‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 56 sur 232 · LE ''DROIT · texte numérisé non relu

LE ''DROIT

Voilà dix ans que ce vigilant journal de la capitale fédérale poursuit son œuvre nécessaire et féconde. \J Action française profite de cet anniversaire pour lui adresser ses meilleurs souhaits de continuel succès. Notre revue tient en si haute estime les bons serviteurs de notre nationalité qu'elle se réjouit de voir celui-ci persister à tenir son poste de sentinelle avancée et hardie. Le Droit apporta un précieux concours aux causes qui nous sont chères; il rendit aux Canadiens français de multiples services. Répandant la forme de journalisme qu'il importe de propager, il fut aussi le soutien de nos frères de l'Ontario; il fut l'un des plus actifs agents de la pensée catholique et française au Canada.

Le journalisme apparut tout d'abord comme le mode perfectionné de la diffusion des connaissances humaines; le journal servirait, pensait-on, à faire pénétrer dans la foule à la fois des notions utiles à la vie quotidienne et bienfaisantes à l'âme. Le journal a trahi sa mission; en tous pays il se fait cause de décadence.

Qu'est-ce que la civilisation? demandait récemment Charles Richet dans un article de la Revue des deux Mondes. Après avoir fourni à ce problème sa solution, il s'arrêtait sur la durée de l'actuelle civihsation européenne. Ce savant craint qu'elle n'évolue pas vers le culte des choses de l'esprit, culte qui fit sa grandeur. Et au nombre des causes qui désorientent la civiUsation et qui peuvent même la détruire, Charles Richet inscrit le "journaHsme vénal". Entendons ici la tare qui caractérise les journaux modernes, le mercantilisme, l'unique souci d'accroître circulation et recettes, en usant des moyens les plus sûrs de satisfaire les instincts dépravés de la foule.

Une réaction s'impose. D'où viendra- t-elle ? Au poison le contre-poison. La rénovation complète ne semble

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plus possible; le journalisme ne changera pas de voie. L'on espère du moins que des journalistes éclairés et conscients de leur responsabilité, essaieront de contrebalancer le mal propagé par la plupart des feuilles. Que dans les foyers pénètrent donc quelques journaux pouvant non démoraliser et abêtir le peuple, mais l'instruire et le rendre meilleur.

Le Droit s'assigna cette tâche; il est du petit nombre des journaux canadiens qui élèvent le niveau intellectuel et moral de notre population. Sous une forme correcte et élégante, il répand chez ses lecteurs les notions d'ordre scientifique, matériel et moral, utiles au peuple pour sa tâche quotidienne. Les rédacteurs du Droit n'ont garde d'oublier que dans- l'amas de ces notions un choix s'impose; d'ordinaire, le journaliste moderne ne s'y arrête guère. Eux, préoccupés avant tout du progrès moral de l'être humain, n'oublient jamais leur mission d'apôtre; ils savent que la phrase écrite cache en ses syllabes ou une pensée qui abaisse ou un rayon de réconfortante lumière. Le Droit fait, avec quelques autres, diversion sur le fond taché d'encre, de boue et de sang qui marque chacune des feuilles de nos grands journaux. Et c'est un mérite dont les Canadiens lui doivent savoir gré.

Mais à cette tâche d'ordre général, il en joignit de particulières et qui se ramenaient étroitement aux périls et aux nécessités de l'heure. Se mettre au service des idées catholiques et françaises, défendre cet héritage spirituel dans l'Ontario, le coin de terre canadienne où il paraissait le plus menacé, tels furent les objectifs précis que poursuivit le Droit,

Ce journal, sous une direction clairvoyante, grâce à la rédaction de haut ton que lui firent de remarquables journalistes, tels MM. Albert Foisy et Charles Gauthier, aida puissamment, au cours des dernières dix années, à défendre notre race, à la faire connaître et respecter. Ce

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témoignage est spontanément accordé au Droit; c'est avec l'appréciation des efforts passés le meilleur encouragement à persister dans cette voie.

Fondé au lendemain d'un congrès où les Canadiens français de l'Ontario avaient affirmé leur dessein de lutter contre de nouvelles tentatives d'assimilation, le Droit fut, chaque jour, le témoin chargé d'affirmer la vérité aux Anglo-Canadiens, l'animateur préoccupé de rappeler à nos compatriotes l'urgence et l'utilité du combat. Il fut le porte-parole des défenseurs de nos droits, l'éclaireur réveillant ou stimulant les énergies.

Aucune propagande à caractère national ne peu t se poursuivre efficacement sans l'existence du journal quotidien. C'est lui qui dénonce sitôt faite l'attaque, presque toujours cachée, de l'adversaire; c'est lui qui prend raison d'un fait, d'un discours, d'une décision, pour rappeler à la minorité l'obligation où elle est de constamment veiller et lutter. Dans notre société où les affaires, les questions d'argent et de quotidienne -besogne, absorbent les énergies, quel rôle important joue le journaliste patriote qui empêche l'oubli de descendre sur les visées de l'avenir, écarte les voiles que les assimilateurs ont intérêt à jeter sur les problèmes nationaux.

En agissant ainsi qu'ils agissent depuis dix ans, les directeurs et rédacteurs du Droit ont empêché les Anglo- Canadiens d'accroître la violence de leurs attaques; ils ont éclairé l'opinion, tenu la question scolaire ontarienne au premier plan.

 une heure difficile de notre histoire, sur un point menacé de notre territoire, le Droit a défendu efficacement nos droits. Par cette attitude c'est toute l'âme française au Canada qu'il fortifia. Qu'il continue d'aider au rayonnement de cette puissance spirituelle.

Antonio Perrault.

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