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EN MARGE DE JULES FOURNIER

être juste, mais justice n'exclut pas franchise. Disons mauvais le livre mauvais, quand il y a lieu; nul le livre nul. Surtout, ne donnons pas à l'écrivain une idée fausse qui le fasse se croire au plus haut point de la perfection, l'aveugler sur sa valeur et l'empêcher d'étudier, de travailler, d'atteindre à un plus parfait développement. L'admiration irraisonnée et l'encens à bon marché resteront toujours les plus terribles ennemis de notre avenir littéraire. Les vrais tempéraments d'écrivains ne se laissent pas décourager par une critique méritée, si cuisante soit-elle.

Il s'en faut que tout soit d'une égale qualité dans les deux volumes de Mon Encrier. Les théories sociales, pédagogiques, de Jules Fournier, suivent de loin, quant à la valeur et quand à la sûreté de vue, ses idées littéraires. Les généralisations qu'il a faites dans Race de Voleurs, par exemple, sur l'improbité de notre peuple, ses attaques contre notre clergé enseignant, mériteraient d'être examinées à deux fois. L'enseignement, dans le Québec comme ailleurs, est perfectible; les programmes des études secondaires peuvent y donner lieu à des considérations de tous genres. Les éducateurs québécois sont les premiers à le reconnaître. Mais ce ne sont pas les principes ontariens qui remplaceront avec avantage ceux du Québec dans les choses de l'éducation. Une certaine école, qui voit le salut dans l'application chez nous des méthodes françaises modernes, devrait se rappeler, avant d'argumenter plus avant, que les éducateurs et les lettrés de France avouent depuis longtemps l'échec des innovations de 1902. Les réformes que préconisait pour le programme secondaire, M. Léon Bérard, le ministre en France de l'Instruction publique, il y a un mois à peine, disent clairement ce qu'il faut en penser.

Et il y a la prétendue Faillite du Nationalisme ! Si

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Jules Fournier pensa un moment, comme tant d'autres, que la doctrine du nationalisme canadien dût aboutir à la création d'un troisième parti politique au pays, il eût été excusable peut-être de crier à la stérilité des efforts de M. Bourassa. ]\Iais l'influence de celui-ci s'est exercée plus haut. Quoi qu'en disent Fournier et tous ceux-là qui veulent rapetisser un homme encore plus qu'une œuvre, le travail constant du directeur du Devoir a opéré dans les esprits un mouvement d'idées salutaire, qui s'accentue chaque jour, et prendra une ampleur de plus en plus considérable avec les prochaines générations. Jules Fournier était trop près de son ancien chef pour porter sur son œuvre et sur les conséquences de cette œuvre, un jugement final. Le nationalisme n'aura été une faillite que pour ceux, professionnels, commerçants ou bourgeois paisibles, qui envisagent le pouvoir comme le dernier mot du succès en politique. L'œuvre de Fournier, si intéressante et . féconde en plusieurs de ses parties, ne peut être louée sans réserves. Si le fondateur de V Action, a mis son talent au service des meilleures idées, il a erré souvent et laissé des pages qu'il eut pu ne pas signer sans compromettre sa jeune gloire. Cet homme a manqué d'une direction sûre à ses débuts; il a manqué d'études philosophiques approfondies. Jeté dans la lutte et dans le monde journalistique à sa sortie du collège, après des études classiques incomplètes, — c'est M. Olivar Asselin qui nous le rappelle, — il s'est formé définitivement lui-même. N'est-ce pas admirable qu'avec une telle préparation à la vie, il n'ait pas donné dans des erreurs plus grandes? Il avait pour lui, s'il faut lui emprunter une de ses expressions, ''ce bon sens et cette mesure qui sont les quahtés traditionnelles de l'esprit français". Ce sont elles qui le sauvèrent.

Harry Bernard.

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