère Marie- Viclorin, {ixcciîs laurefitiens, Croquis laurentieris), d'avoir tenté la première exploitation.

Harry Bernard.

UAPPEL DE LA RACE

Vers une troisième édition

Beaucoup sont désireux de savoir où en est la vente de V Appel de 'a race. Nous pouvons leur dire ici que la deuxième édition est en train de s'épuiser et qu'il nous faut songer à une troisième. Cela signifie que plus de 6,000 exemplaires ont été vendus en moins de cino mois. Si l'on tient compte que le roman n'est point populaire, qu'il n'est point lu par les lecteurs habituels de Georges Ohnet, il faut avouer que 1' "unanime béotisme québecquois" est en train de s'enniaiser tout de bon ou va chercher ses directions intellectuelles ailleurs qu'à l'enseigne de la Revue Anémique de Montréal. Â peine, du reste, la livraison de janvier de ladite revue était-elle parue, qu'un de nos amis d'Ottawa commandait^ à son tour, 200 exemplaires du volume.

Ce qu^en pensent nos frères d'outre-Québeg

Quelques amis, trop facilement alarmés peut-être, se sont émus des avalanches de critiques, la plupart violentes, qui ont voulu écraser V Appel de la race. Que nos amis se rassurent: les exterminateurs n'ont rien exterminé. A VAction française nous trouvons que la critique a fait la part plutôt belle au roman d'Alonié de Lestres. Pendant que les snobs restaient dans leur rôle et dans leur esprit en se ruant sur l'œuvre avec une rage plus comique que dangereuse, toute la presse libre, toute la pensée saine de chez nous s'est trouvée de l'autre côté avec une unanimité parfaite. Notre ami Alonié de Lestres ne pouvait mûrement

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espérer un plus magnifique hommage. Voilà de quoi le consoler de n'avoir point le suffrage des anglomanes et des pédants.

Si un autre témoignage pouvait lui être plus touchant, c'est celui de nos frères qui virent en dehors du Québec et à qui V Appel de la race est allé porter un réconfort. Or ce témoignage s'est fait entendre et sous combien de formes. Une petite compatriote nous écrit de Washington, É.-U.: "Voulez-vous permettre à une compatriote de vous présenter, non pas ses félicitations et appréciations pour le magnifique volume que j'ai pour ainsi dire dévoré, mais ses remerciements pour le réveil d'un sentiment plus patriotique qu'il éveillera chez nous. En lisant cet Appel de la race, j'ai revu, dans ma petite sphère, les mêmes difificultés, les mêmes angoisses, les mêmes douleurs que la plume d'Alonié de Lestres sait décrire d'une manière qui tient sous le charme, tout en faisant le cœur se serrer par une étreinte trop réelle". Un de nos vaillants amis de Ford City nous écrit, lui, de son poste de combat: ''S'il vous arrivait de rencontrer l'auteur de V Appel de la race, auriez-vous l'obligeance de lui dire, de ma part, que si, par malheur, l'auteur en question n'a pas plu tout à fait à ce Français de McGill, * il aura au moins réussi à réchauffer les cœurs endoloris de ceux qui souffrent terriblement aux avant-postes, pour tâcher de conserver nos traditions françaises, notre langue maternelle, nos coutumes ancestrales, et, par conséquent, notre foi catholique, que malheureusement un trop grand nombre de Français de France sont les premiers à abandonner, ne voyant de salut et de profits que dans l'anglicisation". Enfin, voici que, de là-bas, du fond de l'Ouest, VÉcho du

^ Nous supprimons ici quelques épithètes assez peu bienveillantes pour, ce Français de McGill.

collège d^Edmonton, dous apporte ce petit poème d'une très jolie facture et d'une note vraiment émouvante :

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