LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI
de force et de vaillante ardeur sur leurs avirons dont chaque coup soulève les canots. "La joie que nous avions d'être choisis pour cette expédition,' ' écrit le Père Marquette, " animait nos courages et nous rendait agréables les peines que nous avions à ramer depuis le matin jusqu'au soir,." De la haie des Puants ils s'engagent dans la rivière Ménominie, puis dans celle du Renard, puis dans le Ouisconsin. Tout à coup, après un mois de voyage, le 17 juin, ''avec une joie que je ne peux pas exprimer," écrit toujours le même chroniqueur, les canots bondissent sur les flots du Mississipi. Attirés par le mystère, les canotiers ne s'arrêtent point à ce premier succès; ils entreprennent de s'en aller de l'avant, vers l'embouchure du fleuve qu'ils descendent plus de cent lieues. De chaque côté s'offre à leurs yeux, le beau pays aux horizons vierges, pays de forêts et de prairies, rempli de chevreuils et de bisons, d'outardes et de "cygnes sans ailes", pays divin promis à l'immortelle rêverie de Chateaubriand.
Le 25 juin les découvreurs aperçoivent sur le sable des empreintes de pied d'homme. Jolliet et Marquette partis à travers les prairies aboutissent à trois villages indiens, bourgade de la grande nation des Illinois. C'est là, on s'en souvient, qu'un vieillard, levant les mains vers le soleil, dit solennellement aux deux étrangers, ces paroles qu'il faudrait mettre en épigraphe à l'histoire de la colonisation française: "Que le soleil est beau. Français, quand tu nous viens visiter."
Jolliet et Marquette descendent encore le fleuve jusqu'au 33° 40\' puis, convaincus que le Mississipi ne se jette ni dans l'Atlantique ni dans la mer de Vermillion, mais dans le golfe du Mexique, ils décident de revenir sur leurs pas. Du reste, deux fois déjà, ils n'ont échappé que par miracle à la méchanceté des Indiens. Partis d'Akanséa le 17 juillet, les découvreurs arrivèrent à la fin de septembre à la baie des Puants.
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L'on a calculé qu'en quatre mois tout juste, ces hommes avaient parcouru 2,767 milles anglais.
Quel avenir allait préparer cette expédition ! Un vaste champ s'ouvrait à l'Evangile et un grand empire à la France. Sur les pas des premiers découvreurs, une légion d'explorateurs allait s'élancer et dessiner, au coeur du continent, une épopée merveilleuse. Bientôt, le 17 mai prochain, nous rappellerons le grand anniversaire. Mais nos yeux ne feraient-ils pas bien de se tourner plus souvent vers ces régions où fut écrit, plus fortement qu'ailleurs, le poème de l'énergie française? Pourquoi faut-il qu'il y ait des lieux nostalgiques, non seulement par ce qu'ils portent de gloire brisée, mais plus encore peut-être par le pesant oubli qui les enveloppe f Toute celte gloire est à nous et nous le savons à peine. La statue du Père Marquette est au capitole de Washington. Celle de son compagnon qui est au Jolliet High ScJwol de l' Illinois, n'est nulle part sur nos places publiques. Et pourtant Louis Jolliet fut le premier Canadien qui connut la gloire.
Lionel Groulx, ptre.