POUR NOS ARCHIVES
Nous aimons à croire qu'il n'est pas trop tard pour saluer l'apparition du rapport de l'archiviste de la province de Québec pour 1921-1922. Ce rapport est depuis plusieurs semaines, entre les mains de tous ceux qui s'intéressent d'un peu près, soit par fonction, soit par goût, au mouvement historique canadien. Il importe cependant d'en signaler l'importance à ceux qui ne le connaîtraient pas encore.
M. Pierre Georges Roy a magnifiquement répondu aux espérances que nous fondions sur lui, il y a un peu plus de deux ans, lors de la création du bureau des archives. Non seulement il a pu mettre sur pied, en aussi peu de temps, un département où tout était à organiser; mais il a déjà commencé, et de la plus judicieuse façon, à mettre en valeur la riche documentation historique confiée à sa garde. On se souvient du concert unanime qui accueillit, au commencement de 1922, la publication de son premier rapport annuel. Ce fut une véritable révélation pour plusieurs qui avaient toujours cru les archives rébarbatives par définition et qui furent tout étonnés de les trouver au contraire fort attrayantes. Le deuxième rapport, qui vient de paraître, est en tout point digne de celui qui l'a précédé. Il ne se ressent aucunement de la hâte avec laquelle son auteur a dû le préparer par suite de l'avancement imprévu de l'ouverture des Chambres. Les pièces qu'il contient sont sans doute d'importance inégale, mais il n'y en a pas une qui ne méritât d'être sortie des cartons poudreux où elle était restée jusqu'ici endormie. La plupart d'ailleurs sont d'un vif inté-
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rêt, et le profane éprouvera autant de plaisir à les lire que l'historien de profession y trouvera du profit. Mentionnons en particulier le curieux procès Montéléon et la fameuse affaire Fénelon-Frontenac dont le dossier complet est ici pour la première fois rassemblé. Mais le document le plus précieux à notre avis est encore le volumineux mémoire du procureur général Collet dit ''de commodo et incommodo". Ce mémoire était déjà connu de quelques initiés, mais M. Roy a rendu un service signalé à nos études historiques en le mettant à la portée de tout le monde, surtout avec les abondantes annotations de M. l'abbé Caron. Quiconque voudra se renseigner sur l'état de nos paroisses au commencement du XVIIIe siècle devra y avoir recours.
Il va sans dire que M. P.-G. Roy n'a encore fait qu'effleurer l'immense matière historique qu'il a à sa disposition. Les archives de Québec, malgré les pertes considérables qu'elles ont subies, sont d'une richesse incomparable et nous n'aurions pour ainsi dire qu'à y puiser au hasard pour en tirer des centaines de pièces tout aussi intéressantes et tout aussi importantes que celles qu'on a déjà publiées. Les circonstances actuelles permettent à notre archiviste de ne les servir au public que par petites doses et il faudra un long temps avant qu'il ait même vidé le dessus du panier. N'est-il pas à craindre que dans l'intervalle, toutes ces richesses ne soient subitement détruites? Plusieurs seront sans doute surpris d'apprendre que les précieuses archives de la province de Québec ne sont aucunement protégées contre le danger d'incendie. Nous avons pourtant payé assez cher jusqu'ici notre incurie. Que de pertes irréparables pour l'histoire ont occasionné les trois incendies successifs de la bibliothèque du Parlement en 1849, en 1854 et en 1883 ! Surtout aujourd'hui, après les désastres qui viennent de se succéder et qui nous ont fait