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ECLAIRONS LA ROUTE

On ne pourra guère, à l'avenir, s'abstenir de consulter ce livre de M. Magnan, chaque fois que, dans nos parlements ou dans nos journaux, reviendra le déjà vieux refrain de l'école obligatoire. • Ecrit sous le coup d'une accusation publique qui atteignait directement l'auteur. Éclairons la roule a une Dortée générale qui le rend précieux à tous les esprits réfléchis.

Pourquoi faut-il donc que, parmi les tenants de la contrainte scolaire, il y ait tant d'esprits qui rejettent toute contrainte religieuse ou morale? Avons-nous si peu d'obligations, d'autre part, qu'il faille nous en imposer de nouvelles? La saine philosophie maintient les nécessaires, mais elle sauvegarde la liberté hum.aine. Elle n'est pas olus en faveur de la prohibition totale que de l'école obligatoire.

Quand on discute de la fréquentation des écoles, il faut accepter certaines limites et se rendre bien compte de la situation économique de la société. Nous nous rappelons avoir rencontré, aux environs de Montréal, un jeune campagnard de quinze ans, qui conduisait notre voiture. .Son père ayant été frappé de paralysie depuis deux ans, et sa mère étant chargée d'enfants, le jeune homme avait dû quitter l'école pour travailler, mais il y était allé Indt années durant... Serait-il raisonnable d'exiger davantage ?

On dit: "11 faudrait des réformes dans les méthodes d'enseignement". C'est possible : quelle institution humaine n'est pas perfectible ? Mais il faut savoir que les systèmes, français ou anglais, que l'on prône, ont aussi leurs défauts, et se heurtent chez nous à des conditions historiques et pécuniaires qu'on ne peut pas supprimer par la seule vertu d'un article de journal ou pur la virulence d'un i)ami)hlet.

Éclairons la route répond à une publicition de Toronto intitulée The Righl Track. Juger sainement les choses québécoises , catholi(|ues

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et françaises, dans l'ambiance de Toronto, paraît une chose impossible. M. Vincent, par son livre, nous en donne une preuve nouvelle. . Les statistiques, les témoignages, les arguments de M. Magnan, inspecteur général de nos écoles catholiques forment une belle réfutation de l'auteur ontarien. Ne parlons donc pas avec dédain de "Magnanculture" : c'est là une expression injustifiée et qui dénote un évident parti-pris.

Le livre de notre Inspecteur général contient neuf chapitres. Les cinq premiers exposent l'état actuel de la province, du point de vue de l'éducation : recensement scolaire des villes, fréquentation scolaire dans la campagne et toute la province; comparaisons avec une demi-douzaine d'autres pays civilises; résultats de la liberté scolaire dans le triple domaine scolaire, économique et moral. Dans les quatre derniers chapitres, l'auteur résume les arguments historiques, philosophiques, et d'autorité, qui doivent nous guider dans l'appréciation de l'état actuel des choses.

Laissons-nous donc convaincre par la force probante de cette œuvre, et sans cesser de désirer l'amélioration de nos écoles et la généralisation de l'instruction, sachons mettre un frein à nos impatiences et, parfois, à notre manie de dénigrement.

Louis Deligny.

Cette chronique a déjà signalé, parmi les infiltrations Le Sport étrangères dont nous souffrons, telle et telle plus dangereuse. Nous voudrions dénoncer aujourd'hui celle qui opère sous le couvert du sport. Il en est peu d'aussi actives, d'aussi insidieuses, d'aussi tenaces.

Le sport est surtout en honneur dans les pays anglo-saxons. Bon nombre de jeux introduits ici sont inconnus en France. Il nous faut leur trouver nous-mêmes, leur forger, pour bien dire, des mots français. C'est une première difficulté. Une seconde se présente. Même les jeux en usage en France nous arrivent souvent affublés de noms anglais. Qu'on ouvre n'importe quel journal français, on s'en convaincra facilement. En voici deux pris au hasard, tous les deux de Paris, V Action française et la Libre Parole, du. 3 mars. Allons à la rubrique des sports. Le premier nous apprend que "l'A. S. de Gymnastique de la Seine fait disputer demain matin à 10 heures, au bois de Clamart, son cross country annuel". Il annonce aussi qu'aux courses, "favoris et outsiders ont gagné alternativement". Le second, assez sobre d'informations ce jour là, dit cependant quelques mots du "meeting de Vauville" et d\i "steeple-chase d'Auteuii".

A nrri'nn* ^^ ^^^* ^^ deux exemples pris entre mille. Un

" ^ écrivain de bonne race, le directeur de la Revue

oe SCOMtiSttiQ française, Antoine Redier, vient de dénoncer vigoureusement ce mal, à propos d'une institution qu'il loue par ailleurs : le scoutisme. Tout le paragraphe vaut d'être cité. Le voici textuellement.

"Je donne mille fois raison, à Philippe Doré qui s'élève, chaque fois qu'il en trouve l'occasion, contre l'abus que nous faisons en France, notamment en matière de sports, des mots anglais. L'admirable abbé Cornette, aumônier général des Scouts de France, m'a répété que le mot scout n'est qu'une déformation du vieux mot français "escoute". Ces garçons, qu'on habille en kaki, sont aux écoutes, à l'avant-garde; ce sont des éclaireurs, des pionniers. Pas de doute sur le sens du mot.

