L'OEUVRE POETIQUE D'ALBERT LOZEAU
Brunetière s'était interdit de porter un jugement définitif sur les écrivains de son temps: ''Il n'y a pas, disaitil, d'histoire des choses contemporaines." Aussi bien, il serait téméraire de vouloir dicter, par anticipation, des arrêts sans appel à nos juges de demain; la grande histoire des lettres de notre siècle, comme celle des 'événements où nous sommes mêlés, s'écrira plus tard, lorsque le recul du temps permettra d'assigner à chacun la place qui lui revient.
Mais, tout en laissant le champ libre aux critiques à venir, il est permis de décerner des palmes à qui les mérite, même de son vivant. Ainsi en ont usé tous les successeurs de notre vieux Boileau, sachant bien qu'aucune sentence n'est irrévocable, dans le domaine littéraire moins qu'ailleurs; Brunetière lui-même ne s'est pas fait scrupule de distribuer autour de lui l'éloge ou le blâme, avec l'accent convaincu que nous lui connaissons.
Sous le bénéfice de ces réserves, on peut déclarer sans hésitation qu'Albert Lozeau est considéré à juste titre comme l'un des représentants les plus autorisés de la jeune poésie canadienne. Depuis quelque vingt ans, cette âme vibrante dans un corps maladif a peuplé sa solitude des plus beaux rêves.
Il nous explique lui-même la genèse de sa vocation poétique, dans une note qui sert de préface à un premier volume de vers, UÂme solitaire, édité à Paris en 1907, recueil qui a eu, depuis, les honneurs d'une réimpression: ''Je suis, dit-il, un ignorant. Je ne sais pas ma langue...