Mais pourquoi celui-là, que leè britanniques ont transformé à leur usage, plutôt qu'un autre qui serait resté français ? Scout a ctc français, mais ne l'est plus. Et des tas de gens affectent de le prononcer à l'anglaise. Le vocabulaire du scoutisme est d'ailleurs chargé d'autres mots anglais, et l'argument dont on use pour défendre scout ne tient plus quand il s'agit, par exemple, des "badges" ou insignes, qui jouent un rôle considérable dans la vie de ces enfants, mais qui le jouent en anglais. On en pourrait dire autant du "camping", qui est si amusant et qui le serait au moins autant si on l'appelait campement, en bon français. Il y a aussi les "scoutmaster". "Master et mestre" sont un même mot; mais le second seul est français".

Venant donc même de France, ou du moins

La prOIOÎlOeiir ne nous y offrant pas les sources de résistance

du mal ^^® nous sommes habitués d'y trouver pour

lutter contre les autres infiltrations, celle-ci

est assurément plus difficile à combattre. On peut affirmer que, depuis

vingt à trente ans, elle ravage notre jeunesse. Quel jeu, parmi nos jeux

populaires, crosse, gouret, balle au champ, ne fourmille pas de termes

anglais ?

Une réaction s'est fait jour il y a quelques années. Mais elle semble s'être restreinte à un petit groupe, composé presque exclusivement des élèves de nos collèges classiques — les couches poDulaires, par exemple, n'ont pas été atteintes, on y dit toujours strike, inning, game, goal, etc., etc; — et puis cette réaccion a manqué d'unité. Trop de réformateurs ont suggéré des mots différents. Â la fin, ne sachant plus qui éoou''er, bien des bonnes volontés ont abandonné la tâche. Et l'ancien vocabulaire a repris le dessus. Aussi le mal est-il profond. Dans beaucoup de milieux on se croit autorisé, dès qu'il s'agit de sport, à angliciser le plus possible. Ainsi n'a-t-on pas vu, l'hiver dernier, en plein Québec, des pancartes, où il y avait d'ailleurs du français, annoncer une joute — un m.atch, diraient les journaux de France, — entre les Sons of Ireland et V University of Montréal !

Une nouvelle et puissante réaction est donc nécessaire Réaction dans ce domaine. Mais elle ne réussira, elle n'aboutira sérieuse ^^^ résultats pratiques désirés, que si elle peut s'appuyer sur des bases solides. Que l'on sache ce qu'il faut substituer aux termes incriminés, et qu'on le sache de façon claire et définitive.

Comment veut-on, par exemple, que nos instituteurs et institutrices, un des principaux facteurs, à coup sûr, de cette réaction, puissent faire leur part, enseigner aux enfants, soit en se mêlant à leurs jeux, soit en leur donnant des dictées qui s'y rapportent, les ternies français exacts, s'ils en rencontrent deux ou trois en circulation pour le même mot anglais, tels: balle au camp, balle au champ, balle aux buts, pour hase haU. Sans doute l'emploi d'un mot par un bon écrivain en autorise l'usage, et pour notre part depuis que nous avons Cxitendu l'éminent recteur de l'Université de Montréal, alors Mgr Gauthier, rappeler dans son discours d'ouverture de 1922 les "victoires au gouret" remportées par les étudiancs, nous n'hésitons pas à employer ce mot, mais encore faut-il que quelqu'un note ces emplois, les classe, les fasse connaître... Ce n'est pas la besogne des instituteurs. Ils en ont bien d'autres !

Aussi voudrions-nous voir s'établir

Conseil technique ici pour différents domaines de la

de la langue langue, et en particulier celui du

sport, ce qu'un écrivain de France vient de réclamer dans le même but pour son propre pays. "Je demande, a écrit M. André Thérive, la formation d'un conseil technique de la langue française qui devrait :

a) pourvoir à ce remplacement (d'un mot anglais par un mot français) pour les mots déjà usités;

b) lancer des termes nationaux de formation non savante pour toutes les inventions nouvelles."

Quels services un tel conseil rendrait chez nous! Il pourrait être dirigé par quelques hommes connaissant à fond leur langue, lesquels s'adjoindraient des aides, des spécialistes suivant les différents domaines Qu'ils étudieraient.

Et pour conclure, comme il se rencontrera encore Un probablement de braves gens que nos inquiétudes

témoièna^e <^tonneront, qui les trouveront exagérées, qui traiteront de vétilles, de détails sans importance, le mal dénoncé, terminons cette chronique par un témoignage, celui de l'écrivain ouc nous avons déjà cité, M. Antoine Redier. Ou entendra peut-être plus volontiers sa voix que la nôtre. Dans tous les cas elle

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exprime bien, et en termes aussi clairs que vigoureux, nos propres sentiments :

"La langue anglaise, écrit le directeur de la Revue française, est, à travers le monde, l'organe du libéralisme protestant; c'est en anglais qu'on combat, des deux côtés de l'Océan, l'esprit latin; dès qu'on parle anglais, nous l'avons trop éprouvé depuis l'armistice, on exprime naturellement des idées qui vont presque toujours à Fencontre des nôtres. Contre nous, l'immense conspiration de toutes les forces libérales et révolutionnaires est conduite en langue anglaise. L'heure n'est donc pas choisie pour des catholiques de chez nous, de laisser cette langue se substituer à la nôtre, au cœur même de ce cénacle, où nous gardons ce que nous avons de plus sacré, nos fils, les grands Français de demain."

La RÉDACTION.

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